Sophie Lecron à propos du budget 2016 de la Ville de Liège : "Ceci est un budget de crise ... lissé !".

Ce mardi 15 décembre, Sophie Lecron, cheffe de groupe PTB+ au conseil communal de Liège, s'est exprimée sur la proposition de budget 2016 soumis par la majorité PS-Cdh. Et elle a démontré, point par point, que celui-ci est bel et bien un budget de crise. Vous pouvez lire toute son intervention et le détail de sa démonstration dans la suite.

Comme chaque année, à quelques heures d'intervalle de la réception des documents budgétaires par l'opposition, la majorité communale communique déjà sa vision du budget. Et cette année, je dois dire que j'ai trouvé votre plan comm' un peu audacieux. « Ceci n'est pas un budget un crise ». La phrase est lancée et répétée à souhait avec cinq arguments principaux : Nous préservons l'emploi. Nous n'augmentons pas les taxes. Nous maîtrisons les dépenses de fonctionnement et de dette. Et nous poursuivons les investissements. Je vais m'atteler à vous démontrer que sur ces cinq paramètres, le budget 2016 est un budget de crise … un budget de crise lissé sur plusieurs années mais un budget de crise quand même. Il est d'ailleurs frappant de constater le nombre d'articles budgétaires à l'ordinaire 2016 qui sont une copie conforme des mêmes articles budgétaires de l'année 2015 ! On a du mal à vous croire, monsieur le bourgmestre, lorsque vous dites dans les médias que ce budget a nécessité des dizaines de réunions de travail …

Mais avant de faire ma démonstration point par point, je voudrais souligner un fait qui a été occulté de votre conférence de presse : la population liégeoise est à nouveau en baisse ! 323 habitants en 2015 de moins qu'en 2014. La politique suivie pour le collège pour attirer de nouveaux habitants bat de l'aile. Une explication se trouve dans le nombre insuffisant de logements publics et privés. La rénovation urbaine ne suffit pas, messieurs les échevins. Il faut de l'investissement public pour construire de nouveaux logements sociaux de qualité et répondre aux besoins de la population.

Passons maintenant à la démonstration.

  1. Contrairement à ce vous dites, vous ne préservez pas l'emploi. Pourquoi ? Parce que vous avez détruit 269 postes de travail entre l'année 2010 et 2016. Si en 2016, vous comptez à nouveau remplacer les départs à la pension, c'est parce que vous ne l'avez plus fait pendant 6 longues années en plus de ne pas reconduire certains contrats à durée déterminé. Et vous n'allez créer aucun nouvel emploi public d'ici 2019. Le plan de gestion que vous vous êtes assignées avec le CRAC stipule que vous allez maintenir le cadre à 2870 jusqu'en 2019 ! Votre notion de préservation de l'emploi est pour le moins toute relative. Bien sûr, vous allez procéder à de nouvelles nominations et c'est encore heureux. Mais aujourd'hui, les nominations sont surtout faites pour rattraper le retard accumulé depuis les années 80 et qui est à l'origine des problèmes de cotisations de responsabilisation impayables. Et comme vous le rappelez dans l'actualisation du plan de gestion, vous garantissez à notre FMI régional, le CRAC, que les contractuels resteront  plus nombreux que les nommés. Étonnant pour une majorité qui se dit de centre-gauche.
    Le problème des pensions ne sera pas réglé pour autant et la chasse est aux économies est ouverte : transfert d'agents communaux vers les intercommunales (Le service d'aide à domicile et ses 155 ETP vers ISOSL) et bagarres juridiques avec les intercommunales pour faire respecter les conventions liant le personnel transféré et avec les caisses de paiement pour valoriser les nouvelles nominations dans le calcul … Bref, l'avenir des pensions est toujours incertain et suspendu à des négociations ou à des décisions juridiques.
  2. Alors que notre commune est une des plus pauvres de la Province de Liège, les taxes y sont les plus élevées. Contrairement à ce vous dites, vous augmentez les taxes. Pour être plus précise, les augmentations décidées l'année passée sont maintenues. Pour rappel, le passage de 2870 à 2990 centimes additionnels pour le calcul de précompte immobilier (PRI) coûte depuis cette année entre 30 et 40€ par ménage et par an. Cette taxe, si elle touche en premier lieu les travailleurs propriétaires de leur habitation, à terme les travailleurs locataires de leur habitation le seront aussi puisque les grands propriétaires finiront par répercuter cette hausse sur les loyers aux changements de bail. Au total, c'est une augmentation de 3,319 millions d'euros par rapport à 2014, soit + 5 %.
    Une autre augmentation que l'on a connu l'année passée, c'est celle de la partie variable de la taxe urbaine ( +933.000€) simultanément à la réduction de 15€ de la partie forfaitaire de la taxe (-1,5 M €) depuis 2015. Cette mesure, je le rappelle, sanctionne les familles nombreuses, les ménages en appartement et les ménages les plus défavorisés. Pourtant l'étude Intradel nous a rappelé que 47 % des liégeois étaient en exception logement (pas de jardin ou emplacement pour le conteneur) et 45 % en exception habitants (au moins 40 % en immeubles ou 40 % avec ménages de 1 ou 2 personnes). La logique libérale du coût-vérité continue de s'appliquer et on remontera à 104 % en 2016 après avoir annoncé 99 % pour 2015. La réforme de la taxe urbaine aurait pu conduire à l'introduction d'une progressivité de la perception. C'est dommage.
    Et enfin, une dernière augmentation subie l'année passée, celle des redevances de stationnement. Nous avons comparé par rapport aux comptes de 2012. C'est une augmentation de +66,6 %!!! 2,272 millions d'euros. Ces mesures ne réduisent pas la pression automobile. Elles sont justes budgétaires et financières même si l'on veut lui ajouter du vernis écologique. Ce n'est en tous les cas pas notre vision de l'écologie que ces mesures punitives sans offres d'alternatives de transport en suffisance et sans plan de mobilité réfléchi et concerté.
  3. Les dépenses de fonctionnement sont « maîtrisées » dites-vous. - 1,2 million d'euros comparé aux CMB 2014. Et cela ne s'explique pas seulement pas les facteurs exogènes du type hiver doux. Ce sont aussi la vente de bâtiments, c'est-à-dire le patrimoine de la ville que l'on brade, et une réduction linéaire de 5 % des dépenses appelées « diverses » dans le plan de gestion. La compression des dépenses de fonctionnement a une limite, messieurs les échevins. Ce sont les travailleurs de la ville qui nous le disent. Si cette limite est dépassée, ce sont les travailleurs qui en pâtissent.
  4. De la même manière, vous nous dites que les dépenses de dettes sont maîtrisées. A 26 millions d'euros en 2012, les dépenses ordinaires de dettes sont passées à 37,8 millions d'euros. Quelle est cette maîtrise ? Je rappelle qu'à budget constant, dépenser plus pour payer ses charges financières, c'est avoir moins de possibilité de dépenser pour le personnel, le fonctionnement, les subsides et les prestations de la ville.
  5. Enfin, vous nous dites que vous poursuivez le même rythme d'investissements. Or, que constatons-nous ? Plusieurs projets sont des reports de l'année précédente : Cité administrative (fonds FEDER obtenu mais 29 M€ annoncé en 2015 devenus 23M€ avec plus grande intervention du fonds propre de la ville) Plan informatique (1,1 M€ annoncé en 2015 devenu 0,8 M€ en 2016) Réaménagement Bressoux-Droixhe (1,2 M€ en 2015 devenus 1 M€ en 2016). Nous n'avons pas encore les comptes 2015 pour savoir ce qui est exactement un report et ce qui est nouveau projet. Mais au vu du taux de réalisation de la prévision budgétaire de l'extraordinaire en baisse depuis quelques années : de 76,5 % en 2010 à 62 % l'année passée, il y a des doutes sur la valeur de ce plan d'investissements qui est soumis à l'extraordinaire. Deux remarques encore à ce propos. Les choix politiques d'investissements se concentrent sur les bâtiments et la voirie. Le groupe scolaire Botanique reçoit 1,49 M€ et les crèches 2,1 M€ (Ste-Marguerite et Droixhe). Le logement reste donc l'éternel parent pauvre et la rénovation des bâtiments scolaires, si elle avance c'est à pas de tortues. La rénovation complète de tous les bâtiments risque de prendre des décennies.

En conclusion, madame messieurs de la majorité, ce budget est bien un budget de crise. Un budget certes lissé sur plusieurs années, mais dont les effets sociaux et démographiques se font sentir. La population liégeoise s'appauvrit et ne grandit plus. Et le plan de gestion que vous vous êtes imposés ne risquent pas d'inverser la courbe. Le carcan de l'austérité est bien là.

  • puisque on fige les embauches
  • puisque on veut « Se concentrer sur les tâches essentielles », c'est-à-dire privatiser demain certains services, comme la fermeture des serres l'année passée qui n'est autre qu'une privatisation d'une partie du service plantations.
  • puisque on compte diminuer de 5 % des dotations de la ville aux ASBL sous contrat de gestion
  • puisque on compte geler les dotations aux institutions culturelles qui dépendent de la communauté française
  • puisque que l'on veut poursuivre les économies d'échelle imposées aux entités consolidées : CPAS, Police, IILE
  • puisque l'on compte augmenter les tarifs d'occupation des infrastructures communales. Ce sont 250.000€ que l'on ira chercher dans les poches de l'associatif et des particuliers.
  • puisque, enfin, on souhaite étendre la zone de stationnement envisagée et accompagner cela d'une hausse des tarifs

Nous pensons que toutes ces mesures d'austérité vont approfondir la crise et non pas y répondre. Face à la crise, il faut des réponses sociales. Ici, on continue à aller chercher dans les poches de plus en plus vides des travailleurs et des travailleuses de Liège. C'est la raison pour laquelle nous voterons contre ce budget.

Des alternatives existent et le PTB veut les défendre :

  • 1. Un refinancement structurel des communes. Avec le PTB, nous avions déposé une motion début 2015 pour une fronde municipaliste exigeant des niveaux politiques supérieurs qui imposent l’austérité qu’ils assument les conséquences en les finançant.
  • 2. Proposer un audit de la dette
  • 3. Une commune qui renforce effectivement les services publics, en créant de nouveaux emplois.
  • 4. Reprendre une juste taxation de la force motrice.
  • 5. Un investissement important dans le logement public. Une mission nous revient de Vienne où le logement public concerne 60% des Viennois. Ce qui permet de garantir un accès au logement et de mettre une pression sur le prix des loyers dans les logements privés.
  • 6. Un budget consacré à la participation citoyenne.
    Plus particulièrement, deux amendements seront déposés demain pour la dernière soirée du conseil communal dédié au budget.
  • 1. Pour une plus grande taxation de la publicité.
  • 2. Pour une progressivité de la taxe urbaine.