Faire des économies sur les pauvres, ou aller prendre l'argent là où il est ?

A l'occasion du conseil communal conjoint Ville-CPAS, voici l'intervention d'André Leruth, chef de groupe des conseillers du CPAS pour le PTB. 

Mesdames, Messieurs les Conseillers et membres du Collège communal,

Nous sommes passés ces dernières décennies de l’aide sociale à l’urgence sociale. Selon une étude menée dans le pays par l’ULB et la KUL, avant le Covid, avant les inondations, avant l’inflation actuelle, il y avait dans l’arrondissement de Liège 280.000 personnes en situation de précarité, soit 40 % de la population. C’est énorme.

C’est pourquoi, il faut saluer le travail incroyable que les travailleuses et les travailleurs du CPAS accomplissent chaque jour avec des moyens financiers et humains totalement insuffisants. Chaque assistante et assistant social est en charge de 100 dossiers. C’est beaucoup trop!

Alors que les crises se succèdent, hier le Covid et les inondations catastrophiques, aujourd’hui une explosion des prix de l’énergie sur le marché capitaliste, avec ses surprofits pour les uns et la misère engendrée par l’inflation pour le plus grand nombre, la gestion de ces crises et les mauvais choix politiques font basculer de plus en plus de travailleuses et travailleurs dans la pauvreté, et cela de plus en plus vite.

Action sociale et emploi

Le groupe PTB du CPAS suit de très près les actions de synergie entre la Ville et le CPAS. Elles ne doivent pas se faire au détriment de l’emploi et des conditions de travail, mais bien en vue de faire des économies d’échelle et de mutualiser les coûts. Nous voulons que ce soit dans cet état d’esprit que le CPAS aille rejoindre la Cité administrative fin 2023. Nous souhaitons donc que le personnel du CPAS soit entendu sur la manière dont il compte poursuivre ses missions spécifiques.

Une des mesures de la synergie est l’harmonisation des statuts et du règlement de travail des travailleurs Ville et CPAS. Si nous pouvons nous rejoindre sur plusieurs points, nous ne comprenons pas que vous ayez fait passer la pause de midi obligatoire non rémunérée d’une demi-heure à ¾ d’heure pour les travailleurs CPAS, comme pour le personnel de la Ville. Pourquoi harmoniser vers le bas et pas vers le haut ? Les travailleurs ont été sondés lors de plusieurs assemblées et ils se sont prononcés très clairement contre cette mesure. Ces travailleurs qui ont tout donné et continuent à le faire dans des conditions de restriction difficiles, ils méritent qu’on les écoute.

Enfin, cette occupation de la Cité administrative par le CPAS devra se faire par un achat et non une location, qui grèverait davantage les finances du CPAS dans l’avenir.

La charge de travail augmente sans cesse, en même temps que la pauvreté s’accroît. Par exemple, le Projet individualisé d’intégration sociale (le PIIS), qui vise à contrôler davantage les travailleurs doit être réformé d’urgence : c’est une surcharge pour les agents de terrain, qui sont obligés de jouer aux contrôleurs, au détriment d’une vraie action sociale, et notamment des projets de réinsertion socioprofessionnelle. Nous invitons l’assemblée à se positionner au fédéral pour sa suppression.

Des efforts ont été entrepris, nous le reconnaissons. La mise en place du programme informatique « Sociabili » qui permet d’avancer plus vite dans le traitement des dossiers. C’est important pour un isolé qui perçoit 1.000 € par mois, car deux jours de retard représentent une catastrophe pour se nourrir.

Le subside de la Région wallonne qui permet l’engagement de 34 ETP pour une durée de deux ans est une bonne nouvelle. Il permet de soulager la charge de travail des agents. Mais il est impératif que cette aide devienne permanente au vu de l’augmentation alarmante de la pauvreté.

Energie

Les soi-disant vertus de l’économie libérale nous mènent aujourd’hui, par le jeu de la spéculation, à une crise énergétique sans précédent et à une inflation ahurissante. Alors que les sociétés engrangent des bénéfices colossaux, la population trime. Par l’entremise du tarif social et du fonds énergie, la collectivité tente de limiter les dégâts. Il y a fort à parier que les demandes d’aide sont en train d’exploser.

Notre cheval de bataille, la diminution de la TVA sur l’énergie de 21% à 6% est une mesure concrète pour permettre aux ménages de se chauffer sans devoir choisir entre manger ou avoir chaud l’hiver. Pour nous, l’énergie doit être considéré comme un produit de première nécessité. Grâce à nos pétitions, grâce à la mobilisation syndicale, le gouvernement s’est vu contraint d’y céder…momentanément. Il est absolument nécessaire que cette mesure devienne permanente et fasse l’objet d’une loi. Elle réduira les coûts énergétiques de la Ville et du CPAS et soulagera de nombreux travailleurs et travailleuses qui paient de leur poche pour se rendre au travail. Les partis traditionnels doivent se positionner. Vont-ils aller chercher l’argent dans les poches des travailleurs ou dans les portefeuilles des multinationales comme Engie-Electrabel ?

Logement

En matière de logement d’accueil aussi, la politique sociale est bien insuffisante. Le CPAS et la Ville ont augmenté le nombre de lits pour les sans-abris et des logements de transit, c’est bien nécessaire. On atteint aujourd’hui une centaine de lits, que le CPAS entend doubler en même temps que l’abri de nuit sera rénové en tenant compte d’économies d’énergie. Fort bien, mais on sait que plus de 500 à 600 personnes sont dans la rue et que ce chiffre est largement sous-estimé. Pour nous, la meilleure solution pour sortir les gens de la rue, c’est le Housing first, projet anecdotique pour le moment.

Rappelons par ailleurs le manque criant de logements sociaux. Le marché locatif privé règne en maître à Liège, alors qu’on atteint à peine 7% de logements publics. Une politique communale sociale doit passer par une maîtrise du coût des loyers privés, à savoir une grille contraignante.

D’autre part, nous le répétons : il faut imposer 30% de logements publics dans tout nouveau projet privé d’ampleur. Tous ces promoteurs que le collège accueille les bras grands ouverts doivent se voir imposer des contraintes urbanistiques utiles pour la collectivité.

Financement

Selon le Plan de gestion du CPAS 2022-2027, présenté récemment, on peut lire que le nombre de personnes qui font appel au CPAS a augmenté de 21% entre 2016 et 2022. Les projections jusqu’en 2027 nous semblent insignifiantes, équilibre des comptes oblige sans doute. Or tout indique que la précarité ne fera que s’aggraver dans les années qui viennent.

A ce sujet, le Revenu d’intégration sociale (RIS) est actuellement emboursé à 70%, 30% sont à charge du CPAS et de la Ville. Cette part ne fait que s’agrandir avec l’augmentation du nombre de RIS. La Ville prévoit pour 2025 d’intervenir afin que le CPAS reçoive 75% au lieu de 70%, un petit ballon d’oxygène. Ce que nous réclamons au PTB, c’est que le remboursement du RIS par le fédéral augmente à 85%. Cela apportera une rentrée supplémentaire de plus de 10 millions d’euros à notre CPAS. Le déficit de 4.100.000 euros que la ville doit combler n’existerait plus et la part restante permettrait d’assurer une politique sociale locale digne de ce nom.

Les partis de la majorité liégeoise sont dans les différents gouvernements. Vous devez prendre vos responsabilités.

Conclusion

D’année en année, la situation sociale se dégrade. On voit de plus en plus de ménages sous le seuil de la pauvreté dans notre ville, de plus en plus de travailleurs devenir travailleurs pauvres. Les moyens investis pour lutter contre la pauvreté ne sont pas suffisants. Tout ne peut pas se régler à partir du niveau communal, mais vous avez des marges de manœuvre, des choix politiques à faire. Vous avez le devoir de vous battre dans les instances supérieures pour exiger les moyens financiers de leur politique d’austérité menée depuis des années. C’est pour toutes les raisons invoquées ici que le groupe PTB au CPAS a voté contre le plan de gestion 2022-2027.

Je vous remercie.

André Leruth
Chef de groupe PTB au CPAS de Liège