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Pour une ville qui protège tout le monde face aux fortes chaleurs : le plan “canicule” du PTB Liège

Rédigé par Rédaction en ligne | 27 juin 2026

Introduction

Les épisodes de canicule ne sont plus des anomalies exceptionnelles. Sous l'effet du dérèglement climatique, ils deviennent plus fréquents, plus longs et plus intenses. À Liège, la forte densité urbaine, l'omniprésence du béton et les profondes inégalités sociales aggravent dramatiquement les effets des vagues de chaleur. La canicule est désormais un enjeu majeur de santé publique.

Mais tout le monde ne souffre pas de la chaleur de la même manière.

Les personnes âgées, les jeunes enfants, les personnes malades, les travailleurs exposés, les habitants de logements mal isolés, les personnes sans domicile fixe et les familles précaires sont les premières victimes.

Pour le PTB, à côté des recommandations de prévention, il faut un véritable plan d’action pour affronter de tels épisodes de chaleur. La Ville doit mettre en place une véritable politique publique ambitieuse du droit à la fraîcheur. Si les récentes mesures d'ouverture gratuite des musées annoncées par les autorités communales vont dans le bon sens, elles ne représentent qu'une infime partie de l’édifice à construire.

Notre plan repose sur deux piliers :

  • Des mesures d'urgence immédiates, activées dès qu'une alerte météo est déclenchée pour dresser un bouclier social autour des habitants.
  • Des investissements structurels à moyen et long terme, afin d'adapter durablement le territoire liégeois au changement climatique, sans faire payer la facture à la population.

I. Les mesures d'urgence : le bouclier protecteur

Dès le déclenchement d'une alerte par l'IRM, la Ville de Liège doit déployer des actions concrètes et immédiates sur le terrain pour soulager la population.

1. Rendre les piscines communales gratuites et accessibles

Lorsque les températures deviennent dangereuses, l'accès à la fraîcheur ne peut dépendre du portefeuille.

Le PTB propose donc :

  • la gratuité des piscines communales durant toute la période d'alerte ;
  • l'élargissement des horaires d'ouverture, notamment en soirée ;
  • un renforcement des liaisons TEC vers les piscines et les éventuels lieux de baignade ;

À Liège, où il n'existe pas de véritable zone de baignade naturelle, il est indispensable de renforcer l'accessibilité des piscines communales. Pour de nombreuses familles vivant dans des logements surchauffés, elles représentent le seul véritable refuge contre la chaleur.

2. Protéger et aller vers les personnes vulnérables

La protection des personnes fragiles ne peut reposer sur leur seule capacité à demander de l'aide. Le PTB propose de coordonner l'action du CPAS, des maisons médicales, des aides familiales, de la Croix-Rouge et du tissu associatif afin de :

  • visiter systématiquement les personnes âgées isolées et les personnes en situation de handicap ;
  • distribuer gratuitement de l'eau et vérifier leur état de santé ;
  • organiser leur transport vers des lieux frais lorsque cela est nécessaire ;
  • renforcer les maraudes auprès des personnes sans-abri avec distribution d'eau, de casquettes et d'informations de prévention ;
  • ouvrir, 24 heures sur 24, des lieux d'accueil climatisés avec accès aux douches.

3. Adapter les écoles et les crèches communales

Les enfants sont particulièrement exposés aux risques de déshydratation. La Ville doit impérativement prévoir :

  • Un accès universel à l'eau potable par l'installation de fontaines et de points de distribution dans tous les établissements.
  • L'installation de zones ombragées temporaires dans les cours de récréation pour bloquer le rayonnement direct du soleil.
  • L'annulation systématique des activités sportives extérieures et physiques intenses lors des pics de température.
  • L'aménagement des horaires scolaires lorsque la situation logistique le permet.
  • Le transfert ou l'ouverture de garderies prioritaires au sein des bâtiments communaux les plus frais et les mieux isolés.

4. Déployer un plan « Ombre et fraîcheur » dans les espaces publics

Pour rompre l'effet « fournaise » des rues liégeoises, la ville doit agir directement sur l'environnement urbain direct en :

  • Installant progressivement des voiles d'ombrage suspendus au-dessus des places publiques, dans les cours d'écoles communales, les plaines de jeux et aux arrêts de transports en commun les plus exposés.
  • Déployant en urgence des bancs ombragés, des brumisateurs et des fontaines mobiles au cœur des quartiers fortement minéralisés du centre et de la périphérie.
  • Multipliant les points de distribution d’eau gratuits dans les zones provisoirement dépourvues d’infrastructures de distribution d'eau publiques.

5. Structurer un réseau communal d'îlots de fraîcheur

Chaque Liégeoise et chaque Liégeois doit pouvoir trouver un espace de repos frais à moins de dix minutes de chez soi. Les bibliothèques, centres culturels, musées, maisons de quartier, halls sportifs et mairies de quartier doivent être réquisitionnés. Ce réseau doit obligatoirement garantir :

  • La gratuité totale d'accès ainsi qu'une distribution continue d'eau fraîche.
  • Des espaces climatisés ou refroidis passivement équipés de sanitaires adaptés et d'un accès PMR complet.
  • Des horaires élargis en soirée, permettant l'accueil du public jusque tard la nuit.
  • Une cartographie claire, éditée en version interactive en ligne et distribuée au format papier dans les boîtes aux lettres de tous les habitants.

Aujourd’hui, si l’ouverture des musées répond en partie à ce besoin, de nombreux quartiers liégeois — particulièrement en périphérie — restent de véritables déserts de fraîcheur. De plus, pour les parcs publics et espaces verts disposant d'un accès contrôlé, la plage horaire doit être étendue d’autorité jusqu'à minuit pendant les crises et l’information rapidement communiquée.

6. Protéger la santé des travailleurs communaux

En tant qu'employeur, la Ville de Liège se doit d'être exemplaire dans la protection de ses agents (propreté, voirie, espaces verts). Elle doit imposer :

  • Une adaptation des horaires de travail (commencer plus tôt pour éviter le zénith).
  • L'instauration de pauses de récupération supplémentaires obligatoires et payées à l'ombre.
  • La fourniture gratuite d'équipements de protection adaptés contre la chaleur et les rayons UV.
  • La suspension pure et simple des chantiers et des travaux les plus pénibles dès que les températures atteignent des seuils dangereux pour la santé humaine.

7. Automatiser le déclenchement du Plan communal Canicule

L'improvisation n'a pas sa place face à la crise. Dès le passage en phase d'alerte par l'IRM, le plan doit s'activer de manière automatique :

  • Mise en place immédiate d’une cellule de crise communale dédiée, chargée d'orchestrer la logistique.
  • Déploiement d’une communication quotidienne, transparente et multilingue vers l'ensemble des habitants.
  • Coordination en temps réel avec le CPAS, les réseaux de maisons médicales, les hôpitaux locaux, les maisons de repos (MR-MRS) et le secteur associatif.

Récemment, l'action communale a mis plusieurs jours à se structurer. Il est urgent de tirer le bilan de cette dernière vague de chaleur pour graver ces automatisations dans un plan communal “canicule” contraignant, dépassant les simples conseils de prudence et intégrant une série de mesures concrètes à mettre en œuvre directement et rapidement sur le terrain.

II. Les mesures à moyen et long terme : adapter durablement Liège

Au-delà des mesures d'urgence, Liège doit se transformer pour devenir une ville plus résiliente, adaptée au dérèglement climatique.

1. Lancer le grand plan "Liège fraîche"

L'objectif est clair : faire baisser la température moyenne de la ville de plusieurs degrés. Pour y parvenir, le PTB propose de :

  • Accélérer massivement le Plan Canopée. Bien que ce plan existe, le rythme actuel est insuffisant. Il faut quadrupler les plantations d’arbres de grand gabarit, en priorité dans les zones artificialisées publiques et en incitant fortement les zones herbeuses privées.
  • Végétaliser de toute urgence les grandes places minérales, à l'image de la place de l’Yser, qui se transforment en véritables plaques de cuisson l'été.
  • Désimperméabiliser systématiquement les sols en remplaçant l'asphalte inutile par des surfaces vivantes et poreuses.
  • Créer des micro-forêts urbaines au cœur des tissus résidentiels denses en utilisant la méthode Miyawaki pour restaurer la biodiversité et la fraîcheur.
  • Sanctuariser définitivement les espaces verts existants (La Chartreuse, le Ry-Ponet, le Bois-l'Évêque) contre la convoitise des promoteurs immobiliers.
  • Rejoindre le réseau international Swimmable Cities afin d'étudier et de concrétiser la création de zones de baignade naturelles et sécurisées dans les cours d’eau qui traversent Liège (l'Ourthe, la Vesdre et la Meuse).

La priorité absolue de ce plan doit cibler les quartiers populaires, les abords des écoles, les maisons de repos et les cités de logements sociaux.

2. Révolutionner les cours d'école : Le plan "Cours fraîches"

Les cours de récréation liégeoises sont trop souvent de grands rectangles d'asphalte noir. Nous voulons les transformer progressivement en :

  • Retirant une part importante du bitume au profit de pelouses, de copeaux et de sols drainants.
  • Y plantant des arbres d'ombrage et en installant des structures de préaux végétalisés ou des voiles d'ombrage permanents.
  • Aménageant des systèmes de récupération des eaux de pluie pour alimenter des espaces de jeux d'eau éducatifs et rafraîchissants.

3. Rénover les bâtiments communaux

La Ville doit adapter son propre patrimoine pour qu'il protège ses usagers, en ciblant prioritairement les écoles, les crèches, les infrastructures sportives et les maisons de repos. Les cahiers des charges de rénovation doivent obligatoirement intégrer :

  • Une isolation performante contre la chaleur (laine de roche, fibre de bois) et non plus seulement contre le froid.
  • La pose de protections solaires extérieures passives (brise-soleil orientables, volets).
  • L'exploitation de la ventilation naturelle nocturne et de techniques de refroidissement passif (puits canadiens, inertie des matériaux) pour éviter le recours à une climatisation énergivore.

4. Accélérer la rénovation des logements

Le logement est le premier marqueur des inégalités face à la canicule. Le PTB propose un soutien public massif pour financer l'isolation, la pose de protections solaires, de volets extérieurs et de toitures végétalisées.

Aujourd’hui, la Région Wallonne — sous l'impulsion de la ministre du Logement Cécile Neven (MR) — a brutalement stoppé les plans de rénovation de la Maison Liégeoise. C’est une décision absurde et irresponsable au vu de l’urgence vécue par les locataires. Passoires énergétiques en hiver et bouilloires thermiques en été, des centaines de logements sociaux liégeois nécessitent une rénovation d’urgence. Le PTB se battra aux côtés des locataires pour le refinancement de ces plans.

5. Développer un réseau d'eau publique et gratuite

L'accès à l'eau est un droit fondamental, pas une marchandise. Nous proposons de :

  • Mailler l'ensemble des quartiers de Liège avec un réseau dense de fontaines publiques d’eau potable, accessibles et fonctionnelles toute l'année.
  • Répondre au besoin criant de sanitaires publics en relançant d'urgence un marché public pour installer des toilettes gratuites et entretenues dans les parcs, tout en ouvrant librement l'accès aux sanitaires des musées et piscines communales.

Aucun Liégeois ne devrait être contraint d'acheter une bouteille d'eau en plastique pour se protéger de la chaleur.

6. Bâtir une ville perméable : en finir avec le tout-au-béton

Il faut rompre le cycle infernal de l'asphalte et du béton en réduisant progressivement les surfaces bitumées des parkings, des places surdimensionnées et des trottoirs inutilement minéraux. Ces surfaces doivent céder la place à :

  • Des noues végétales (fossés végétalisés) capables de stocker temporairement l’eau.
  • Des zones d’infiltration naturelle qui rechargent les nappes phréatiques. Ce processus permet de rafraîchir naturellement l’air ambiant par évapotranspiration en été, tout en protégeant la ville contre les risques d'inondations lors des pluies torrentielles.

7. Imposer un « Réflexe Canicule » dans tous les projets d'urbanisme

Chaque nouveau projet immobilier ou aménagement urbain sur le territoire communal doit faire l’objet d’une évaluation d'impact climatique contraignante. Aucun permis ne doit être délivré s'il ne valide pas des critères stricts en matière de production d'ombre, de taux de végétalisation, de libre circulation de l'air et de non-prolifération des îlots de chaleur.

8. Suivre scientifiquement la cartographie des îlots de chaleur

En partenariat étroit avec le Laboratoire de Climatologie de l'Université de Liège (ULiège), la Ville doit s'engager à :

  • Assurer un suivi thermique annuel précis de chaque quartier. Si la cartographie initiale a permis de poser les bases du Plan Canopée, ce suivi rigoureux permettra désormais d'évaluer scientifiquement l'efficacité des investissements consentis.
  • Ajuster et cibler prioritairement les budgets d'aménagement vers les zones où les températures de surface restent anormalement élevées.

9. Créer un Fonds communal d'adaptation climatique

Ce fonds financerait la végétalisation, la rénovation thermique, les protections solaires, les fontaines, les écoles et les équipements publics.

Nos priorités politiques

Le PTB défend une idée simple mais radicale : le droit à la fraîcheur doit devenir un droit fondamental et un service public.

Face à l'intensité des canicules, les réponses individuelles libérales ont montré leurs limites. S'acheter un climatiseur individuel coûteux ou fuir quelques jours à la campagne n'est tout simplement pas à la portée des familles de la classe travailleuse liégeoise.

La Ville de Liège a le devoir de garantir à chaque citoyen, quel que soit son code postal ou son niveau de revenu, un accès à des espaces frais, à de l'eau potable gratuite, à des bâtiments publics protecteurs et à un environnement urbain respirable. À Liège, cela exige de rompre avec les politiques d'austérité : nous devons investir prioritairement dans les quartiers populaires, renforcer nos services publics et faire de notre espace public le premier rempart contre la crise climatique.