Reprise potentielle de ESB, de Cockerill Forges Ring Mill et de la Cokerie à Seraing : espoir et méfiance

Après avoir acquis ESB (aciérie électrique à Seraing), le groupe REM vient de déposer un business plan pour la reprise de Cockerill Forges Ring Mill et la cokerie qui appartiennent à Mittal. L’objectif annoncé ? Faire tourner l’aciérie électrique en feux continus pour produire, avec Ring Mill, un acier spécifique tout en assurant une indépendance énergétique grâce à la cokerie qui alimenterait une centrale électrique biomasse.

Dans le business plan, le holding luxembourgeois REM parle de 600 emplois directs et 500 emplois indirects pour faire tourner ces 3 sites. D’où viendront-ils ? 250 emplois de chez ESB et les 80 de Cockerill Forges Ring Mill. Ils en feraient partie selon le business plan déposé. Et les autres emplois ? Est-ce que ce serait de la création d’emplois ? Est-ce qu’ils reprendraient les anciens d’Arcelor Mittal ? Peu d’infos sont connues à ce jour.

« Même avec tous ces points d’interrogation, cette nouvelle donne de l’espoir », estime Damien Robert « car elle serait porteuse de maintien voire de création d’emplois et, tout ce qui peut garantir que les sidérurgistes pourront assurer leurs fins de mois et avoir des perspectives d’avenir est une bonne nouvelle. Cette nouvelle est aussi un pied de nez à tous les décideurs politiques qui ont annoncé qu’il n’y avait plus d’avenir pour l’acier, en ce compris pour la phase à chaud, en Wallonie et à Liège », réagit le président provincial du PTB Liège. Et ce dernier de rajouter que le marché de l’acier n’est pas si mal en point que certains voudraient le faire croire. En fait, c’est en Belgique que, depuis la crise de 2008, la baisse a été la plus forte, soit une baisse de production de 30 %. Mais dans d’autres pays, où la sidérurgie est aussi principalement ou totalement continentale, comme l’Allemagne, la production n’a fait que stagner. En Autriche, depuis le début de la crise, la production d’acier a même augmenté de 4 %... « Il y a donc une demande pour produire de l’acier en Europe. Et dans ce contexte, le maintien de la mise sous cocon des sites garde toute sa pertinence dans le bassin liégeois », rajoute Damien Robert.

Selon les informations, le business plan serait basé sur un investissement de 110 millions d'euros. Le holding financier REM demanderait à la Région wallonne d’investir presque 100 millions € pendant que REM en investirait lui-même 10 millions… Et qui sont ces repreneurs qui demandent aux pouvoirs publics d’investir massivement dans un groupe privé ? « REM n’est pas un groupe industriel », explique Damien Robert, spécialiste sidérurgie pour le PTB, « c’est une structure financière dont les capitaux sont apportés par des fonds de placements situés au Luxembourg, aux Îles Vierges Britanniques et au Panama et dont les seuls objectifs sont de spéculer. »

Pour Damien Robert, il ne faut pas reproduire les mêmes erreurs qu’avec Mittal. Derrière l’espoir, il faut se méfier : « La garantie de création d’emplois et de développement d’outils serait beaucoup plus forte si l’entreprise était reprise par les pouvoirs publics. Or, ici, les repreneurs annoncés sont les pires capitalistes : ceux qui ont un projet industriel assez flou et qui investissent aussi bien dans l’industrie que dans l’immobilier ou les soins de santé pour assurer que la valeur de leurs fonds de placement en bourse augmente. »

Et Damien Robert de conclure : « Avec Mittal, les travailleurs ont acquis une solide expérience. On ne leur fera pas prendre les investisseurs pour des sauveurs. Ils ne croiront pas les promesses du monde politique. Et ils savent que demain, encore plus qu’hier, leur lutte pour la préservation des emplois et des outils sera leur assurance-vie la plus solide. Pour le moment, ce qu’ils attendent, ce sont des faits. Et du travail. Car une chose est claire : il y a encore de l’avenir pour produire de l’acier dans le bassin liégeois. »

Le PTB, par l’entremise de Frédéric Gillot, député région wallon et ancien sidérurgiste, interpellera le ministre Marcourt à ce propos au parlement.