Droit à l’emploi

Constats

26,6 % de chômage à Liège : un échec intolérable

Le PTB+ est allé à la rencontre des Liégeois dans les quartiers pour leur demander ce qu'ils trouvaient le plus important à changer dans les années à venir. 32 % des Liégeois nous ont répondu sans hésiter : l'emploi.

Et pour cause, un quart (26,6 %) des habitants de notre ville, quatre jeunes sur dix (38 %) n'ont pas de travail. Or le travail est une condition sine qua non pour se sentir bien dans notre société. 26,6 % : rendez-vous compte ! Si deux martiens débarquaient à la place Saint-Lambert et qu'on leur expliquait que plus d'un quart de notre population est exclu méthodiquement du système de production, ils nous prendraient pour des fous ! Non seulement cette situation est intolérable mais l'impuissance affichée par nos autorités politiques communales est un aveu d'échec que nous ne pouvons accepter. Et le plus inquiétant, c'est qu'avec la crise la situation va s'aggraver.

Mittal restera-t-il le plus grand assisté de Belgique ?

Il y aura de nouvelles pertes d'emplois. L'annonce de la fermeture de la phase liquide d'Arcelor-Mittal menace à terme toute la sidérurgie dans son ensemble et celle-ci est pourvoyeuse de milliers d'emplois directs et indirects aux Liégeois.

Où étaient les autorités de la ville - dont les dirigeants occupent des postes en vue dans les partis actifs au fédéral - lorsque Mittal annonçait la fermeture de la phase à chaud alors que les usines à Liège gagnaient des centaines de millions d'euros de profits ? Pendant que les sidérurgistes menaient leur combat pour la réouverture du haut fourneau puis contre la fermeture de la ligne à chaud, on demandait à Mittal de payer 496 euros d'impôt sur les 1,4 milliards de bénéfices de la branche financière en Belgique (chiffre 2009), soit un taux de 0,000034 %. Ce qui fait de Lakshmi Mittal le plus grand assisté de Belgique.

Les multinationales du transport sauveront-elles Liège ?

La majorité PS-Cdh mais aussi l'opposition Ecolo et MR nous proposent la reconversion vers les secteurs de la logistique et du transport. Mais qu'y aura-t-il à transporter lorsqu'on ne produira plus rien à Liège? Comme le démontre une récente étude du PTB1, la logistique repose encore largement sur la sidérurgie. Le Trilogiport ne peut avoir d'avenir que s'il y a une industrie forte sur la région de Liège. Or, on est en train, lentement mais sûrement, de la tuer. Avoir fait dépendre la reconversion logistique d’entreprise comme TNT à Bierset rend celle-ci tributaire de multinationales comme UPS qui n'ont cure d'un quelconque développement économique régional. En rachetant TNT, UPS entend augmenter ses marges bénéficiaires en faisant monter les enchères entre les aéroports de Cologne et de Liège et ce au détriment des conditions de travail et du nombre global d'emplois dans la région.

Chasser les chômeurs chasse-t-il le chômage ?

Dans cette situation de sous-emploi structurel, il est incompréhensible de la part des autorités d'intensifier la chasse aux travailleurs sans emploi. Chasser les chômeurs n'a jamais chassé le chômage ! Selon les organisations syndicales, près de 4000 Liégeois seront directement menacés par les mesures prévues. Soit par des exclusions, soit par des baisses sensibles de revenus. Il y a là un risque réel de paupérisation accrue de la population qui est déjà dans les difficultés. Ce qui aura aussi des conséquences sur les finances du CPAS de Liège. Rappelons d'ailleurs que ces mesures n'ont qu'un seul but, c'est d'obliger les chômeurs à accepter des boulots de moins en moins bien payés et faire pression sur tous les salariés pour qu'ils acceptent tous les blocages salariaux qu'on veut leur imposer. C’est la loi de l’offre et la demande : plus il y a une offre de force de travail peu chère sur le marché, plus la valeur de cette force de travail diminue. Au final, c'est le pouvoir d'achat de l'ensemble des travailleurs qui sera touché.

Un piétonnier peut-il créer de l'emploi ?

Dans cette situation d'urgence sociale, force est de constater que les autorités communales n'ont pas de réponse sérieuse à ce problème majeur qu’est l’emploi. Quel est le premier axe du redéveloppement économique de la ville ? Nous pouvons le lire dans le plan d'actions prioritaires 2007-2012 de la ville de Liège2. La première mesure est : agrandir le piétonnier du centre-ville. Et la deuxième mesure est : harmoniser les enseignes commerciales du centre-ville. Mais comment le commerce et le tourisme pourraient résoudre l'immense problème d'emploi dans notre ville, alors que l'Europe est en crise et que les gens ont moins d'argent pour consommer, les salaires étant bloqués ?

Pour les commerces, en outre, on ne peut même pas parler de création d'emplois nette sur la région mais tout au plus d’un transfert. Les communes de l'arrondissement se livrent à une concurrence permanente à coup de dizaines de milliers de mètres carrés de surfaces commerciales supplémentaires : 58000 m2de surface commerciale à Herstal, 52000 m2à Awans, 79.000 m2de surface commerciale à Seraing auxquels viendront se rajouter 73200 m2dans le cadre du Crystal Parc, 135000 m2dans le centre de Liège auxquels sont venus se rajouter les 77000 m2du quartier du Longdoz avec la Médiacité. Cela ne crée au final pas d'emplois nouveaux mais déplacent les emplois de commune en commune et des quartiers populaires vers la périphérie.

L'emploi public restera-t-il un emploi de qualité ?

Le PTB+ s'inquiète également de la qualité de l'emploi de notre région. Spécifiquement pour l'emploi public à la ville de Liège, pour la première fois de son histoire, cette dernière législature a vu le nombre de personnel contractuel à la ville (1721) dépasser le nombre de nommés statutaires (1407). Et ce malgré les nominations de cette année. Le PTB+ demande l'accélération des nominations à la ville de Liège pour retrouver les proportions d'avant les années 80.

La vision du PTB+

Si les autorités publiques investissent pour l'emploi, il serait préférable que ce soit pour garantir la création d'emplois et non pour verser de l'argent dans les puits sans fonds de sociétés privées. Les autorités devraient donner le bon exemple et créer de nouveaux emplois là où c'est nécessaire socialement et écologiquement. Face aux dizaines de milliers de familles menacées de perdre leur travail, et donc leur revenu, l'état d'urgence sociale doit être déclaré à tous les niveaux de pouvoir.

L'emploi public est un emploi qui peut être sûr et stable. A ce titre, sur 1560 liégeois interrogés par le PTB+, 81% disent vouloir voir la ville montrer l'exemple en ces temps de crise en créant de l'emploi public pour satisfaire aux besoins de la population. Et des besoins il y en a. Voici quelques axes importants créateurs d’emploi pour le PTB+.

Une société publique intercommunale de construction et de rénovation

C'est le deuxième thème phare qui ressort de l'enquête réalisée par le PTB+ en vue des élections communales : le logement. Hausse démographique, manque de logements sociaux et loyers élevés demandent un plan ambitieux pour élargir sensiblement le parc de logements publics.

La création d'une société intercommunale de construction et de rénovation de logements publics pourrait permettre de construire et de rénover des dizaines de milliers de logements sociaux. Ce point est plus longuement développé dans le point logement mais côté emploi, sachant qu'un logement construit peut induire la création de deux emplois sur base annuelle, en construire 1000 par an pourrait amener la création de 2000 emplois. Pour l'environnement, un plan d'isolation généralisé est nécessaire : quatre logements sur dix dans notre pays ont une mauvaise isolation du toit. Or isoler 4000 bâtiments et logements publics pourraient amener la création de 600 emplois tout en permettant des économies d'énergie durables.

Plus de professeurs pour une école de meilleure qualité

L'enseignement est pointé comme la troisième priorité des Liégeois dans notre enquête d'opinion. Pour améliorer la qualité de l'enseignement et lutter contre l'échec, les classes dans le fondamental devraient être limitées au moins pour les trois premières années du primaire à 15 élèves par classe. Créer près de 150 emplois, surtout dans l'enseignement primaire, serait ainsi nécessaire.

Des emplois de proximité : crèches, hôpitaux, maisons de repos, services publics

Des parents qui ne trouvent pas de place pour leur bébé, des garderies insuffisantes, des maisons de repos à construire pour faire face au vieillissement, des pénuries d'infirmières…  200 à 400 emplois seraient nécessaires pour commencer à combler ces besoins sur la ville de Liège.

Mais des emplois doivent aussi être créés pour restaurer des services de proximité comme des bureaux de poste et des agences bancaires. Dans notre enquête, 35.2% des liégeois nous ont indiqué qu'ils voulaient que « la ville exige assez de services de proximité dans chaque quartier ».

Malgré les différentes actions menées par le PTB+ et d'autres associations contre la fermeture des bureaux de poste, force est de constater que les autorités communales ont laissé faire. Pire même, différents mandataires communaux présents aux instances nationales, dont notre bourgmestre, ont voté le plan de gestion de la Poste qui prévoit la fermeture de la moitié des bureaux de poste en Belgique.

Arrêt de la privatisation rampante des intercommunales de la région liégeoise

La ville de Liège, vu sa taille, a un poids important dans le processus de décisions des différentes intercommunales de la région liégeoise. Ces différentes sociétés ont un poids important dans le secteur de l'emploi dans la région. Ne citons que le CHR de la citadelle (2845 emplois) , l'Intercommunale des Soins Spécialisés de Liège ( 2215 emplois) ou Tecteo (2000 emplois). On assiste malheureusement de plus en plus à une privatisation rampante de ces différentes sociétés. Dernièrement encore, les travailleurs de Tecteo ont exprimé leur crainte envers cette privatisation, suite à la création de 2 sociétés privées dans le giron de l'intercommunale.

Comment payer ces mesures créatrices d’emploi ?

Pour la société de construction intercommunale, nous tablons sur l'autofinancement des logements publics par le versement de loyers raisonnables, l'élargissement de l'offre permettant aux revenus moyens d'y avoir accès et donc de payer de plus hauts loyers.

Au niveau des capitaux de départ, nous prônons la remise sur pied d'un « crédit communal du 21ème siècle », c'est-à-dire la remise sur pied d'une banque publique des communes qui pourrait mobiliser l'épargne des gens pour subvenir aux besoins en capitaux des autorités communales de notre pays. Actuellement, les autorités fédérales s'appuient sur des milliards d'euros apportés par le système bancaire privé alors que celui-ci continue à gérer les affaires comme avant la crise en spéculant sur les marchés internationaux.

Les emplois publics dans le non-marchand, dans l'enseignement, doivent être financés quant à eux grâce aux revenus d'une taxe des millionnaires (1% d'impôt sur le patrimoine au-dessus d'un million d'euros) qui pourrait rapporter 8 milliards d'euros et dont 4 seraient consacrés à la création d'emplois (dont un milliard dans l'enseignement). Au moins 2% de cette somme (Liège représentant 2% de la population belge) pourrait être consacrée à des emplois publics (au fédéral, à la Région, dans les entreprises publiques, à la commune).

La commune peut déjà prendre des initiatives dans ce sens, grâce à une fiscalité plus orientée vers les plus fortunés (voir partie « droit à une ville payable »).

Propositions du PTB+

  1. La création de plus de 2000 emplois publics liés à la création d'une société publique de construction et de rénovation de logements.
  2. La création de 150 emplois dans l'enseignement communal fondamental. 200 à 400 emplois dans le non-marchand et les services de proximité (Poste, service bancaire …).
  3. Pour les emplois dépendant directement de la Ville de Liège, le PTB+ s'oppose aux privatisations rampantes et à l'outsourcing  qui diminuent l'emploi public et qui détériorent la qualité des emplois restants et des services liés à ces emplois.
  4. La Ville doit aussi inclure des clauses sociales lors de la conclusion de marchés publics avec des entreprises privées pour effectuer des travaux pour la commune (hors des compétences de la société communale de construction). Ces marchés représentent 15 milliards d'euros par an en Belgique. Ces clauses sociales doivent inclure la garantie d'un bon niveau d'emploi et de bonnes conditions de travail et environnementales aux firmes qui exécutent ces travaux.

Au niveau fédéral, le PTB+ se bat pour :

  • Le droit à la prépension à 55 ans avec embauche compensatoire de jeunes
  • Une loi InBev pour interdire les licenciements des entreprises bénéficiaires. En cas de non-respect de la loi, tous les avantages fiscaux, aides publiques et réductions de cotisations patronales accordés devraient être remboursés immédiatement.

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1 : « Emploi, sidérurgie et reconversion » , écrit par Damien Robert. Mars 2012
2 : http://www.liege.be/telechargements/pdf/projet-de-ville/liege-projet-de-ville-2007-2015-actions-prioritaires.pdf