Fermeture de RELIEF, Liège zone hors-TTIP, motion anti-austérité et Reflektor : compte-rendu du conseil communal du 02/02/2015

Ce lundi 2 février un conseil communal haut en couleurs a eu lieu. Au menu, plusieurs mobilisations citoyennes, un échange animé sur la fermeture du service RELIEF, une motion adoptée avec enthousiasme pour déclarer Liège zone hors-TTIP (hors traité tansatlantique), une autre motion rejetée par les artisans de l'austérité fédérale et régionale et enfin la naissance douloureuse d'une nouvelle salle de concerts à Liège, Reflektor. Compte-rendu.

Le conseil communal de ce 02 février était le premier dans l'agenda de l'année 2015. Il  a d'abord été marqué par une triple mobilisation. Une centaine de personnes était présente pour demander la réouverture du service RELIEF, dénoncer la liquidation des Ateliers d'Art Contemporain et pour enfin soutenir la déclaration de la ville de Liège zone « hors-TTIP » (hors traité transatlantique). Il a ensuite débuté par l'installation du conseil communal des enfants, et ce pour un mandat de deux ans. Chaque groupe s'est exprimé pour l'occasion. Pour le PTB +, Raoul Hedebouw à apporté son soutien a l'initiative et aux enfants présents en les remerciant de transmettre toutes la richesse de leur diversité et de leurs idées au monde des adultes, un monde où cette richesse a souvent disparu. Il n'a pas oublié de leur expliquer l'importance des mobilisations et manifestations pour appuyer sa démarche.

Concernant les interpellations en début de séance, Sophie Lecron est d'abord intervenue sur la récente fermeture du service « RELIEF » proposé au sein de la maison de quartier Saint-Léonard. Une trentaine de riverains s'était mobilisée sous l'impulsion de la section Nord du PTB Liège pour marquer leur indignation face à cette fermeture. La conseillère communale n'a dès lors pas manqué de rappeler ce qu'était « RELIEF » : « [il] était un réel service de proximité. Des services qui nous paraissent essentiels dans un quartier où le taux de chômage atteint plus de 30%. Où 60% des ménages sont composés de personnes isolées, où la subdivision galopante des maisons familiales en de nombreux logements de petites tailles en fait un lieu d'accueil privilégié pour les primo-arrivants et les personnes isolées et précarisées. ».

Après un état des lieux du personnel de la ville travaillant dans le quartier, l'échevine MaggyYerna (PS) a précisé que les services offerts par RELIEF sont maintenant transférés au « relais-emploi » à Droixhe. Quant au SAC (le Service d'Actions Citoyennes), il est transféré dans le quartier des Vennes. Elle a ensuite mis en avant que la première coordinatrice du projet a été déplacée dans un autre service « selon ses propres volontés » et que « la deuxième coordinatrice était en maladie prolongée. Ce qui a précipité la fermeture du service. » ! Elle a enfin soutenu avoir introduit des demandes de subsides auprès de la Région Wallonne dans le cadre d'un partenariat avec le CPAS et le Forem et cela suite à la fin du projet « RELIANCE » en décembre 2014. « Par le passé, nous avons sur faire le pont, mais nous sommes ici obligé de procéder à une fermeture temporaire. »

La conseillère communale du PTB s'est étonnée dans sa réplique de ne pas avoir de réponse précise sur l'introduction d'une éventuelle nouvelle demande au Fonds Social Européen. Elle a notamment rappelé le trou constaté dans les comptes de 2009 et qui s'élevait à plus de 160.000€. Trou épongé quelques années plus tard par la ville. Elle a ensuite mis en doute le caractère volontaire des changements d'affectation du personnel et, choquée, elle a enfin fustigé le rejet de la faute sur un membre du personnel de la ville en congé maladie. Cette intervention lui a valu les applaudissements des personnes présentes. Dans une dernière réplique, l'échevine a éludé la question de savoir si oui ou non la demande de reconduction du subside européen avait bel et bien été introduite. Sophie Lecron a quant à elle souligné le non-sens de remplacer ce service de proximité par des services équivalents mais situés dans d'autres quartiers de la ville. « Où reste la proximité ? », s'est-elle étonnée. Il est à noter qu'aucune date de réouverture éventuelle n'a été communiquée.

Pour la seconde interpellation, Raoul Hedebouw a invité le collège de la Ville de Liège à interpeller les autorités fédérales et provinciales sur les manquements du plan d'urgence nucléaire belge pointé dans un rapport de Greenpeace début janvier. «  L'expérience douloureuse de Fukushima a démontré qu'il fallait étendre les zones d'évacuation et de mise à l'abri à 30 km au moins et non à 10 km comme c'est le cas aujourd'hui. Cela vaut aussi pour l'évacuation des personnes fragilisées, notamment des hôpitaux et des maisons de repos. Pour la distribution préventive d'iode, si l'on veut suivre l'exemple japonais depuis Fukushima, on devrait également élargir la zone de 30 km. La ville de Liège est clairement concernée par toutes ces mesures et il est urgent qu'elle puisse modifier son plan particulier d'urgence et d'intervention (PPUI). »
Le bourgmestre Willy Demeyer a répondu pour le collège qu'il se « montrait particulièrement  attentif aux différents risques encourus par tous les citoyens de la ville » et à donc appuyé l'interpellation. Il confirme que le gouverneur a établi un plan actualisé il y a deux ans que Greenpeace critique l'étendue territoriale des mesures préocnisées. Il précise cependant que la remise en question de ce plan est une décision qui appartient au fédéral et que si le plan devait être étendu dans l'avenir, tout sera fait par la ville pour le mettre en application.Le conseiller communal du PTB s'est réjoui de cette réponse en précisant que le fédéral n'avait pas l'air aussi a l'écoute sur cette question que le collège communal. De ce fait, il ne manquera pas de revenir au parlement fédéral dans un futur proche avec son interpellation. Pour conclure, Il a souligné une dernière fois que suite au récent prolongement des centrales nucléaires et des récents incidents, un plan d'urgence actualisé était plus que nécessaire.

Suite aux interpellations, trois points importants ont été débattus au conseil : la motion portant sur le traité transatlantique, la motion anti-austérité introduire par le PTB et enfin la convention de la ville avec la nouvelle salle de concerts « Reflektor ».

La ville de Liége est déclarée zone « hors-TTIP »

Le conseil communal de la ville de Liège s'est déclaré zone hors­TTIP, hors partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (ou Transatlantic Tradeand Investment Partnership). Et cela après un vote à la majorité du conseil (5 groupes pour : PS, CDH, ECOLO, VEGA et PTB+, 1 contre : MR) d'une motion discutée et amendée par les différents groupes politiques ayant apporté leur soutien. Raoul Hedebouw, s'est exprimé en soulignant que c'était avec un oui enthousiaste que le groupe PTB + soutenait cette motion et a salué positivement la méthode utilisée par les différents intervenants pour arriver au consensus. Sur le fait de savoir si une localité doit s'exprimer sur ce genre de question la réponse apportée par le porte-parole du PTB est encore oui. « C'est une question démocratique. Car dans ce traité, il est aussi question de mettre sur pied un groupe d'experts privés pour gérer les conflits entre des organismes publics et privés. A travers la cour arbitrale ou la coopération réglementaire, ce sont bien les lobbyistes des grandes entreprises qui vont demain juger si l'autorité publique peut ou pas investir dans l'industrie, organiser un enseignement, promouvoir un projet culturel ou encore financer un hôpital. » Il s'est enfin félicité que la ville de Liège soit désormais la plus grande ville belge à se déclarer zone hors-TTIP et qu'elle rejoigne ainsi la ville de Tournai ainsi que les 140 villes et communes françaises qui se sont déjà déclarées zones hors-TTIP .

PS, Cdh et MR votent contre la motion anti-austérité du PTB

Pour rappel, le vote de la motion déposée par le PTB+ à l'occasion du débat budgétaire de décembre dernier et appelant la Ville de Liège à prendre la tête de la fronde contre les politiques d'austérité fédérales et régionales, avait été reporté à la séance de ce lundi 2 février.  Sophie Lecron avait à l'époque expliqué : « La ville de Liège, dont les finances sont déjà en difficulté, s'apprête à subir les conséquences de plans d'économie décidés ailleurs dans les étages supérieurs de l’État. Le fédéral, la région et la fédération Wallonie-Bruxelles décident du menu mais demandent aux communes de payer la douloureuse. La ville de Liège doit refuser de payer ! ». Avant le vote, il a brièvement rappelé les mesures importantes préconisées par le gouvernement fédéral (l'exclusion des chômeurs et son impact sur le CPAS, la taxation des intercommunales, ...) et par le gouvernement régional (diminution de la valeur des points APE, le non refinancement du Fonds des Communes, ...). Il a invité tous les groupes politiques à soutenir la motion.
Sans véritable débat, le collège a soumis rapidement la motion au vote qui a finalement été rejetée. La motion a cependant reçu le soutien, et c'est à souligner, du parti Ecolo dont Bénédicte Heindrichs a déclaré partager l'analyse du PTB sur ces politiques d'austérité. Ecolo et PTB+ ont voté pour, VEGA s'est abstenu sans donner plus de justification et PS, CDH, et MR ont sans surprise voté contre.

Reflektor : pourquoi la Ville n'est-elle pas capable de porter un tel projet ?

La Ville a adopté la convention de partenariat qui la lie avec l'exploitant de la nouvelle salle de concert Reflektor, l'asbl Festiv@Liège, après débat et vote tard dans la soirée. Le débat à été amorcé par un bref historique du Bourgmestre sur les événements qui ont amenés à la création de cette salle. Lors de sa prise de parole, après avoir salué que ce genre de projet d'ambition culturelle pouvait voir le jour à Liège, Sophie Lecron a ensuite souligné que l'exploitation était offerte au privé, alors que la ville de Liège, avec toute sa richesse culturelle et humaine dans ce domaine aurait pu faire le choix d'une gestion 100 % publique de la salle sur le modèle des centres culturels et musées liégeois. Elle a fermement rappelé l’opposition du PTB au constat que le privé serait plus compétant que le public. De plus, elle a affirmé qu'il était difficilement concevable pour le parti de gauche - vu l'investissement colossal de la communauté française (1,2 millions), de la ville (540000) et la faible redevance demandée à l'exploitant - qu'il y ait des bénéfices possibles pour le privé sur le dos des deniers publics. La conseillère communale s'est aussi inquiétée de l’accessibilité de la salle pour tous : « Si effectivement la redevance est maintenue basse comme c'est le cas actuellement, il doit y avoir un but de services au public. Nous voulons, dans ce cadre, qu'il soit inscrit dans la convention un prix plafond pour les entrées et ce dans le but de garantir un accès pour tous ».
Elle a ensuite mis en avant que dans ce qui est prévu actuellement, les prix de la sous-location et les critères de travail avec les acteurs locaux seront établis par l'exploitant ce qui limite l'accès à certains et laisse peu de marges de manœuvre. Ces critères et prix doivent être précisés dans la convention. Pour terminer elle a tenu à signifier, malgré une protestation du Bourgmestre sur ce point, que même s'il ne présente aucune irrégularité, l'appel d'offre ressemble tout autant à une concession faite sur mesure au nouveau gérant de la salle (suite à la fermeture de la Soundsation en 2007). Il semble assez clair que le cahier des charges était tellement cadenassé et contraignant que ça a eu comme conséquence de ne recevoir qu'une candidature et de maintenir un certain monopole. Pour conclure, elle a regretté qu'il n'existe pas vraiment de marge de manœuvre autour de la convention, constat également partagé par le groupe Ecolo. « Ne voulant pas bloquer ce projet mais ne pouvant pas admettre cette convention telle qu'elle, nous nous abstiendrons sur ce dossier en ayant un peu en travers de la gorge le fait que dans les faits, le débat est cadenassé et la marge de manœuvre à peu près inexistante pour pouvoir, ensemble, améliorer ce potentiellement très beau projet. »
Malgré les interventions des partis de l'opposition, le collège, par les voix des échevins Hupkens et Léonard, a dès lors maintenu sa position et estimé que la convention, calquée sur celle passée avec la FWB, était tout a fait satisfaisante. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.

A noter enfin un débat en début de conseil sur les achats de nouveaux équipements pour la Police pour un montant total de 309.000€. Le PTB s'est abstenu sur les points 7 à 12.  Sophie Lecron a argumenté en précisant l'inconnue qui pèse sur l'origine de ce budget en souhaitant que l'on ne coupera pas encore dans le social. Elle a ajouté que dans ces équipements se retrouvent par ailleurs des commandes pas vraiments liés à l'équipement des agents de police, comme du matériel informatique. Et enfin elle a plaidé pour que le collège dégage des fonds rapidement pour mener une véritable politique de prévention sur le terrain. Le bourgmestre Willy Demeyer a précisé que ce budget serait financé sur le budget extraordinaire, avec des sommes initialement budgétisées mais qui ne se concrétiseront pas et a promis un volet prévention qui serait débattue prochainement.