Sophie Lecron (cheffe de groupe PTB+ au conseil communal de Liège) : "je suis intervenue contre l'achat de six Taser par la Ville"

Même si c’est une arme dite « à létalité réduite », le Taser est« extrêmement dangereuse » selon les termes d’Amnesty International, ce que la direction de l’entreprise fabricante a reconnu du bout des lèvres en 2010. Elle est classée depuis 2006 dans le règlement européen des armes « susceptibles d’infliger la torture » et l'ONU l’a d’ailleurs classé en 2007 comme « forme de torture ». En bloquant le système nerveux central avec ses 50 000 volts, les effets de cette arme sont imprévisibles et peuvent entraîner une paralysie musculaire, des traumatismes lors de chutes, des convulsions, voire des infarctus chez les personnes à risques.

Comme l’explique Amnesty International, le Taser favorise par nature les abus et représente bien souvent une réponse disproportionnée. Comme elle est considérée comme « non mortelle », il est bien plus facile de la dégainer qu’une arme à feu. La police municipale de Nîmes le confirmait l’année dernière au Figaro : « ça se sort beaucoup trop facilement », estimait l’adjoint à la sécurité. Depuis 2010, chaque mairie en France peut autoriser ou non le Taser à ses policiers municipaux. Selon le syndicat policier SNPM, 60% de ces 18 500 agents sont équipés de Taser, généralement un par brigade. Quatre personnes ont déjà été tuées par ce biais depuis lors, selon l’ACAT. C’est heureusement encore loin des 1005 morts recensés aux Etats-Unis jusqu’à août passé (Reuters). Car si l’on en croit la revue BMJ (2015), ce n’est pas l’arme qui provoque les décès: « le plus dangereux [est] le risque de blessures à la tête suite à une chute », quand ce n’est pas une crise cardiaque. Or, on m'a expliqué en commission que le PAB liégeois s’était entraîné avec des collègues qui se soutenaient ou sur des tapis qui les empêchaient de s’écraser face contre terre.

Le Taser n’est pas propre à toutes les grandes villes françaises : ni Toulouse, ni Nantes, ni encore Strasbourg ou Montpellier ne mettent ce type d’arme à disposition de leur police. Autre exemple : la Norvège n’utilise pas le Taser. Leur police n’est généralement pas armée alors qu’un habitant sur cinq dispose d’une arme. Ce choix a été confirmé après Utoya et le taux de criminalité y est resté faible. Le commissaire principal honoraire de la Police nationale française, Georges Moréas, citait à ce propos son homologue norvégien démontrer qu’armer plus les policiers entraîne d'emblée une surenchère chez les malfrats.

De plus, pour les syndicats policiers, la question du cadre légal reste floue. La concertation avec ceux-ci au niveau fédéral a été nulle. Chaque policier engage sa propre responsabilité individuelle lorsqu’il utilise un Taser, expliquait encore récemment le SLFP. Même remarque pour le Comité P qui, dans son rapport annuel de 2016, « recommande l’élaboration d’un tel cadre légal » pour ce type d’armes : « Comme un malade mental, même s’il est violent, est une personne qui a besoin d’aide, cette situation est certainement précaire ». Le rapport revient aussi sur la « notion très difficile » qui est de savoir comment réagir vis-à-vis de « personnes atteintes de maladie mentale ». Or, c’est là toute la légitimité sur laquelle s’appuie le Taser puisque l’arme doit neutralisée les personnes « en délire agité » incontrôlables. Cette confusion est lourde de sens, sachant qu’aux USA par exemple l’utilisation du Taser peut se faire en cellule.

Enfin, il faut bien dire que Liège n’est nullement obligée par le fédéral de s’en munir. Il a fallu porter un dossier de candidature volontaire auprès du ministre de l’Intérieur, donc nous avons le choix de ne pas nous lancer dans cette expérience de six mois qui permettrait d’introduire définitivement cette arme. La population aspire à une police de proximité formée à la gestion non-violente des conflits qui noue des contacts, tend l’oreille aux attentes des citoyens et mène un travail de prévention au quotidien pour endiguer efficacement la criminalité.  


Intervention de Sophie Lecron (PTB) - conseil communal du 02 octobre 2017