Droit à la mobilité: des transports publics, fréquents et accessibles

Constats

Le chaos organisé de nos sociétés industrielles capitalistes

La voiture est encore souvent le seul moyen pour aller du domicile au travail malgré la pollution de l'air, les nuisances sonores, les embouteillages, l'augmentation des prix des carburants. On ne pourra trouver de solutions durables à ces problèmes qu'en revoyant de fond en comble le modèle de production de notre société libérale. La flexibilité à outrance et l'établissement des entreprises dans des endroits coupés de tout transport en commun (Un quart des patrons admettent que leur site n'est pas ou pas suffisamment desservi par les transports en commun) sont des caractéristiques de nos économies qui mènent à de grands gaspillages en matière de transport. Les pouvoirs publics doivent avoir l'ambition d'intervenir aussi dans ce type de compétences macro-économiques afin de résoudre le problème du transport durable dans notre société. Cette absence de volonté est une des causes majeures du chaos organisé de la mobilité à Liège.

Va-t-on répondre au besoin de proximité des Liégeois ?

Dans l'enquête réalisée par le PTB, 40.1% des liégeois ont demandé de « diminuer l'obligation de se déplacer en favorisant les services et commerces de proximité et d'arrêter de construire de nouveaux centres commerciaux ». D'une manière générale, un fort besoin de proximité, diamétralement opposé aux politiques de réduction et de centralisation encouragées par les autorités, a été exprimé par les liégeois dans cette enquête. Outre ce besoin, 38.9% des liégeois sondés par le PTB+ demandent « un vrai plan de mobilité avec une priorité pour le service public ».

Les menaces qui pèsent sur les transports publics

Si les sociétés qui organisent les transports sont encore publiques en Belgique, elles sont grandement menacées par la commission européenne. Celle-ci a déjà essayé à plusieurs reprises d'ouvrir ce secteur au privé. Les organisations syndicales ont réussi à freiner cette évolution jusqu'à aujourd'hui. Dans les pays où la privatisation est une réalité, une offre abondante sur des lignes urbaines très fréquentées côtoie la disparition de lignes qui desservent les régions plus éloignées et moins peuplées. Les prix élevés pour les usagers se pratiquent en parallèle avec des services dégradés et la détérioration de la situation sociale des travailleurs. Cette tendance de fonds à la privatisation doit être arrêtée. Dans ce cadre, nous rejoignons les inquiétudes de l'association Attac1 qui dénonce l'utilisation des PPP (Partenariats Public-privés) dans la construction de la première ligne de tram à Liège. La mise en place d'un PPP pour le tram revient dans les faits à une privatisation partielle de la ligne de bus la plus rentable de Wallonie : la ligne 1.

Le tram, une occasion manquée d'un plan concerté de mobilité intermodale

Un projet de mobilité d'ensemble de l'agglomération urbaine de Liège est nécessaire. Or force est de constater que les questions de mobilité sont encore trop décidées au coup par coup et de manière parcellaire. Aucune politique de mobilité multimodale visant à intégrer l'utilisation des trams, bus, voiture, vélo et marche à pied n'est sérieusement étudiée. Comme le démontre la gestion du dossier « tram », chaque commune de l'agglomération défend « son » plan de mobilité sans vision d'ensemble. A ce titre, le PTB+ regrette la limitation de la première ligne du tram de Sclessin à Coronmeuse dont but premier semble être le transport des touristes pour l'expo Liège 2017. Ce n'est pas d'un tram touristique que les liégeois ont besoin mais d'un transport structurant l'ensemble de la mobilité dans l'agglomération.

En outre, dans le débat politique qui agite Liège depuis quelques années, le PTB+ s'inquiète de l'attention unilatérale donnée à la seule construction de la ligne du tram. Cela se fait au détriment d'un nécessaire débat sur la réorganisation des lignes de bus et de la mise en place d'un RER Liégeois. En effet, la mise en place d'une offre de transport public et performant entre Liège et sa région périurbaine est le seul moyen de décourager durablement le déplacement en voiture dans le centre-ville. La réactivation des différentes gares liégeoises et la mise en place d'une boucle ferroviaire rejoignant les gares de Bressoux, Liège, Herstal et Seraing ainsi que les gares intermédiaires se trouvant entre celles-ci est une option importante pour l'agglomération liégeoise. La passivité de la SNCB, voire même le recul enregistré dans le domaine, comme en témoigne la fermeture des guichets de la gare de Herstal et d'Angleur, est alarmante. La SNCB doit respecter son contrat de gestion.

Vu la complexité du dossier mobilité à Liège, le PTB+ regrette, comme c'est devenu une habitude à Liège, l'absence de concertation sérieuse avec la population sur le dossier. Deux semaines et une seule grande réunion centralisée pour discuter d'un projet aussi important que le tram ne peut être vu qu'une volonté de la SRWT d'éviter un débat citoyen un tant soit peu sérieux. Les multiples réclamations des comités de quartier dans ce sens témoignent de ce manque de dialogue.

Les maillots jaunes valent-ils plus que les cyclistes de tous les jours ?

En matière de mobilité douce, le PTB+ ne peut se satisfaire des faibles avancées en matière d'infrastructures dédiées à l'utilisation du vélo. A l'instar du GRACQ2, nous ne pouvons que dénoncer la disproportion entre les moyens mis en place pour accueillir à plusieurs reprises le tour de France à Liège (4 millions d'€) et l'absence de moyens sérieux pour rendre la ville accessible aux cyclistes de tous les jours. 2% de transport modal par vélo à Liège contre 15% à Berne : une ville qui compte pourtant pas mal de pente à 7% et une météo similaire à la nôtre. La seule différence entre les deux villes est à remettre sur le manque de volonté politique des autorités communales. Outre le manque de pistes cyclables, le PTB+ a aussi dénoncé par une action en avril dernier le manque de place de parking vélo à Liège.

Vision du PTB+

Tendre vers la gratuité des transports publics

Pour améliorer la mobilité des personnes n'ayant pas de voiture, diminuer les émissions de gaz à effet de serre et aider la société à faire face à la flambée des prix des produits pétroliers, les sociétés publiques de transport en commun sont la solution d'avenir et doivent jouir des moyens nécessaires au développement de leur réseau. A ce titre, le PTB+ s'oppose à l'augmentation décidée par le gouvernement régional PS-CDH-Ecolo des tarifs de bus à 1,70 euros le ticket. Il s'agit d'un très mauvais signal écologique et social envers les utilisateurs des transports en commun. En 2010, la ville de Tallin en Estonie a décidé de la gratuité des transports en commun dans le centre-ville. Pourquoi ce qui est possible dans une ville beaucoup moins riche que Liège n'est-il pas possible chez nous ? Le PTB+ demande un plan ambitieux pour l'instauration progressive de la gratuité des transports en commun pour tous les résidents de la ville de Liège.

Augmenter et varier l'offre dans les quartiers

Le PTB+ s'inquiète de la répercussion de la réorganisation du réseau pour alimenter le tram sur l'offre de transport public dans les quartiers. La distance d'accès à un arrêt de bus ne peut être revue à la hausse pour les habitants des quartiers. Spécifiquement pour le quartier Sainte-Marguerite, le PTB+ a déjà mené plusieurs actions afin d'exiger le retour du bus dans le quartier. En effet, il n'est pas normal qu'un quartier aussi densément peuplé soit dépourvu d'offre de transport public. Le PTB+ est en faveur de la mise en place de minibus (city bus) de manière à mettre en relation les différentes parties du quartier et pas seulement des liaisons quartier-centre-ville.

Organiser un transport de nuit

Le PTB+ demande la mise en place d'un transport en commun nocturne les nuits des week-ends. Les autorités publiques ne peuvent continuer à déplorer le nombre d'accidents les week-ends et en même temps ne pas offrir de transport en commun aux heures de sorties en ville et pour les discothèques dans la périphérie. Comme en témoignent la réussite des Noctambus liégeois de la Saint-Sylvestre et l'existence d'une telle offre dans beaucoup de villes européennes, la mise en place d'une offre de transport de nuit régulière permet de réduire significativement le nombre de blessés sur les routes les nuits de jours fériés et les week-end.

Un tram structurant combiné à un RER liégeois

Le PTB+ est pour le développement d'un réseau de tram en étoile comme il en existe à Bordeaux, Strasbourg ou Montpellier. Nous sommes contre la mise en place d'une ligne unique de tram à des fins touristiques et de prestige. Il est primordial de faire passer le tram par un maximum de quartiers afin d'offrir les avantages du tram aux gens près de chez eux. Nous rejoignons le point de vue et l'analyse de l'association Urbagora3 demandant le passage du tram également en rive droite. Nous nous étonnons d'ailleurs du peu de concertation entre les autorités de la ville et cette association, vu le travail de qualité fourni par celle-ci sur le sujet. A l'instar de la ville de Reims, nous demandons au minimum que toutes les options soient prises afin de permettre le bouclage et la mise en croix des réseaux de tram ultérieurement, par exemple en préparant les aiguillages à cet effet et en permettant techniquement les croisements.
Le réseau de train intra-agglomération liégeoise doit être maintenu et développé. Le contrat de gestion de la SNCB doit être respecté. Nous demandons à ce titre la revalorisation et la mise en réseau de la ligne 40 (Visé) , la ligne 34 (Liers), la ligne 37 (Vesdre) et la ligne 125 A (Seraing – Flémalle).

Faciliter le parking des riverains et dissuader les petits trajets en voiture

Le PTB+ demande la mise en place d'un vrai plan de mobilité étudié en fonction de toute l'agglomération liégeoise (et pas seulement de l'unique ville de Liège) et tenant compte de l'intermodalité nécessaire pour désengorger le centre-ville et privilégier les transports en commun. L'absence de parking de dissuasion (Voiture – bus / Voiture – Tram), la non intégration du tram et de la gare des Guillemins, le peu de parkings vélo prévus sur le tracé du tram : tant de signes qui montrent une grande sous-estimation de l'intermodalité dans les projets de la majorité sortante.

Ce plan de mobilité doit aussi intégrer un plan de stationnement adéquat axé en priorité vers les riverains. Le choix de la voiture s'impose souvent à une partie des résidents des quartiers du centre-ville vu l'absence d'offre suffisante pour les déplacement « domicile-travail ». Le PTB+ dénonce les tentatives unilatérales de la ville de Liège d'imposer des solutions « venant d'en haut » sans concertation préalable et basées exclusivement sur la répression par amendes de police. De cette manière, on tente de se décharger d'une responsabilité sociétale et collective qu'est la gestion de la mobilité et on la renvoie vers la responsabilité individuelle du riverain.

Propositions du PTB+

  1. Pour une plus grande fréquence (surtout en soirée et le week-end) de certaines lignes de bus, plus de capacité aux heures de pointe.
  2. Construction d'un véritable réseau de trams opérant en boucle au centre ville et reliant en étoile les quatre coins de la ville. Accélération de la mise en place de la deuxième phase de la construction du tram.
  3. L'offre de transport scolaire et vers les zonings industriels doit s'améliorer. Mise en place d'un audit en besoin pour l'ensemble des travailleurs des entreprises des zonings principaux de l'agglomération.
  4. La réduction de 50 % des tarifs et des billets uniques pour tous les moyens de transport en commun comme premier pas vers la gratuité.
  5. Assurer une meilleure correspondance entre les bus et les trains.
  6. Promouvoir la construction de parkings de dissuasion en périphérie et à proximité des lignes de bus et du futur tram

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