Un plan de gestion qui met la corde au cou des Liégeois

Depuis des années, les finances de la ville sont en crise. Nous l'avons répété à plusieurs reprises, en proposant des solutions : augmenter les nominations pour renforcer la cotisation des agents de la ville au fonds de pension, organiser une fronde municipaliste contre les mesures d'austérité imposées par la région. Ou encore, taxer davantage les grandes entreprises présentes à Liège, comme le PTB le fait dans la ville de Zelzate, où nous sommes en majorité avec Vooruit. Si c'est possible là-bas, ça l'est ici. A Liège, rien de tout ça n'a été entendu jusqu'à aujourd'hui. Une nouvelle fois, les autorités s'apprêtent à voter un plan de gestion sanglant.

Qu’est-ce que le plan de gestion ?

Le plan de gestion, écrit sous la pression du gouvernement wallon, est comme une corde qu'on se met autour du cou. La région wallonne impose en effet à la ville de Liège de prendre une série de mesures d’austérité, sans quoi elle refusera de lui accorder le prêt du « Plan Oxygène » (soit 394 millions d’euros en 5 ans).

Ce plan de gestion interdit à la ville d'engager du personnel supplémentaire, il interdit à la ville d'épargner, de baisser des taxes, et lui interdit même de reporter à une année suivante l'argent prévu pour des dépenses qui n'auraient pas pu être effectuées, cet argent devant être rendu à la région wallonne. Tout ça moyennant un prêt. Soyons clairs. Nous ne sommes pas contre un prêt. Pas du tout. Mais par contre, nous sommes contre ce prêt. Pas parce qu'il faudra rembourser l'argent. Mais bien à cause des conditions imposées par la Région wallonne pour pouvoir emprunter, qui sont absolument intenables. Ce n’est pas un prêt comme les autres, mais un outil utilisé par le gouvernement wallon pour profiter de la faiblesse économique des communes et imposer une politique d’austérité drastique. 

Mais l’austérité n’est pas une fatalité. C’est un choix fait par des partis, les mêmes qui dirigent à la Région wallonne et à Liège : le PS et le MR. La majorité liégeoise rentre complètement dans ce choix, avec une série de mesures qui va faire mal aux Liégeois :
- doublement des places de parking payantes ;
- compression du personnel communal ;
- suppression de 400 poubelles publiques ;
- stages de la ville qui deviennent payants ;
- vente de bâtiments publics…

Ce n’est pas notre vision de la ville. En période de crise encore davantage, les Liégeois ont besoin de plus d’un État plus fort, de meilleurs services publics, et pas d’appauvrir la ville. Nous avons proposé il y a des années déjà une fronde municipaliste : les grandes villes pourraient s’unir pour aller taper du poing sur la table au niveau de la région. Mais les partis de la majorité préfère appliquer l’austérité.


Le parking payant pour tous les Liégeois... Sauf pour le collège. Stop aux privilèges politiques

Dans ce plan de gestion, la majorité PS-MR prévoit de doubler le nombre de places payantes à Liège, pour récupérer 3 millions d’euros. Alors que, comme le rappelle Sophie Lecron avec indignation, ces mêmes échevins et bourgmestre bénéficient toute l’année de places gratuites dans les parkings privés de Saint-Georges et Cité, suite à une convention établie entre la ville et ces parkings. Des places payées avec l’argent des Liégeois, donc...

« Nous avons effectivement reçu confirmation par les services de la ville que les membres du collège ont ce privilège. Cela dresse un bien laid tableau : celui du bourgmestre et des échevins qui, après avoir garé leur voiture gratuitement en ville, se mettent à la table de l’Hôtel de Ville et décident tranquillement qu’ils vont doubler le nombre de places payantes à Liège, pour récupérer 3 millions € sur le dos des Liégeois. Nous demandons que la majorité renonce à ce privilège », explique Sophie Lecron. « En plus de cela, n’oublions pas qu’ils ont aussi une carte carburant et accès à une voiture personnelle en leasing, en plus de leur salaire mirobolant. Toujours avec l’argent des Liégeois. C’est inacceptable : qu’ils commencent par organiser l’austérité sur les bancs de la majorité, avant de s’attaquer aux portefeuilles des Liégeois ».

En effet, avec la crise du pouvoir d’achat, une telle mesure ajoute un poids de plus à la charge des ménages. Par exemple, Inès (nom d’emprunt), aide-soignante à Liège, raconte : « Je dois me déplacer chaque jour en voiture en ville pour aller voir mes bénéficiaires, comme toutes mes collègues je n’ai pas le choix. Je cherche des places gratuites ce qui me met souvent en retard et diminue le temps que je peux passer avec chaque bénéficiaire. Je ne saurais pas payer pour me garer tous les jours. Je ne sais pas comment je ferais sans places gratuites. Et l’abonnement annuel à 600€ est tout simplement impayable. » Une situation qui s’étend aux chauffagistes, plombiers, travailleuses des titres-services, infirmières à domicile, médecins, enseignants… qui souffrent déjà des années de crise, qui vivent parfois loin de leur travail et n’ont pas vraiment d’alternative de transport. « Et que dire des petits commerçants ? Qui viendra encore faire ses courses en ville avec une telle mesure ? » ajoute Sophie Lecron.

Pour le PTB, c’est non. Nous n’admettons pas qu’on puisse même envisager une telle mesure sachant qu’il n’y a aucune alternative pour les gens. Sophie Lecron a donc interpellé la majorité communale lors du conseil de ce lundi soir pour lui demander de retirer cette mesure de son plan de gestion, et pour qu’ils commencent dès maintenant à travailler sur des alternatives. Renforcement et gratuité des transports en commun et du tram à venir, un vrai réseau de parkings relais en périphérie avec des navettes gratuites vers le centre, développement d’une vraie politique du vélo, le tout en concertation avec les Liégeois… Telles sont les propositions avancées (à découvrir ici).

Du côté de la majorité, on assure que ce doublement du parking payant ne sera pas d’application avant que des alternatives ne soient effectivement en place. « La majorité prend le problème à l'envers en commençant par faire payer les gens. Il n’y a aucune garantie dans le plan de gestion que la mesure ne sera pas appliquée avant que les alternatives n'existent. Ce ne sont pas sur ces alternatives concrètes que l’on nous fait voter, mais bien sur le doublement des places payantes. C’est hors de question que nous votions un chèque en blanc ».

 

Le personnel de la ville et du CPAS lui-aussi touché

Les travailleuses et les travailleurs de la ville de Liège font un travail exemplaire, et ce malgré le manque de moyens humains et financiers qui perdure depuis des années. Le personnel communal est sévèrement attaqué par la politique des autorités. Non-remplacement des départs à la pension, pas de ré-affectation de personnes en retour de congé-maladie, sous-effectif complet chez les puéricultrices… Cela crée des situations terribles. La crèche de Grivegnée a dû fermer pendant 1 mois faute de personnel. D’autres implantations ont aussi dû fermer leurs portes quelques jours, et ce problème n’est toujours pas résolu. C’est inadmissible.

Nous assistons à une politique de sous-financement des services publiques qui mène progressivement à l’externalisation et à la privatisation, comme cela a été le cas pour la collecte des déchets, le service des plantations de la ville, ou le nettoyage de certains écoles (sous-traité à la multinationale Laurenty). Mais la question subsiste : comment l’externalisation de certains services peut-elle nous faire faire des économies ?

Aujourd’hui, avec les contraintes imposées par le gouvernement wallon, cette logique de compression du personnel se renforce. En plus de maintenir le non-remplacement des départs à la pension, la majorité prévoit par exemple de rappeler les 48 ETP (équivalents temps plein) qui sont employés par la ville mais détachés dans certaines asbl, où ils aident à fournir un service que la ville ne rend pas directement. Un travail essentiel qui va disparaître en réaffectant ces agents à des tâches. On ne peut l’accepter.


Seul point positif : après des années de pression de la part des syndicats et du PTB, la ville prévoit enfin un nouveau train de nominations du personnel pour arriver à un taux de nomination de 50 % (contre 36 % actuellement). Cela va s’avérer positif non seulement pour la sécurité et la stabilité de ces travailleurs, mais aussi pour les finances communales et la cotisation au fonds de pensions, comme nous le répétons depuis des années. La spirale vers le bas dans laquelle la majorité a entraîné la ville depuis plus de 20 ans, en ne nommant plus ou presque, va enfin s’inverser. C’est une très bonne nouvelle.

 

Au niveau du CPAS, l’emploi et le non-remplacement des départs à la pension dans un cadre où les assistants sociaux sont déjà surchargés (avec 100 dossiers par travailleur), est une situation intenable, comme l'a rappelé André Leruth. La majorité n’avance pas de solution actuellement. Que dire encore de l'harmonisation des pauses de midi des travailleurs du CPAS sur ceux de la ville (45min obligatoires non-payées au lieu de 30min actuellement), les travailleurs ont été sondés lors de plusieurs assemblées et ils se sont prononcés très clairement contre cette mesure. Ces travailleurs qui ont tout donné et continuent à le faire dans des conditions de restriction difficiles, ils méritent qu’on les écoute.

 

Une ville propre en supprimant 400 poubelles publiques ?

Dans les mesures proposées, la majorité envisage encore de supprimer 400 poubelles publiques à Liège, soit 10 % d’entre elles. Une manière de faire des économies en allégeant la collecte… Mais surtout une balle dans le pied de la propreté, alors que les Liégeois se plaignent à juste titre de l’image de la ville. Dans certaines rues comme à Saint-Léonard, il faut faire des centaines de mètres pour tomber enfin sur une poubelle. Plutôt que de supprimer, il faudrait en ajouter.

Cette mesure est complètement schizophrénique. En mars, la majorité inscrivait dans le budget 2022 une dépense de 100 000€ pour des caméras afin de lutter contre les dépôts de déchets qui se font à côté des poubelles publiques remplies. Aujourd’hui, on nous propose de supprimer 400 poubelles. C’est complètement insensé.


Vente de bâtiments publics, suppression des 2 semaines de parking gratuits pendant les fêtes, fin de la gratuité des stages des enfants, des subsides aux asbl...

D’autres mesures posent problèmes, comme la vente continue de nos bâtiments publics. Une politique que nous dénonçons avec le PTB depuis des années, mais dans laquelle la majorité continue de s’enfoncer, par sa recherche de recettes à court-terme, et pour réduire le besoin en personnel. Mais disons-le clairement : une ville qui se détache de son patrimoine s’appauvrit. Pire: les recettes que la ville en retire sont directement reversées à la région wallonne, alors que nous pourrions les utiliser pour investir dans du logement public, par exemple, en obtenant une dérogation. Mais ce n'est pas le cas. Alors que la majorité continuent de prétendre vouloir atteindre les 10% de logements publics à Liège, ce mirage s'éloigne petit à petit.  

La ville prévoit encore de supprimer les 2 semaines pendant lesquelles le parking à Liège est gratuit, pour stimuler le petit commerce pendant les périodes de fête. A nouveau une mesure qui va faire mal aux petits commerçants déjà coulés par la crise covid et l'augmentation du coût de la vie. 

Ce plan n’aidera pas non plus les structures subsidiées (ASBL et autres), qui fonctionneront avec une enveloppe fermée de 1,5 millions d'euros, et qui ne sera plus indexée. Ce système d'enveloppe fermée fait que s'il y a augmentation de subsides pour une des structures, il y a inévitablement diminution pour une autre. C’est un problème quand on sait par exemple que les Ardentes, cette année vont avoir près de 340 000 euros en subsides directs et indirects, soit plus d’un quart de l’enveloppe totale. Cela mange une énorme partie du budget, au détriment des plus petites structures, essentielles au quotidien. 

Enfin, le plan de gestion organise la fin de la gratuité des stages de la ville pour les enfants. Cela pour économiser 10 000€ sur le dos de familles liégeoises. Une bien triste proposition pour quelques milliers d'euros. Pourtant on pourrait s'en passer. 

Prendre l'argent là où il est, c'est possible

Car il y a bien un choix que le bourgmestre ne fait pas et qui serait pourtant symbolique forte : aller chercher l’argent là où il est. D’abord dans leurs propres poches de responsables politiques, en renonçant à leurs privilèges politiques et à des salaires aussi élevés. Rien qu'en supprimant les avantages en nature du bourgmestre et des échevins (13 787€), cela rapporterait déjà davantage que la fin de la gratuité des stages de la ville (10 000€). Des recettes qui seraient plus grandes encore si l'on divisait par deux le salaire du bourgmestre (rapporterait 77 776€) et des échevins (près de 500 000 euros économisés si l'on compte les 8 échevins). 

  Salaire annuel brut (sans compter les mandats dérivés) Avantages en nature (voiture, carte carburant...)
Bourgmestre 155 552,25 € 13 787,00 €
Echevins (au nombre de 8) 118 350,00 €

Ensuite en augmentant les taxes sur les grosses entreprises : taxes sur les surfaces commerciales, sur la publicité, sur la force motrice, taxe sur les grands parkings privés… Là où le PTB est en majorité avec le Vooruit, à Zelzate, cela a été possible. Un tax-shift équitable qui fait payer aux grandes entreprises pour alléger la facture des indépendants et des citoyens de plusieurs centaines d’euros. Si c’est possible là-bas, pourquoi pas ici ?

C’est pour cela que nous nous battons et nous continuerons à mettre la pression au conseil communal sur la majorité PS-MR, avec vous !

 

Découvrez en vidéo l'intervention complète de Sophie Lecron (conseil communal du 28 juin 2022).