ESB Seraing : vers une faillite frauduleuse ?

C’est un véritable cauchemar que vivent actuellement les travailleurs de l’aciérie électrique ESB à Seraing. Alors que la direction de Green Elephant avait annoncé la reprise de la production pour mai 2016, les travailleurs n’ont reçu aucun versement de salaire pour leur mois de mars. Ces derniers, inquiets, ont demandé ce lundi 11 avril à la direction pourquoi les salaires n’avaient pas été payés. La direction a répondu qu’il y avait des problèmes de trésorerie et que la société était en ‘faillite virtuelle’.  Cette situation n’étonne pas les 100 travailleurs de l’entreprise qui ont décidé d’empêcher la direction de sortir des bureaux. Pour Damien Robert, « Il y a derrière ESB  à Seraing le sort de plus de cent familles qui est en jeu et il y a aussi l’exemple d’un capitalisme qui méprise les droits les plus élémentaires des travailleurs avec un gouvernement qui regarde les choses se passer sans réagir sérieusement malgré les nombreux avertissements ».

Green Elephant a repris l’aciérie électrique il y a 16 mois au groupe allemand MGH. A plusieurs reprises, ils ont promis de relancer la production. Mais sans aucun effet. Dès le début, le PTB a montré ses inquiétudes quant aux véritables intentions des ’repreneurs ‘. « Cela fait 16 mois que nous tirons la sonnette d’alarme en montrant à la région wallonne que ces repreneurs ressemblent plus à des bandits en costume trois pièces qu’à des véritables industriels », déplore Damien Robert, spécialiste sidérurgie du PTB et conseiller communal à Seraing. Et ce dernier de rajouter : « La Région wallonne répond qu’elle suit le dossier de près. Mais il semble aujourd’hui que ce dossier valait la peine d’être  suivi d’encore plus près car il est évident que les représentants de Green Elephant mentent depuis le début ».

Premièrement, ce soi-disant groupe industriel n’est autre qu’un holding financier qui appartient à deux actionnaires : un holding basé en suisse qui a déjà tenté par le passé de racheter la cokerie et un holding basé en Hollande dont l’actionnaire principal est Robert Bockweg, un américain spécialisé dans la reconversion immobilière d’anciens sites industriels qui a déjà été condamné pour fraude fiscale en Belgique et aux Etats-Unis. « Il n’y a donc aucune expérience industrielle chez les propriétaires de cette société », fait remarquer Damien Robert.

Deuxièmement, Green Elephant, depuis maintenant une bonne année, essaye de racheter des sites industriels en faillite ou en concordat judiciaire dans le Nord de la France, en Allemagne et en Belgique. Partout, ils ont le même discours : nous sommes un gros groupe industriel et nous sommes propriétaires d’une aciérie électrique à Seraing en Belgique. Sauf que cette aciérie n’a jamais tourné depuis 16 mois. Et qu’au final, malgré les nombreuses tentatives, aucun des sites qu’ils ont tenté de reprendre à bas prix n’a finalement été racheté.

Troisièmement, Green Elephant dit partout qu’ils sont propriétaires du site de l’aciérie électrique. Mais le groupe refuse de montrer l’acte d’achat en se protégeant avec l’argument de la confidentialité. « Cela fait des mois que nous demandons à la Région wallonne qu’elle oblige Green Elephant à mettre l’acte d’achat sur la table mais le gouvernement, via la Sogepa, reprend les mêmes arguments que Green elephant en disant que cet acte est protégé par la confidentialité », explique Damien Robert qui rajoute : « En fait, il est même possible que cet acte n’ait jamais été signé ».

Quatrièmement, pour justifier leur solidité financière, Green Elephant a dernièrement sur la table un extrait de compte provenant de l’ancienne maison mère, à savoir MGH ESB. « Est-ce que cela signifie que Green Elephant agit en fait pour l’ancien propriétaire de l’usine ? » s’interroge Damien Robert qui répond : « C’est un des scénarios possibles et si c’était le cas, cela pourrait être pour échapper aux droits de dépollution du site ».

« Il y a encore beaucoup de points d’interrogation dans ce dossier », explique le conseiller communal du PTB Seraing qui continue : « Il semble évident que les intentions de Green Elephant ne sont pas bonnes pour les cent travailleurs de l’aciérie. Si la faillite de la société est annoncée, la Région wallonne doit tout faire pour que ce dossier évolue favorablement dans l’intérêt des travailleurs : d’abord obliger Green Elephant à garantir le payement des salaires et le cas échéant se retourner contre MGH, ensuite faire le maximum pour qu’il y ait un véritable repreneur et relancer la production ». Et Damien Robert de conclure : « Si ces démarches n’aboutissent pas, il faudra dès lors garantir que les droits de dépollution soient financés par Green Elephant, MGH ou même par un éventuel autre propriétaire plutôt que par la collectivité ».   

Le PTB fera, avec ses moyens, le maximum pour que la dignité des travailleurs soit respectée. Une question d’actualité sur le sujet vient à ce propos d’être déposée au parlement wallon par Frédéric Gillot.