Pour une ville qui protège tout le monde par fortes chaleurs

Pour une ville qui protège tout le monde par fortes chaleurs

30 juin 2026

A l'occasion de la communication du bourgmestre de Liège sur la récente canicule et ses effets sur la population, Sophie Lecron, cheffe de groupe PTB, a pris la parole pour défendre une ville qui protège tout le monde par fortes chaleurs ainsi que des mesures plus structurelles pour adapter le territoire de la ville au dérèglement climatique. Voici son intervention.

Monsieur le Bourgmestre, mesdames et messieurs les échevins et échevines,

Les épisodes de canicule ne sont plus des phénomènes exceptionnels. Sous l'effet du dérèglement climatique, ils deviennent plus fréquents, plus longs et plus intenses. Et malheureusement, un nouvel épisode est déjà annoncé pour la semaine prochaine.

À Liège, la forte densité urbaine, l'omniprésence du béton et les inégalités sociales aggravent encore les conséquences de ces vagues de chaleur. La canicule est désormais un véritable enjeu de santé publique.

Mais tout le monde n'est pas touché de la même manière. Les personnes âgées, les jeunes enfants, les personnes malades, les travailleurs exposés, les habitants de logements mal isolés, les personnes sans domicile fixe ou encore les familles les plus précaires sont les premières victimes.

La Ville a pris plusieurs mesures ces derniers jours. Nous les saluons. L'ouverture d'un numéro dédié aux seniors, la distribution d'eau aux personnes sans domicile fixe, la mobilisation des travailleurs sociaux, et bien sûr l'accès gratuit aux musées climatisés vont dans le bon sens.

Monsieur le bourgmestre, ce que nous avons connu la semaine passée et qui s'annonce la semaine prochaine et dans les années à venir nécessite des mesures plus fortes.

Pour le PTB, il ne suffit plus de recommander de boire de l'eau ou de rester à l'ombre. Il faut une véritable politique publique du droit à la fraîcheur. Les mesures annoncées constituent un premier pas, mais elles ne représentent qu'une petite partie de ce qu'il faut construire.

Plusieurs besoins restent sans solution :

Pourquoi n'avoir pas ouvert les piscines gratuitement ? Pourquoi pas de plan d'ombrages? Où est l'accès à l'eau pour se rafraîchir dans les quartiers ? Pataugeoires, jeux d'eau ? Dans les quartiers ? Où sont les toiles d'ombres dans nos cours d'école?  L'isolation de nos bâtiments communaux ? Préfabriqués et autre ? Pourquoi avoir attendu fin de semaine pour mettre sur pied une cellule de crise?

Nous avons tous reçu de nombreux témoignages de Liégeoises et de Liégeois qui ont rencontré des difficultés : des déplacements pénibles, des logements invivables, des parents confrontés à des problèmes de garde, des personnes ne sachant tout simplement pas où trouver un peu de fraîcheur. Beaucoup des mesures annoncées relevaient davantage du conseil que de l'action concrète. Et à l'heure actuelle les conséquences de ces 3 jours de canicules ne sont pas encore résorbées.

Nous devons garantir le droit d'aller travailler, le droit d'aller à l'école, le droit de faire garder son enfant dans des conditions dignes. Cela suppose des bâtiments adaptés, correctement ventilés, ombragés et offrant un accès à l'eau. Nous ne pouvons pas accepter que la seule solution soit de demander aux parents de garder leurs enfants à la maison ou de transférer les bébés vers les rares crèches équipées.

Nous devons également permettre à chacune et chacun de se déplacer en ville sans risquer un malaise à chaque trajet.

Avec le PTB nous ne lâcherons pas le combat pour une ville où l'on respire.

Comme durant la crise du Covid, nous avons parfois le sentiment d'assister à une cacophonie entre les différents niveaux de pouvoir. Les ministres peinent à se coordonner, pendant que les hôpitaux, les crèches, les maisons de repos, les services publics et les communes doivent se débrouiller avec les moyens du bord.

Ce n'est pas acceptable.

Les communes ne peuvent pas assumer seules, financièrement et humainement, les conséquences d'épisodes climatiques qui vont se multiplier. Les Régions doivent prendre leurs responsabilités et donner aux villes les moyens d'agir durablement.

Pour le PTB, Liège a besoin d'un véritable plan canicule reposant sur deux piliers.

Le premier pilier, des mesures d'urgence activées automatiquement dès qu'une alerte est déclenchée :

Trois priorités nous semblent essentielles.

Premièrement, garantir un accès facile à l'eau et à la fraîcheur en multipliant les fontaines d'eau potable, en développant les îlots de fraîcheur et en rendant les piscines communales gratuites lors des épisodes de canicule, rendre notre ville nageable,...

Deuxièmement, planter massivement des arbres et protéger le patrimoine arboré existant afin de lutter contre les îlots de chaleur urbains. C'est un levier concret pour rafraîchir la ville et améliorer le cadre de vie.

Troisièmement, créer davantage d'ombre dans l'espace public grâce à des pergolas, des voiles d'ombrage ou d'autres aménagements, notamment dans les cours d'école, les aires de jeux, les marchés et les grandes places.

Et le deuxième pilier à moyen terme d'un plan de canicule doit prévoir des investissements structurels pour adapter durablement notre ville. Que ce soit en terme de logement, de mobilité, de bâtiments en public,...

On ne peut pas répondre à une crise climatique du XXIᵉ siècle avec des recommandations du siècle dernier. Il faut des moyens, de la coordination et une véritable politique publique.

Parce que la canicule n'est plus un événement exceptionnel. Elle est devenue une réalité avec laquelle nous devons vivre.

Notre responsabilité collective est désormais simple : faire en sorte que personne ne voie sa santé, son travail, son logement ou sa situation sociale devenir un facteur supplémentaire de vulnérabilité face à la chaleur.

Le droit à la fraîcheur doit devenir un droit pour toutes et tous, et non un privilège réservé à celles et ceux qui ont les moyens de s'en procurer. C'est cette ambition que nous devrions collectivement porter pour Liège.