Rencontre avec Sophie Lecron, présidente de la section de Liège-ville

Portrait de Sophie Lecron.

Sophie, tu as 34 ans et tu es membre du PTB depuis une bonne douzaine d'années. Comment as-tu rejoint les rangs du PTB ?

Face aux inégalités qui explosent dans notre société, je me suis toujours sentie révoltée. De l'extérieur, j'ai vu dans le PTB, le parti qui prend en main des luttes concrètes pour transformer la révolte et l'indignation en action. C'est aussi le parti qui fait de la politique autrement, avec les gens et une vision collective.

Et à un moment donné, j'ai fait ce pas et j'en suis toujours heureuse.

Mais cela a commencé à se construire bien plus tôt ...

Oui probablement. Je suis née dans une famille de gauche. Ma grand-mère a été active dans la résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Elle a aussi accueilli des résistants espagnols qui fuyaient l'Espagne de Franco. Ça marque, c'est certain. Et puis mon parcours scolaire à Naniot et ensuite au Laveu dans des écoles à pédagogie « Freinet » m'a aussi aidé à construire un bon esprit critique et à agir en conséquence. A six ans, c'était déjà ma première manifestation avec mes camarades de classe devant l'Hôtel de Ville de Liège. On était venue réclamer au bourgmestre de l'époque – le PS Jean-Maurice Dehousse - des écoles propres. Enfin, c'est à l'université que je vais faire la connaissance de COMAC, le mouvement de jeunes du PTB. Insatisfaite de constater qu'à peine 5 % d'enfants d'ouvriers ont accès à l'université, je vais m'engager avec COMAC dans le combat pour un enseignement supérieur démocratique et accessible à toutes et tous.

 

Au niveau professionnel, après quelques années passées à l'asbl Pari, association d'animation socioculturelle pour enfants, je suis devenue professeure de sciences dans une école technique et professionnelle. Je vois encore chaque jour à quel point notre enseignement est inégalitaire et à quel point les élèves subissent les conséquences d'une sélection commencée très tôt. Je défend un tronc commun pour tous avec un nombre plus réduit d'élèves par classe. Cela permettrait à chaque élève de progresser à son rythme et de faire les bons choix d'études.

 

Et aujourd'hui quelles sont vos responsabilités dans le PTB ?

Je suis présidente de la section de Liège  de Liège depuis 2014. C'est une section qui a beaucoup grandi et évolué  en quelques années. En 2012, nous avions un groupe qui se réunissait pour la commune, maintenant la section en compte 7.

 

Nous voulons changer les choses avec les gens, en les impliquant. C'est notre façon de travailler en faisant pression d'en bas pour des petits ou des grands combats. Nous sommes aux côtés des habitants d'une cité de logements sociaux pour réclamer des travaux nécessaires contre l'humidité et pour vivre dans de bonnes conditions. Nous faisons signer une pétition pour maintenir des services et commerces de proximité dans un quartier populaire de Liège. Nous menons une campagne contre la construction d'un méga-parking devant un hôpital en ville, projet qui répond à la concurrence entre hôpitaux, et pour un plan de mobilité pour le quartier digne de ce nom et un environnement sain... 

 

Le Ptb à Liège est actif dans la commune avec près de 500 membres qui travaillent sur le terrain et dans les quartiers avec les habitants, les associations,... et nous voulons encore grandir, nous renforcer et être de plus en plus nombreux.

 

Le 14 octobre 2012, tu es devenue conseillère communale à Liège et le 28 septembre 2015, tu as remplacé Raoul Hedebouw, porte-parole national du PTB et député fédéral, en tant que cheffe de groupe PTB+. Te voilà cette fois-ci à l'intérieur de l'hôtel de ville.

Mais je continue à préférer y être devant pour soutenir les mobilisations politiques et sociales. Et on a besoin de ces mobilisations pour contrer le rouleau compresseur du néolibéralisme dans notre cité ardente. Comme l'a prouvé notre mobilisation contre l'introduction du conteneur à puce pour la collecte des déchets : nous avons informé la population dès l'annonce du projet de conteneurs à puce. Nous l'avons mobilisé à travers une pétition et un rassemblement devant le conseil communal. Le collège a finalement renoncé à ce projet et a opté pour des sacs bio-dégradables supplémentaires sur base volontaire.

 

La majorité PS-Cdh, qui va fêter ses 30 années de pouvoir en 2018, n'a pas un projet de ville de gauche.

Lorsque l'on bâtit la rénovation urbaine d'une ville sur une multitude de projets bling bling alors que 40.000 Liégeois vivent sous le seuil de pauvreté, lorsque l'on décide de construire à peine quelques unités de nouveaux logements sociaux alors que Liège n'est qu'à  6% de logements sociaux et ce chiffre ne cesse de diminuer depuis des années, entre autre avec la démolition des tours de Droixhe, ce n'est pas ce que l'on peut appeler une politique de gauche. L'affaire Nethys/Publifin démontre aussi leur vision de faire de la politique avec une ambition et un enrichissement personnel . Les gens en ont marre des partis traditionnels avec lesquels rien ne change et qui utilisent toujours les même recettes nauséabondes. « Désolé Willy, cette fois-ci je vote à gauche » comme le disait le slogan inscrit sur notre carte de campagne en 2012 risque de rester vrai en 2018.

 

Nous, nous voulons de la transparence, impliquer les gens et ouvrir le conseil à la population liégeoise, et pas qu’aux membres du PTB. On se bat pour que ce soit filmé et retransmis à la télévision locale, que les documents de budgets, les ordres du jour soient affichés sur Internet, pour que tout le monde y ait accès. Tout est très cloisonné. Tout passe beaucoup en commissions, qui ne sont pas publiques. Les chefs de groupe tranchent beaucoup de choses avant les conseils. Nous, on veut travailler différemment, que l’info passe et c'est comme ça que nous travaillons dans le conseil.

 

Nous sommes une bonne équipe, deux conseillers communaux, Raoul Hedebouw et moi-même, et un conseiller CPAS François Ferrara. En plus de cela, des militants viennent compléter notre équipe, sans parler de tous les membres de notre section de Liège.

Le PTB n'a-t-il pas plutôt intérêt à concentrer ses forces contre le gouvernement des droites MR-NVA avec les autres forces d'opposition ?

Chaque fois que nous pouvons nous rassembler autour d'une position commune de gauche au conseil communal, nous le faisons. C'est le cas notamment lorsque la ville s'est déclarée zone hors-TTIP ou lorsque j'ai pu déposer avec Ecolo un amendement budgétaire pour soutenir plus d'espaces publics d'affichage et moins de publicité en ville ou encore lorsque, avec la majorité communale, nous avions voté une motion contre la soumission des intercommunales à l'impôt des sociétés.

Mais la gauche traditionnelle PS et Ecolo n'a pas démontré qu'elle était capable de mener une autre politique lorsqu'elle était au fédéral ou au régional. Voter la chasse aux chômeurs ou le TSCG, voter les intérêts notionnels ou laisser Mittal détruire la sidérurgie liégeoise, ce n'est pas vraiment une politique de gauche. Appliquer docilement les politiques d'austérités des différents niveaux de pouvoir sans broncher, sans prendre ses responsabilités alors qu’ à certains niveaux, ce sont les même partis qui sont représentés là et au conseil communal, nous ne pouvons pas accepter ça.

Nous voulons une gauche rouge et pas faite de compromis qui prennent la teinte terne de vieux rose.

 

Tu es une habituée des festivals alternatifs. Quel est le dernier événement qui t'as marquée ?

J'apprécie effectivement mes rendez-vous devenus traditions annuelles avec Esperanzah début août et avec Manifiesta, notre fête de la solidarité, en septembre. J'ai d'ailleurs hâte d'être à l'édition 2018 de cette très belle fête (sourire).

Le dernier événement culturel qui m'a marquée est le film « Le jeune Karl Marx » du réalisateur Raoul Peck. Qui a dit que le marxisme était dépassé ? Alors qu'on a jamais produit autant de richesse si mal repartie dans notre société, ce film est une belle preuve de l'intérêt pour l'analyse de Marx, pour la lutte des classes toujours bien présente de nos jours comme l'ont encore démontré les dernières luttes de travailleurs comme ceux de la FN d'Herstal pour revendiquer une plus grande répartition de la richesse qu'ils ont produite ou la grève pour défendre les secteurs publics du 10 octobre.

"Il n'y a pas de bonheur sans révolte" comme l'a dit Jenny Marx et j'aime finir cette interview en citant une femme engagée en politique (sourire).

 


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