Sophie Lecron : Des Liégeois.es encore plus taxés en 2020 et une situation financière de la Ville toujours menacée

Ce mardi 17 décembre à l'occasion du débat budgétaire au conseil communal de Liège, Sophie Lecron, cheffe de groupe PTB,  s'est exprimée pour dénoncer l'augmentation confirmée des taxes en 2020 et notamment de la taxe-poubelles. C'est le gage donné par le collège PS-MR à la région wallonne pour négocier une année supplémentaire pour l’actualisation de son plan de gestion. La menace qui pèse sur les finances communales à cause de la problématiques des pensions ne s'éloigne toujours pas. Voici le texte de son intervention.

Pour ce nouvel exercice budgétaire de la majorité violette à Liège, l’épée de Damoclès que fait peser la problématique des pensions sur les finances communales est toujours là. Après 393 millions déjà budgétés en cotisations de responsabilisation ces dernières années, les 199 millions à budgéter pour les années à venir, les emprunts CRAC qui se suivent et augmentent inexorablement la charge de la dette de la Ville (40 millions en 2020) et le fonds de réserve1 de la ville qui se réduit à peau de chagrin (plus que 2,173 Mi après un prélèvement de 7,48 Mi en 2020), la situation des finances communales de la Ville de Liège est en alerte rouge. Est-ce que la situation est nouvelle ? Est-ce une découverte ? Certainement pas. Elle est connue, attendue et prévisible depuis de longues années. Raoul Hedebouw vous interrogeait déjà en 2014 sur ces cotisations de responsabilisation et notre groupe PTB vous a invité plus d’une fois à exiger des autorités supra, régionales et fédérales, de sortir du cadre budgétaire austéritaire et à trouver des solutions structurelles, notamment en exigeant un refinancement du fonds de communes.

Aujourd’hui, la majorité PS-MR a négocié une année supplémentaire pour l’actualisation de son plan de gestion et pour « trouver des solutions avec les autorités régionales et fédérales ». Il nous semble que le délai négocié va déjà être payé par les Liégeois.es. En tous les cas, c’est notre interprétation des augmentations de taxes annoncées. Vous dites vouloir tenir un discours de vérité aux Liégeois. Comparé au CMB 2019, ce sont 2,5 millions d’euros de recettes supplémentaires issues de la fiscalité locale qui vont financer le fonctionnement de la ville. Voilà une des vérités de ce budget 2020. Et est-ce que cette fiscalité locale a été synonyme de plus de justice sociale ? Est-ce qu’on a augmenté les taxes qui s’appliquent aux grandes entreprises comme la taxe sur la force motrice ? Non, on a fait le choix de taxer l’ensemble des Liégeois, notamment avec la taxe-poubelle qui augmente de 18,7 % pour la taxe forfaitaire et un prix du sac poubelle jaune qui augmente de 50 %.

Pourtant, en appliquant à Liège le taux de taxation sur la force motrice qu’applique encore la commune d’Oupeye, on pourrait aller chercher quelques 660.000€ supplémentaires. En augmentant les taxes sur les emplacements de parking à péage et les parkings commerciaux gratuits de 25€, la ville pourrait obtenir une recette supplémentaire de 468.000€. Je prends ces deux exemples concrets pour vous démontrer que d’autres choix sont possibles même dans les périodes difficiles. Ici, la ville fait donc le choix que nous continuons à dénoncer et à regretter d’augmenter une taxe qui touche tous les ménages. Plus de 900 Liégeois ont déjà signé notre pétition qui demande une taxation progressive juste qui respecte le portefeuille des gens et l’environnement. Nous pensons que la réflexion qu’a entamé le collège sur l’inadéquation du principe du coût-vérité avec la réalité d’une grande ville comme Liège doit s’élargir et s’ouvrir sur la responsabilité des véritables producteurs de déchets que sont les chaînes de production de tous nos biens de consommation. Les multinationales de production et de distribution se défaussent de leur responsabilité en payant une petite contribution pour chaque kilo d’emballage (0,3766€ par kg de plastique par exemple). Les actions zéro-déchets que souhaitent entamer la Ville dans ses écoles seront vaines si le débat sur l’éco-conception, le réemploi et l’obsolescence programmée dans les chaînes de production n’existe pas en amont. En 2017, la taxe forfaitaire rapportait 10,1 millions d’euros aux deniers de la ville. En 2020, on en espère 14,5 millions d’euros. Quant aux sacs jaunes supplémentaires, le calcul de la majorité est pour le moins hasardeux. La prévision budgétaire pour 2020 a été faite en multipliant la recette des comptes de 2018 par 1,52 . C’est irréaliste lorsque l’on sait qu’Intradel annonce une réduction des déchets ménagers résiduels de 8kg par habitant en moyenne suite à l’introduction du sac P+MC. L’introduction de ce sac démontre à elle-seule toute l’absurdité du système du coût-vérité : les Liégeois vont trier plus et mieux mais ils vont payer plus en taxes.

Autre vache à lait récurrente des autorités communales, les redevances de stationnement. Celles-ci vont rapporter 450.000€ supplémentaires en 2020 grâce notamment à l’introduction des Scan-Cars. Nous ne sommes ni défenseur d’un stationnement gratuit en ville ni d’une quelconque permissivité aux contraventions du code de la route lié au stationnement. Mais nous continuons à insister pour que des mesures structurelles optimisent l’usage des transports en commun (sa gratuité par exemple) et du vélo. Et surtout que la ville responsabilise les employeurs quant à l’organisation du transport de leurs travailleurs. La Ville elle-même en tant qu’employeur doit également prendre ses responsabilités et nous sommes curieux de voir les résultats des 20.000 € investis pour l’acquisition de vélos et trottinettes électriques pour le personnel communal, afin de favoriser les déplacements internes via les modes doux. Nous pensons qu’un autre levier à actionner à ce niveau est l’organisation par la ville de ramassage scolaire pour ses propres écoles, ce qui sortiraient du trafic un grand nombre de voitures en double ou triple stationnement devant les écoles chaque matin.

J’en viens au personnel. Le collège se félicite de sa bonne gestion : selon que l’on soit bleu ou rose, cela signifie la limitation raisonnée des dépenses ou le maintien du cadre global de 2899 ETP. Mais la réalité est que le nombre de statutaires est reparti à la baisse comparé au nombre de contractuels. Fin 2019, ils ne sont plus que 1.324 nommés alors qu’ils étaient encore 1.418 fin 2018. Et à lire le budget et sa présentation en commission, il n’y aura pas de nouveau train de nomination en 2020. Nous pensons, comme PTB, que les problèmes des pension auxquels nous faisons face doivent inciter le collège à ne pas commettre les mêmes erreurs du passé et à maintenir un niveau de nomination élevé. C’est la seule garantie d’un bon financement de nos futurs pensionnés.

Le logement est toujours fort absent de nos débats budgétaires et nous le regrettons. Mais j’aimerais profiter de ce débat budgétaire pour rappeler au collège son engagement de construire 4000 logements publics en 6 ans. Nous sommes au second exercice budgétaire et je crains que nous soyons loin, mais très loin du rythme nécessaire de 666 logements par an. Même si ce n’est pas encore un investissement « hors-balise », nous pensons qu’investir dans le logement public est vraiment un investissement productif. Sortir de la crise du logement un grand nombre de ménages liégeois, peser sur le marché locatif et agir pour la transition écologique grâce à du nouveau bâti durable et peu énergivore, voilà trois raisons de reconsidérer vos choix d’investissements futurs.

Nous ne pensons pas au PTB que c’est une preuve de responsabilité que de rester en-dessous de la balise d’investissement autorisée par la tutelle wallonne à savoir 160€ par habitant. Les autorités communales continuent à se limiter à 125€ par habitant et nous le regrettons. Il y a tellement d’investissements sociaux et écologiques urgents à faire.

Un dernier mot quand même sur ce leurre de budget participatif. Des budgets annoncés comme participatifs sont déjà décidés : après les trottoirs à Droixhe, la pergola boulevard Saucy, un espace vert avenue Albert 1er en 2019, voici les projets déjà ficelés de l’aménagement du parc Palmolive et des abords de la passerelle Vivegnis en 2020. Ou comment les citoyennes et les citoyens vont devenir des cautions à des projets prédéfinis. La ville de Liège serait-elle en train de devenir la championne de la pseudo-participation ? On espère en tous les cas que le schéma de développement territorial donnera lieu à une véritable consultation large et démocratique qui ira au contact direct de la population liégeoise et de ses préoccupations.

Quelques projets d’investissement auront sans doute nos votes positifs lorsqu’ils seront soumis individuellement au conseil, mais globalement, nous trouvons qu’à l’extraordinaire, la Ville est encore sur le mode ralenti. Et pour nous, ce sera donc un vote négatif sur l’ensemble de ce budget.

Sophie Lecron, cheffe de groupe PTB


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  • Lionel Grave
    a commenté 2019-12-20 13:02:15 +0100
    Han là là !
    Ils vont encore vous dire que vous êtes simplistes et pas constructifs !
    (Et encore : ça, c’est quand vous n’êtes pas occupés “à infiltrer la FGTB”. Saboteurs ! Populistes ! )
    (Hem :p… )

Prêt.e pour la grande vague du changement social ?