ESB à Seraing : la Région wallonne doit informer les travailleurs

Il y a un an, le soir de Noël, les propriétaires du holding luxembourgeois REM (qui s'appelle Green Elephant depuis août 2015) annonçaient la reprise de l’aciérie électrique ESB à Seraing. Ce qui fut considéré comme un cadeau de Noël à l'époque commence de plus en plus à ressembler à un cadeau empoisonné. « Cela fait un an que la nouvelle direction promet la reprise de la production à la centaine de travailleurs, mais cette reprise est à chaque fois reportée à une date indéterminée », explique Damien Robert, conseiller communal PTB à Seraing et en charge du dossier sidérurgie.

La reprise se fait attendre et les questions sans réponse s'accumulent. Le doute s'installe chez de nombreux travailleurs qui s'inquiètent des véritables intentions des repreneurs et du rôle joué par la Région wallonne. Et effectivement, plusieurs faits sont interpellants. Les travailleurs seraient actuellement payés par de l'argent emprunté à l'ancien propriétaire. « Pourquoi un vendeur prêterait-il de l'argent à un acheteur », s'interroge Damien Robert.

De plus, les représentants des travailleurs ont demandé à obtenir l'acte de vente qui lie l'ancien propriétaire à Green Elephant. La direction du holding Green Elephant a refusé de transmettre ce document en se retranchant derrière l'argument de la confidentialité. « Pourquoi cacher un tel document ? », s'inquiète Damien Robert, « les travailleurs ont quand même le droit d'être rassuré sur la nature des nouveaux propriétaires de l'outil ».

Enfin, la société de consultance PWC aurait réalisé un rapport financier et industriel pour rassurer sur les intentions et les capacités financières du groupe Green Elephant pour son projet à Seraing. Ce rapport aurait été présenté à la Région wallonne et à la Sogepa et une deuxième réunion serait prévue dans le courant du mois de janvier. Aucune information ne filtre à ce propos. « Pourquoi la Région wallonne ne donne-t-elle aucune information aux travailleurs sur l'état des intentions et des capacités financières de ce groupe ? », s'interroge Damien Robert.

Une chose est certaine, l'histoire du holding Green Elephant n'est pas claire. Le holding REM International a été créé par un investisseur roumain, propriétaire au départ d'une entreprise appelée REM Machine tools et spécialisée dans la fabrication et le reconditionnement de machines outils et active aussi, selon son site internet, dans l'installation de fonderies et dans la production de pièces pour l'énergie éolienne. L'entreprise roumaine aurait fait faillite en 2011, un peu avant la création du holding financier REM international au Luxembourg. Peu après sa création, le propriétaire du holding REM International a cédé ses parts à un holding suisse nommé Activa Pro AG qui se partage dorénavant l'actionnariat du groupe avec Plainfield Holding AG, installé en Hollande. Les intentions de REM sont floues dès le départ. Le holding a même fait l'objet d'une procédure de « dénonciation de siège social » au Luxembourg.

La direction du groupe répond aux travailleurs qui s'interrogent en leur disant de ne pas s'inquiéter, en promettant une reprise rapide, et en expliquant que REM représente un grand groupe industriel aux reins solides. « Ce n'est pas l'image qu'ils donnent ni ce qui transparaît lorsqu'on tente d'en savoir un peu plus sur ce groupe mystérieux », constate Damien Robert. La Région wallonne, elle, en sait par contre beaucoup plus sur ce dossier : non seulement elle a obtenu le rapport financier et industriel réalisé par la société PWC pour Green Elephant mais en plus, elle a déjà été en contact très rapproché avec Activa Pro AG dans le dossier de la cokerie, car c'était déjà ce holding qui représentait les repreneurs potentiel en 2013.

Pour Damien Robert, les choses doivent maintenant évoluer. Pour le conseiller communal du PTB, « les travailleurs sont dans l'incertitude la plus totale depuis un an et cette situation a trop duré : la Région wallonne doit transmettre aux travailleurs les informations de nature à réellement expliquer l'état du dossier et les intentions de la direction de Green Elephant ». Et ce dernier de conclure : « Nous espérons une reprise de la production et devant les doutes qui s'accumulent, la transparence est dorénavant une nécessité pour garantir aux travailleurs la clarté sur ce qui se passe car ce sont eux les premiers concernés et c'est leur emploi qui est en jeu ».