Liaison autoroutière E313/CHR Citadelle, prévention du radicalisme, travaux du quartier St-Léonard, relations internationales de la Ville, Convention climat, Relief, coût-vérité : Compte-rendu du conseil communal du 23/11/2015

Le conseil de ce lundi 23 novembre s’est d’abord déroulé dans des conditions agitées. En effet, la police en armes a filtré très lentement l’accès à l’Hôtel de ville alors qu’au moins 200 habitants du quartier de la Citadelle s’étaient mobilisés pour protester contre le projet de liaison autoroutière E13, décrié depuis des mois. Des familles entières s’étaient déplacées, dont une fanfare et une chorale, et se sont massées dans la salle des pas perdus au rez-de-chaussée de l’Hôtel de ville … à deux étages de la salle du conseil communal. Une interpellation citoyenne sur le sujet s’est faite entendre et fut chaudement applaudie à plusieurs reprises. Le Bourgmestre Demeyer a argué que le projet … n’existait pas (!) et que les habitants devaient se rassurer, rappelant plusieurs fois l’assistance à l’ordre. Cela n’a pas convaincu les riverains présents, qui n’ont pas manqué de huer la légèreté de la réponse de Willy Demeyer, et de repartir, décidés à ne pas se démobiliser.

Comment lutter contre la radicalisation des jeunes

S’en est suivie une interpellation de la cheffe de groupe PTB+ Sophie Lecron concernant les attentats de Paris du vendredi 13 novembre, s’axant sur la lutte contre l’exclusion sociale, pour le vivre-ensemble, pour la prévention du discours haineux dans les lieux de culte et pour des actions contre les actes racistes et comportements discriminants (voir l’intervention complète ici : http://liege.ptb.be/articles/sophie-lecron-agir-ensemble-pour-prevenir-le-radicalisme-liege). Willy Demeyer a répondu laconiquement par toutes les précautions qu’il a prises récemment contre les risques d’attentats et depuis des années pour prévenir le radicalisme. Sophie Lecron a mis en valeur plusieurs pistes pour un travail plus efficace, notamment par un meilleur ciblage des potentiels individus à risque ainsi que par un encadrement de réinsertion de ceux-ci. Enfin, des programmes pédagogiques de la Ville devraient être mis à la disposition des enseignants pour leur permettre de désamorcer tout risque de radicalisation chez des jeunes désorientés. Les acteurs de terrain, dépendants des autorités communales, pourraient être au centre de cet important travail de prévention.

Débat houleux sur le retard des travaux de la rue Saint-Léonard

Ensuite, un débat eut lieu à propos des sempiternels travaux dans le quartier St-Léonard. Le conseiller communal Raoul Hedebouw est revenu sur l’important retard observé sur le chantier de la rue St-Léonard, devenu insupportable pour bon nombre de riverains et de commerçants du quartier (voir l’intervention complète ici : http://liege.ptb.be/articles/le-quartier-saint-leonard-veut-vivre). L’échevin des Travaux publics Roland Léonard a alors réagi violement aux critiques, parlant de « contre-vérités ». Bien que se disant compréhensif vis-à-vis du ras-le-bol des habitants du quartier, il a dénoncé les tracts du PTB distribués dans le quartier comme une démarche « indigne » clivant les riverains « manipulés ». L’échevin a déclaré également qu’il avait pris « de l’avance » dans les travaux, ce que Raoul Hedebouw n’a pas manqué de relever, demandant s’il s’agissait d’une plaisanterie : les travaux accumulent déjà un an de retard ! Le conseiller communal a regretté qu’à part des accusations étonnantes l’échevin n’a rien contesté sur les faits décrits : « nous sommes avec plus d’une année de retard sur deux ans de chantier initialement prévus. C’est 50% en plus. Vous êtes le responsable politique de ce chantier. Un chantier où il n’y a que trois ou quatre travailleurs par moment sans communication efficace. C’est cela qui fait dire aux riverains qu’ils sont délaissés. Enfin, concernant les commerçants, nous savons que plusieurs sont en échelonnement de paiement de leurs impôts, or les conditions strictes posées risquent de faire qu’une bonne partie ne bénéficiera pas des 1000€ de dédommagement promis ». L’échevin s’est encore défendu de sa proximité avec les riverains et de sa volonté d’achever les travaux. Le bourgmestre, goguenard, a clôturé le débat. Le combat se poursuivra avec les habitants du quartier pour qu’il puisse vivre.

Les relations internationales de Liège en débat

Le conseil communal s’est penché sur les relations internationales de Liège. Sophie Lecron s’est réjouie de constater le nombre de collaborations, associations et jumelages auxquelles participent la Ville. Cela témoigne d’une volonté d’ouverture sur le monde que le PTB ne peut que partager. La cheffe du groupe PTB+ souhaite néanmoins apporter deux bémols et une proposition. Le premier bémol est que le rapport est rédigé de façon linéaire. Toutes les coopérations semblent se valoir alors que l’intensité de ces coopérations entre villes n’est pas la même. La collaboration avec Aix ou Maastricht n’est pas la même qu’avec Cracovie ni même Lille. La coopération avec Lubumbashi n’est pas de la même intensité qu’avec Dakar. Le groupe PTB pense qu’un bon indicateur aurait été les montants consacrés par la Ville à ces projets de coopérations et de jumelages. Non pas que le montent investi soit l’unique critère de qualité d’une bonne collaboration, mais savoir combien la Ville a consenti à dépenser permettrait de savoir quelles sont ses priorités en terme de relations internationales et quelle est sa vision à moyen et long terme, ce qui manque à ce rapport. Le deuxième bémol concerne le cas particulier de Ramallah. Si le PTB se réjouit de voir les choses enfin avancer sur papier, notamment le projet d’éclairage LED du patrimoine de la Ville via un projet de 90 000€ soutenu par Wallonie-Bruxelles International, Sophie Lecron regrette que le volet liégeois de cette coopération n’ait pas encore abouti. Les Palestien-ne-s attendent aussi que leur situation soit abordée ici-même à Liège pour expliquer l’urgence de la fin de la colonisation.

Enfin, Sophie Lecron a voulu terminer avec une proposition : la Ville de Liège devrait rechercher des collaborations utiles avec d’autres villes qui ont innové en termes de réponses sociales aux crises et de manquements que nous connaissons dans le logement, l’enseignement et la transition énergétique. Dans le procès-verbal de la commission de samedi dernier sur le sujet, un des cinq axes stratégiques est l’échange de bonnes expériences avec d’autres pays. En ce sens, Sophie Lecron propose de visiter Vienne pour son parc impressionnant de logements sociaux de qualité, Helsinki pour la qualité de son enseignement et Stockholm ou Oslo pour leur travail pionner en terme de transition énergétique. L’attrait que semble avoir le collège pour les villes les plus « marketées » (Bilbao, Lille ou Rotterdam pour prendre quelques exemples) risque de décevoir les Liégeoises et les Liégeois. Entrer dans le marché concurrentiel des villes, c’est aussi prendre le risque de perdre. Et au lieu de réaliser la dernière prophétie du citybrading « Liège-TOGETHER », Liège risque de finir « Liège TOUT SEUL ».

Convention Climat et COP21

A propos de la Convention climat, Sophie Lecron a soutenu, en collaboration avec la conseillère communale Benedicte Hendrickx, les différentes démarches de la Ville, et ce en vue de la COP21 à Paris.

Le service Relief réouvre à Saint-Léonard

Concernant le service RELIEF (pour rappel, des habitants du quartier Saint-Léonard s’étaient mobilisés en début d’année avec succès contre la fermeture de ce service de proximité : http://liege.ptb.be/photoreports/action-du-ptb-liege-au-conseil-communal-suite-la-fermeture-de-relief-reportage-et), Sophie Lecron rappelle que le PTB avait interpellé l’échevine Yerna à ce conseil communal avec une première victoire, soit la réouverture du service RELIEF de St-Léonard alors qu’il y avait le risque d’une fermeture totale. Malheureusement, la perte d’équivalents temps-plein pour cette antenne est toujours d’actualité et les services rendus à la population en sont donc impactés. En ce sens, le groupe PTB souhaite que soit enregistrée son abstention sur le sujet.

Modification budgétaire du CPAS

Concernant l’approbation d’une modification budgétaire du CPAS de Liège, le groupe PTB a souhaité voter contre : la modification budgétaire est nécessaire pour la majorité sinon le budget ne sera pas en équilibre, ce qui est inacceptable pour l’autorité de tutelle sur le plan de gestion. La situation financière du CPAS est vraiment alarmante, ce qui confirment nos craintes lors du vote du budget du conseil dernier. Pour la cohérence, le groupe PTB n’a pas accepté le budget et ne peut accepter une modification budgétaire qui ne remet pas en question le fond du problème qui est la non-augmentation de la dotation allouée au CPAS.

Mise en vente du bâtiment occupé par les sans-papiers

Sophie Lecron est revenue aussi l’ancien bâtiment d’horticulture, rue Ste-Beuve, en demandant que soit reportée le point de la vente du bâtiment suite à la demande des occupants actuels, soit 75 sans-papiers. Ils souhaitent par ailleurs avoir une rencontre avec le bourgmestre concernant l’avenir du bâtiment. Tous les conseillers PS et cdH ont voté individuellement pour la vente du bâtiment. Les conseillers MR se sont abstenus, tandis que le PTB, Ecolo et Vega ont voté contre. Sophie Lecron, suite à une demande des occupants, a demandé deux garanties au bourgmestre : la première étant de ne pas les expulser durant l’hiver et que ensuite soit trouvée une solution lorsque le bâtiment sera vendu. Le bourgmestre a accepté la trêve hivernale et « qu’on pouvait rassurer les occupants en cas de vente ».

Le coût-vérité de la collecte des déchets à 104%

Enfin, concernant le coût-vérité en matière des déchets des ménages, Raoul Hedebouw a souligné avoir en commun avec l’échevin Schroyen la volonté d’augmenter le taux de recyclage et de diminuer le nombre de kilos de déchets non triés, mais être en désaccord sur la méthode : le principe même du coût-vérité comme la perception de la taxe poubelle restent pour le PTB socialement injuste. Le coût-vérité est donc un coût-mensonge, et ce parce que la très grande majorité des Liégeois-e-s ne sont pas responsables de la multiplication des déchets liés à notre modèle de production et de consommation. « Nous attendons toujours une réflexion au niveau wallon sur la meilleure manière de faire supporter une partie considérable du coût de déchets par leurs producteurs, explique Raoul Hedebouw. Ensuite, même dans l’application de ce principe, dire aux gens que vous allez payer 104%, c’est-à-dire leur dire que la Ville se réserve les 4% sans garantie de les restituer. Vous avez diminué la taxe poubelle l’année passée, certes, poursuit le conseiller communal. Mais en même temps, vous avez augmenté les recettes des sacs poubelles supplémentaires de + 44% entre 2013 et 2014 (1 020 800€ aux comptes 2013 à 1 473 489€ aux comptes 2014) ». L’augmentation va ainsi se poursuivre en 2015 pour atteindre presque un doublement par rapport à 2016. Ce sont les petits commerces, les familles nombreuses, les ménages en appartement et les ménages les plus défavorisés qui vont être sanctionné : « bref, pour nous, c’est non », achève Raoul Hedebouw.