Extension de la zone de stationnement à Fragnée et en Outremeuse : voici pouquoi le PTB s'y oppose
7 septembre 2026
Ce lundi 7 septembre, le groupe PTB a déposé une motion pour demander un moratoire sur l'extension récente de la zone de stationnement payant en Outremeuse et à Fragnée. Sophie Lecron, cheffe de groupe, s'est exprimée pour développer les raisons pour lesquelles le PTB s'oppose à cette extension. Voici son texte.
Monsieur le Bourgmestre,
Mesdames et Messieurs les Échevins,
Nous allons aujourd'hui voter toute une série de points qui vont concrétiser l'extension de la zone payante de stationnement à Outremeuse et à Fragnée.
Et je voudrais commencer par quelque chose de très simple.
Nous ne contestons pas qu'il y ait un problème de stationnement à Liège. Nous ne contestons pas que des habitants aient des difficultés à trouver une place, ni le problème des voitures qui restent stationnées plusieurs jours. Et nous ne sommes absolument pas opposés à une politique qui cherche à réduire la pression automobile, à lutter contre les voitures-ventouses, à améliorer la rotation du stationnement et à libérer de l'espace public.
Mais notre question est différente : est-ce que faire payer massivement davantage de personnes est aujourd'hui la bonne réponse ?
Notre réponse est non.
Parce qu'on peut et qu'on doit lutter contre les voitures-ventouses sans mettre dans le même sac tous ceux qui utilisent leur voiture parce qu'ils n'ont pas, aujourd'hui, d'alternative réaliste.
Et c'est précisément là que nous avons un désaccord avec la majorité PS-MR–Les Engagés.
Près de 3.000 places gratuites qui deviennent payantes
On entend beaucoup aujourd'hui qu'on ne supprime pas de places. C'est vrai. Mais ce n'est pas vraiment le sujet.
À Outremeuse, 2.330 places gratuites deviennent payantes. À Fragnée, 600 places. Ce sont donc près de 3.000 possibilités de stationnement gratuit qui disparaissent pour ceux qui ne bénéficient pas du statut de riverain.
Et c'est cela que nous contestons.
Parce qu'une personne qui laisse sa voiture plusieurs jours n'est pas la même chose qu'une personne qui vient travailler quelques heures.
Une infirmière n'est pas une voiture-ventouse. Un professeur n'est pas une voiture-ventouse. Un policier qui termine son service après les horaires des transports n'est pas une voiture-ventouse. Un pompier n'est pas une voiture-ventouse. Un agent communal qui fait des heures supplémentaires n'est pas une voiture-ventouse. Un travailleur culturel ou associatif qui termine tard n'est pas une voiture-ventouse. Un étudiant, une personne qui vient voir un proche malade ou une grand-mère qui vient garder ses petits-enfants ne sont pas des voitures-ventouses.
Et pourtant, votre règlement traite ces situations à travers une même logique tarifaire.
C'est précisément cela que nous vous demandons de revoir.
Défendre les riverains, vraiment
On nous dit : « Mais les riverains sont protégés. »
Les cartes riverains constituent effectivement une protection importante.
Mais Liège n'est pas seulement composée de riverains.
Une ville, ce sont aussi des travailleurs, des étudiants, des patients, des familles, des visiteurs, des commerçants, des enseignants, des aidants, des professionnels, des associations et des travailleurs culturels.
Et surtout, les Liégeoises et les Liégeois des 17 zones riverains ne sont pas les seuls à utiliser ces quartiers. Il y a aussi tous ceux qui doivent y venir.
Alors si la majorité voulait réellement répondre au problème des riverains, une question se pose : pourquoi ne pas créer davantage de places riverains ?
Lors de la décision d'élargir la zone de stationnement payant, le 1er septembre 2025, la majorité expliquait elle-même qu'il était difficile de créer davantage de places riverains sans rompre l'équilibre entre habitants et visiteurs.
Donc aujourd'hui, quand on nous dit : « Nous faisons cela pour défendre les riverains », il faut regarder ce qui est concrètement décidé.
Près de 3.000 places deviennent payantes, mais aucune place riverain supplémentaire n'est créée.
Dire que cette mesure protège les riverains peut être un argument parmi d'autres.
Mais présenter l'extension massive du stationnement payant comme la réponse au problème des riverains, c'est un peu tiré.
Les problèmes, on les découvre après ?
Lors de nos discussions en commission, nous avons entendu le Bourgmestre expliquer que des pompiers avaient écrit, que des agents communaux avaient écrit, que des policiers avaient écrit.
Et nous avons aussi entendu que, lorsqu'on met en place certaines mesures de mobilité, de circulation ou de piétonnisation, on se rend parfois compte après coup de problèmes auxquels on n'avait pas pensé.
Mais c'est précisément notre question :
Pourquoi faut-il attendre que les problèmes apparaissent pour chercher des solutions ?
Pourquoi ne pas identifier les différentes situations avant de faire entrer toute une partie de la ville dans la zone payante ?
Pourquoi ne pas prévoir dès le départ des solutions pour les professionnels qui ont besoin de leur véhicule, pour les travailleurs en horaires décalés, les enseignants, les policiers, les travailleurs culturels, associatifs ou événementiels, ou ceux qui doivent transporter du matériel ?
Nous demandons simplement que la réalité des gens soit prise en compte avant de leur présenter la facture.
Nous sommes avec les habitants
Et je veux insister là-dessus.
Nous avons rencontré des habitants de ces quartiers. Nous avons entendu leurs problèmes. Nous savons qu'il est pénible de rentrer chez soi le soir et de tourner vingt ou trente minutes pour trouver une place. Nous savons ce que représentent les voitures-ventouses.
Et encore une fois :
oui, il faut lutter contre les voitures-ventouses.
Mais il faut distinguer les usages.
La voiture de quelqu'un qui abandonne son véhicule pendant plusieurs jours n'est pas la même chose que celle d'un travailleur qui doit venir à Liège pour effectuer son service.
Et le rôle du pouvoir public, ce n'est pas de dire : « Tant pis pour vous, vous n'avez qu'à prendre le bus. »
C'est de regarder pourquoi cette personne prend sa voiture et de voir si nous pouvons lui proposer une alternative réelle.
« Prenez les transports en commun »
On nous répond : il y a le tram, le TEC, les P+R, le vélo.
Nous sommes favorables au développement de toutes ces alternatives.
Mais il faut être sérieux.
Une alternative doit être réellement accessible, fiable, adaptée aux horaires et financièrement intéressante.
Nous connaissons les difficultés rencontrées ces dernières années par les usagers des transports en commun : manque de bus, suppressions de services, correspondances compliquées, horaires qui ne correspondent pas toujours aux horaires de travail.
Et puis il y a les réalités professionnelles.
Que fait le travailleur qui commence à 5 heures du matin ? Celui qui termine à 23 heures ? Le policier qui fait des heures supplémentaires ? L'enseignant qui transporte du matériel ? Le travailleur culturel qui termine après un spectacle ?
Nous ne disons pas qu'il n'y a pas de transports en commun. Nous disons qu'ils ne constituent pas encore une alternative équivalente pour tout le monde et à toute heure.
Et tant que c'est le cas, rendre le stationnement plus cher sans avoir réglé ces problèmes, c'est demander aux gens de payer pour une alternative qui n'existe pas encore réellement pour eux.
Le P+R : faisons enfin les choses dans le bon sens
Prenons les P+R. Le stationnement coûte actuellement 1,50 €. Il faut ensuite prendre le TEC. Pour quelqu'un qui prend deux tickets unitaires à 2,80 €, on arrive à 7,10 € sur la journée, alors que des augmentations sont encore annoncées.
Pendant ce temps, la Ville propose un forfait de stationnement en ville à 6 €.
Alors permettez-moi de poser une question très simple : Comment voulez-vous convaincre quelqu'un de laisser sa voiture au P+R si l'alternative lui coûte plus cher que de stationner directement en ville ? Ce n'est pas cohérent.
Notre proposition est simple : Rendons les P+R gratuits. Tout du moins le parking. Mais faisons en sorte que le coût total P+R + transport soit réellement plus intéressant que de prendre sa voiture et de la garer en ville.
On ne change pas les habitudes des gens uniquement en leur faisant payer davantage. On les change en rendant l'alternative plus simple, plus pratique et moins chère.
Et derrière cette mesure, il y a aussi une question d'argent
Et il faut avoir le courage de le dire.
À force d'entendre parler d'apaisement des quartiers, de rotation des places, de protection des riverains et d'amélioration de la mobilité, on pourrait oublier une chose : cette mesure va aussi rapporter de l'argent à la Ville.
Lors des débats budgétaires, nous avions posé la question de l'augmentation importante des recettes attendues du stationnement payant. Et nous sommes passés d'environ 7,5 millions à 13,5 millions d'euros budgétaires.
Le directeur financier nous a alors confirmé que cette augmentation était effectivement, entre autres, liée au passage en stationnement payant à Outremeuse et à Fragnée.
Donc oui, derrière cette réforme, il y a une recette supplémentaire. Et la volonté d'augmenter les recettes liées au stationnement payant n'est d'ailleurs pas nouvelle : elle apparaît noir sur blanc dans les différents plans de gestion de la Ville.
Nous assumons donc de dire ce que la majorité ne dit peut-être pas assez clairement : l'extension du stationnement payant est aussi une mesure destinée à faire rentrer davantage d'argent dans les caisses communales.
Les arguments sur l'apaisement des quartiers et la rotation du stationnement ne sont pas nécessairement faux.
Mais dans les circonstances actuelles, avec les nombreuses adaptations qui restent à faire et avec des alternatives encore insuffisantes pour tout le monde, ils ressemblent aussi à un joli vernis posé sur une mesure qui va chercher de nouvelles recettes dans la poche des habitants, des travailleurs et des visiteurs.
Et nous pensons qu'il faut avoir l'honnêteté politique de le reconnaître.
Une nouvelle taxe sur les travailleurs ?
Et cette question nous amène au gouvernement wallon. Depuis plusieurs années, les pouvoirs locaux sont confrontés à une pression financière croissante.
Et le gouvernement wallon, avec le MR et Les Engagés, impose aux communes des choix budgétaires qui les poussent à aller chercher davantage de recettes auprès de la population.
Et qui finit par payer ? Les travailleurs. Les familles. Les étudiants. Les personnes qui doivent se déplacer pour travailler.
Ici, cela passe notamment par une augmentation du nombre de places payantes.
On peut appeler cela « politique de mobilité » ou « régulation du stationnement ».
Mais quand une personne qui pouvait auparavant se garer gratuitement doit désormais payer pour venir travailler dans son quartier, c'est bien une nouvelle dépense imposée à cette personne.
Et nous refusons cette logique.
Le MR et Les Engagés au gouvernement wallon doivent aussi assumer leur responsabilité dans cette situation.
Nous ne prônons pas la voiture partout et gratuitement.
Le PTB veut une ville où l'espace public est partagé. Nous voulons moins de trafic et de pollution, des quartiers apaisés, davantage de transports publics, davantage de vélo et de marche, et nous voulons lutter contre les voitures-ventouses.
Mais nous refusons une politique qui consiste à dire :
« Nous allons d'abord rendre la voiture plus chère, et nous verrons ensuite comment construire l'alternative. »
Nous défendons l'inverse :
D'abord l'alternative, ensuite la régulation.
Cela implique de répondre concrètement aux besoins des habitants, des travailleurs, des étudiants, des enseignants, des policiers, des professionnels, des travailleurs culturels et associatifs, des personnes aux horaires atypiques, de celles qui transportent du matériel, des familles et des personnes qui viennent se faire soigner ou accompagner un proche.
Ce sont ces situations-là qu'une politique publique doit prendre en compte.
Nous proposons des solutions
Premièrement : un moratoire.
Nous demandons de suspendre l'extension du stationnement payant tant que les principaux problèmes identifiés ne sont pas réglés et qu'une véritable évaluation n'a pas été menée.
Deuxièmement : un véritable tarif ou code visiteur.
Les riverains doivent pouvoir accueillir leurs proches, leur famille, des aidants ou des personnes qui leur rendent service sans que chaque visite se transforme en facture de stationnement.
Troisièmement : un dispositif professionnel.
Il faut une solution adaptée pour les travailleurs dont la fonction, les horaires ou les contraintes professionnelles rendent l'utilisation de la voiture nécessaire.
Quatrièmement : des P+R réellement attractifs.
Nous proposons de rendre le parking en P+R gratuit, afin que la combinaison P+R + TEC soit financièrement et pratiquement plus intéressante que le stationnement en ville.
Cinquièmement : une véritable évaluation publique.
Nous voulons mesurer les effets de cette réforme sur le stationnement, la rotation des places, les recettes de la Ville, les commerces, les travailleurs, les habitants et, plus largement, sur les inégalités sociales de mobilité.
Et cette évaluation doit être présentée publiquement au Conseil communal.
Conclusion
Monsieur le Bourgmestre,
Nous avons entendu beaucoup de bonnes intentions dans la présentation de cette réforme : protéger les riverains, faire tourner les places, favoriser les transports publics, améliorer la qualité de vie, apaiser les quartiers.
Nous pouvons partager ces objectifs. Mais nous ne partageons pas votre méthode.
Parce qu'une bonne politique de mobilité ne peut pas simplement demander aux gens de changer. Elle doit leur donner les moyens de changer.
Et quand ces moyens n'existent pas encore, ce ne sont pas les travailleurs, les familles, les étudiants ou les personnes qui ont besoin de leur voiture pour travailler qui doivent payer la facture.
Nous voulons une ville qui réduise la place de la voiture, oui. Mais une ville qui donne réellement une alternative aux gens.
Nous voulons lutter contre les voitures-ventouses, oui. Mais sans traiter comme des voitures-ventouses les personnes qui viennent travailler, étudier, soigner, aider ou faire vivre nos quartiers.
Nous voulons défendre les riverains, oui. Mais défendre les riverains, ce n'est pas seulement faire payer les visiteurs. C'est aussi créer les conditions pour qu'ils puissent réellement se garer.
Et nous voulons des finances communales saines. Mais pas en faisant systématiquement payer davantage ceux qui travaillent et vivent déjà avec un pouvoir d'achat sous pression.
C'est pourquoi nous demandons aujourd'hui ce moratoire.
Pour défendre une politique de mobilité socialement juste, écologiquement cohérente et réellement efficace.
Une politique qui commence par construire les alternatives, qui tient compte des réalités des travailleurs et des habitants, qui rend les transports publics réellement accessibles et les P+R réellement attractifs.
Et ensuite seulement, si c'est nécessaire, une politique de régulation du stationnement.
D'abord l'alternative. Ensuite la régulation.
Nous voterons donc contre cette extension et nous invitons le Conseil communal à soutenir notre moratoire et à suspendre la mise en œuvre de cette réforme.