Grève chez bpost Liège : des millions pour les actionnaires, du boulot en plus pour les postiers ?

Depuis plus d’une semaine, les postiers de Liège sont en grève. Ils sont en colère et ont raison : alors qu’ils croulent déjà sous le travail, une réorganisation leur tombe dessus et va aggraver leurs difficultés quotidiennes. Explications, après sept jours de grève.

Les postiers font partie des héros de la crise sanitaire. Pendant tout le confinement, ils ont continué de bosser dur. Grâce à eux, nos enfants ont pu profiter des cadeaux de Saint-Nicolas et du Père Noël. Nous avons pu faire nos courses en ligne. Nous avons pu écrire à nos aînés dans les homes. Ils devraient être remerciés et augmentés pour cela. Mais la direction de bpost semble ne pas en tenir compte.

À Liège, une partie des colis traités sont déplacés sur le site d’Awans. Cette réorganisation entraîne le transfert de 17 agents et une perte d’une dizaine de tournées sur Liège. Des tournées qui vont devoir être assurées par les postiers restants. Ce qui bien entendu va alourdir leur charge de travail. Pour les travailleurs et les syndicats, cette décision est inacceptable. En front commun, ils demandent des renforts et sont en grève.

Des bras, pas du chocolat

Un facteur rencontré sur place : « Je commence tous les jours à 5h du matin sans savoir à quelle heure je vais terminer ma journée, pour 1500 euros par mois. On me rajoute de plus en plus de recommandés et de colis. De 35 à 40 avant la crise du Covid, je me monte maintenant jusqu’à 70. On nous a appelés les héros du COVID et on nous a offert une plaquette de chocolat avec les remerciements de la direction pour le travail fourni. Quelle ironie, c'est de renforts dont on a besoin ! Alors quand on me dit qu'on va encore nous rajouter des boîtes aux lettres, ça ne passe pas. »

Une factrice intervient dans la discussion : « Je travaille en service général depuis 5 ans, ça veut dire que j'ai un nouvel horaire et de nouvelles tournées chaque semaine. De jour comme de nuit. C'est déjà très dur physiquement. Alors cette réorganisation et la surcharge de travail qu’elle occasionne, c’est une véritable gifle. »

Les postiers font entendre leur voix

Une réunion de négociation a eu lieu ce mercredi entre le front commun syndical et la direction. La direction a refusé d’engager des renforts. Elle a seulement bien voulu diminuer légèrement les transferts. Cette proposition a été présentée par les délégués aux agents en assemblée. Après un vote à mains levées, la proposition a été rejetée à l’unanimité. Les postiers ont décidé de poursuivre le mouvement tous ensemble. Un délégué : « C’est avec cette unité qu’on peut gagner. On a besoin de tout le monde. Aujourd'hui, c'est le ras le bol qui s'exprime positivement, on est lié les uns aux autres. On utilise toujours nos différences de statuts, de salaires ou notre ancienneté pour nous diviser, mais ici nous avons choisi tous ensemble. Nous voulons des services structurels pour compenser la perte, pas des cacahuètes. On ne fait pas grève pour le plaisir, on fait grève parce qu'on en peut plus. »

290 millions de bénéfices

Les postiers de Liège ont raison de réclamer du renfort. bpost est une entreprise qui se porte bien. Très bien même. Elle a réalisé un bénéfice avant impôts de 290 millions d’euros en 2019. Cela veut dire que chaque postier a généré près de 8000 euros de bénéfices. Avec cette somme, il est tout à fait possible de trouver les renforts nécessaires au bon fonctionnement de ce qui est encore un service public. Et de rendre ces renforts permanents.

Comme l’a encore rappelé récemment la députée PTB Maria Vindevoghel au Parlement : « Le PTB soutient les postiers et leurs organisations syndicales en grève. Ils n’ont que deux mains et sont à bout. En 15 ans, 14 000 emplois ont été supprimés ainsi que de nombreux bureau et centre de tri. Il est plus que temps d’inverser cette tendance. »

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