Les bouées de sauvetage de la majorité communale pour équilibrer le budget 2016 du CPAS de Liège ne répondront pas à l'urgence sociale

Ce lundi 14 décembre, le budget 2016 du CPAS de Liège est soumis au débat du conseil communal. C'est l'occasion pour François Ferrara, conseiller de l'action sociale pour le PTB+, de tirer la sonnette d'alarme face à un budget en équilibre instable. Les bouées de sauvetage de la majorité communale ne répondent pas à l'urgence sociale et risquent de ne pas sauver les prochains budgets. Voici le texte complet de son intervention.

Le budget 2016 est présenté à l'équilibre. Nos concitoyens, les bénéficiaires du CPAS et son personnel devraient s'en réjouir mais à l'analyse, ce budget sera probablement le dernier à l'équilibre.

Nous sommes en droit de nous réjouir de l'augmentation de la dotation communale de 472 000€, soit +1,93% par rapport à 2015. Mais, en même temps, l'augmentation du RIS1 remboursé à 70% augmente de +6,89 % ce qui est plus de trois fois l'augmentation de la dotation communale. Celle-ci ne suit donc pas la courbe des besoins.

Or, depuis le début de la crise, notre ville de Liège ne cesse de voir le nombre de précarisés augmenter de manière substantielle : en une seule année le nombre de RIS et d'ASE2 est passé de 9161 bénéficiaires à 9996 bénéficiaires, soit une augmentation de 9,11 %.

Et ceci d'une manière structurelle car l'emploi ne repart pas et les mesures d'exclusion des pouvoirs supérieurs n'ont pas fini de produire tous leurs effets. Il y aura donc encore des chômeurs en perte de droit et, maintenant, arrive la chasse aux malades.

Dans la note de politique générale, on peut lire aussi (je cite) : « Nous nous attendons à une augmentation sensible du nombre d'aides sociales équivalentes au RIS (ASE) suite aux sorties prochaines de demandeurs d'asile des centres d'accueil agréés par FEDASIL après qu'ils aient reçu une reconnaissance de leur statut de réfugié ou de protection subsidiaire par le CGRA. »

Les besoins ne font donc qu'exploser et il est urgent d'anticiper si l'on veut préserver la dignité de toutes et tous.

Le PTB note qu'il y a eu 7217 refus d'octroi en 2015. Chiffre encore en augmentation par rapport à 2014. Mais il est toujours regrettable de constater qu'il n'existe pas une ventilation des raisons de refus. 7217 refus représentent quand même les 2/3 des 11436 octrois.

Face à l'augmentation des besoins financiers, il y a un besoin urgent de moyens humains pour faire face à l'explosion de la surcharge de travail des agents du CPAS quelque soit le secteur.

Dans la note de politique générale encore, on peut lire ceci : « En 2016, faire face à l'augmentation critique de la charge de travail de nos équipes passera par la nécessaire solidarité entre services »

C'est largement insuffisant pour assurer le bien-être de nos agents et une efficacité des services.

A peine 150.000 € sont prévus pour la nomination d'agents supplémentaires en 2016 et 4 agents pensionnés en 2016 ne seront pas remplacés. A quand une vraie politique d'engagement de personnel ? Il faut bien plus que la solidarité entre agents - traduisez une augmentation de la productivité - pour répondre correctement à l'augmentation de la charge de travail.

Oui, mesdames et messieurs du collège, les travailleurs du CPAS sont débordés, il suffit de se rendre une matinée dans une antenne pour en prendre conscience… Et pour rappel, sans eux, pas d'aide sociale !

Alors, malgré ces critiques, le budget est à l'équilibre et semble ravir la majorité. Comment ?
Pour 3 raisons essentielles :

  1. La première est l'augmentation de la dotation communale, ce qui est à souligner malgré son insuffisance. En effet, son niveau est revenu à celui de 2013 alors que les besoins augmentent de façon vertigineuse. En toute logique, elle devrait dépasser le niveau de 2013. Je tiens aussi à souligner que les subsides de la ville de Liège pour l'urgence sociale - la nécessité de ce service porte en son nom son importance - n'ont pas augmenté d'un euro.
  2. Le seconde est le prélèvement de 860.000 € sur le fonds de réserves ordinaires. Il ne restera plus que 560.000 € dans celui-ci. L'opération ne sera pas renouvelable d'année en année alors que, nous l'avons vu plus haut, les besoins ne baisseront pas.
  3. La troisième est le transfert du service du maintien à domicile vers ISOSL. Il y a donc transfert d'agents publics vers une intercommunale. Cela constitue un moindre mal par rapport à l'abandon ou à la privatisation de ce service. Mais, comme nous pouvons le voir avec Tecteo, il est plus sera plus facile demain de privatiser ISOSL que de privatiser des services publics dépendants du CPAS ou de la Ville … Néanmoins, le CPAS et la ville de Liège étant cofondateurs de ISOSL, nous veillerons à ce qu'ils maintiennent un contrôle démocratique et public sur le fonctionnement de cette intercommunale grandissante.
    155 travailleurs soit 134,91 équivalent temps plein sont concernés par ce transfert. Le PTB souhaite que tout soit mis en œuvre pour garantir l'avenir des travailleurs et de ce service. Même s'il n'est pas une obligation légale des CPAS, il constitue une aide absolument nécessaire pour la qualité de vie de ses bénéficiaires. Il est du devoir des pouvoirs locaux, dans une démocratie, d'assurer cette dignité à ses concitoyens.
    Enfin, appelons un chat un chat, l'urgence de ce transfert de le faire avant le 31 décembre 2015 prouve à quel point sans celui-ci le budget n'aurait pu être à l'équilibre. Le CPAS de la ville de Liège devra-t-il chaque année transférer un service qui perd de l'argent pour assurer son équilibre ? La diminution de charge de personnel nette et brute due à ce transfert vers ISOSL est donc la bouée de sauvetage que la majorité a trouvé pour sauver le budget 2016. Cette opération ne pourra être renouvelée pour le budget 2017 ou va-t-on vers le démantèlement de tous les services hors obligation légale du CPAS ?

Vos bouées de sauvetage maintiennent la tête du CPAS hors de l'eau pour 2016 mais éviteront-elles le naufrage les années suivantes ?

François Ferrara
Conseiller CPAS pour le PTB+

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1 Revenu d'Intégration Sociale
2 Aide Sociale Equivalente