Safran : 48h de grève victorieuse pour la pension et l’emploi des jeunes

Ces mardi 7 et mercredi 8 Octobre, les 1500 travailleurs de Safran Aero Booster, une usine de pointe du secteur Aéronautique située à Herstal étaient en grève. Le PTB était présent sur le piquet en solidarité. Rencontre avec Stefano Scibetta, délégué principal FGTB Métal sur les raisons de cette action qui s’est soldé par une victoire des travailleurs.

48 heures de grève ce n’est pas courant. Comment en est-on arrivé là ?

D’emblée je voudrais préciser le contexte dans lequel ce mouvement de grève est arrivé. Ces deux journées ne sont que la partie la plus visible d’une lutte que nous menons depuis 2014. Il faut bien comprendre que ce n’est pas une grève économique mais bien une lutte entre deux positions idéologiques différentes. Celle poussée par le gouvernement et notre direction qui veulent nous faire travailler toujours plus longtemps et par conséquent exclure les jeunes du travail. Et celle de la toute grande majorité des travailleurs qui veulent maintenir l’âge de la pension à 65 ans et offrir à la jeune génération la possibilité d’avoir rapidement un CDI.

Qu’est ce qui a mis le feu aux poudres ?

Dans ce cadre, la direction voulait imposer, sans aucune concertation, le report de l’âge de la pension de 65 ans à 67 ans pour deux travailleurs. Dans le même temps, elle n’a pas renouvelé le contrat à durée déterminée de deux jeunes travailleurs de l’usine.

La direction semble étonnée de la situation, qu’en disent les travailleurs ?

La colère des travailleurs est grande et elle ne date pas d’hier. Ils se sentent méprisés. Ici, la pression au travail est plus grande tous les jours alors que l’entreprise fait d’énormes bénéfices. Les chiffres parlent d’eux même. Le chiffre d’affaires est passé de 400 millions d’euros à 732 millions en 2017. Les dividendes versés aux actionnaires sont passés de 11 millions en 2008 à plus de 70 millions en 2017. Dans ce contexte, la direction dit partout qu’elle a engagée 150 personnes par an sur les cinq dernières années. Mais la réalité est toute autre. Les chiffres annuels du conseil d’entreprise nous montrent qu’en 2008 nous étions 624 ouvriers et en 2018 nous ne sommes plus que 567 !

Nous avons d’abord informé les travailleurs de l’usine sur leurs postes de travail. Mais vu la gravité des faits et la colère dans les ateliers, une assemblée générale a été aussitôt convoquée en front commun par les quatre organisations syndicales, CNE, CSC, SETCa et FGTB-Métal.

La direction pensait que nous ne serions pas soutenus. Ces dernières années, un grand nombre de jeunes ont été engagés dans l’usine. La direction leur a fait passer toute une série de tests pour s’assurer de leur ‘docilité’. Elle espérait comme cela mettre en difficulté les organisations syndicales. Ici, elle se sentait assez forte pour aller à l’affrontement. Elle croyait à ses propres fables en sous-estimant le travail de terrain réalisé par les délégations. Mais nous étions plus de 700 à l’assemblée. Jeunes et anciens. Nous avons décidé à l’écrasante majorité d’une grève de 48 heures. Le front commun a proposé 24h de grève mais l’assemblée a spontanément proposé d’aller plus haut dans le rapport de forces en s’unifiant sur 48 heures de grève. La direction a voulu nous tester et nous mettre en difficulté et c’est l’effet inverse qui s’est produit. Les jeunes et les anciens étaient unis dans l’assemblée du personnel. Les plus jeunes ont appris et vécu concrètement ce qu’est un rapport de forces et ce qu’il peut apporter. Plutôt que d’avoir des syndicats affaiblis nous avons aujourd’hui des délégués renforcés

Quels mandats vous ont donné les travailleurs à travers cette assemblée?

Nous nous sommes accordés sur un cahier de revendications clair :

  • Pas de pensions chez Safran à 67 ans. Si nous acceptons cette mesure les anciens finiront épuisés et les jeunes ne seront plus engagés.
  • Nous voulons que nos organisations syndicales continuent à recevoir les listes des augmentations salariales afin de suivre et contrôler si les accords négociés sont appliqués. Nous nous opposons aux tentatives de la direction d’utiliser les nouvelles réglementations en matière de protection de la vie privée (GPRD) pour empêcher les délégations syndicales de faire leur travail.
  • Nous voulons que les conventions négociées sur la formation et la polyvalence soient respectées, d’autant plus quelles sont subsidiées par la région Wallonne. Une bonne formation permet de faire du bon travail. La vision de la direction c’est tout sacrifier à la production et à la productivité au détriment de la qualité.

Qu’avez-vous finalement obtenu après ces deux jours?

Nous avons obtenu une victoire. Suite à notre action en front commun, la direction à fait marche arrière concernant la prolongation des deux contrats au-delà de 65 ans. Nous avons aussi trouvé un accord satisfaisant concernant l’accès aux listes d’augmentations salariales. Une nouvelle rencontre avec la direction est déjà fixée pour envisager la suite. Mais nous savons que nous devrons rester extrêmement vigilants et mobilisés.

Si vous deviez tirer une leçon de ces deux jours de lutte, qu’elle serait-elle ?

L’ancien patron des patrons Wallons voulait faire un exemple en prolongeant des contrats au-delà de 65 ans. Mais nous aussi nous pouvons faire un exemple. Si les travailleurs de Safran sont capables de faire reculer la direction sur sa vison des fins de carrières, alors il est aussi possible au niveau national de faire reculer ce gouvernement sur les attaques de nos pensions.


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