La majorité provinciale PS-MR refuse de soutenir la motion déposée par le PTB en soutien aux 3 maternités menacées de fermeture

A l'occasion du conseil provincial de ce jeudi 20 février, le PTB a du essuyé de nouvelles accusations de "démagogie" de la part de la députée provinciale MR Katty Firquet. La raison : le refus de la majorité de soumettre au vote une motion déposée par le PTB demandant de soutenir les maternités menacées de fermeture par l'étude du Centre Fédéral d'Expertise (KCE). Rafik Rassaa, chef de groupe PTB au conseil provincial, a regretté l'acceptation par la majorité de ces critères de rentabilité décriés par le PTB dans sa motion. Dans sa réponse à une question d'un trio de conseillers écolos, la députée libérale a prétendu qu'il était nécessaire de "réduire le nombre de petites maternités" et de tenir compte des réalités budgétaires en matière de dépenses de santé. Elle a clôturé sa réponse en affirmant "se battre pour le bien-être de tous les habitants de la Province". "Langue de bois" a rétorqué Rafik Rassaa pour le PTB. "Si vous souhaitez soutenir les familles et futurs parents, alors exprimez votre soutien pour ces petites maternités. Pourquoi faudrait-il moins de petites maternités ? C'est tout un modèle de soins de santé qui se trouve ici remis en question. Environ 1500 accouchements sont concernés si ces maternités venaient à fermer. Si demain, nous ne voulons pas avoir des accouchements dans les ambulances, alors il faut soutenir des structures de proximité." La députée libérale a alors clos le débat par une énième accusation de "démagogie" du PTB en prétendant que la motion n'était pas introduite dans les formes. Ce qui est évidemment faux. Et elle a donc confirmé que le PTB avait droit à un traitement de faveur pour les motions qu'il dépose en invoquant la non-compétence de la Province pour ces dossiers, non-compétence à géométrie très variable, la Province s'étant exprimé sur des sujets aussi variés que la fermeture de la sidérurgie, le maintien des lignes 42 et 43 de la SNCB ou plus récemment l'urgence climatique.

Motion déposée par les conseillers provinciaux du PTB

Soutien de la Province de Liège aux « petites » maternités

Exposé
Le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) a publié une étude le 16 janvier 2020. Celle-ci stipule qu’une maternité devrait prendre en charge au moins 557 accouchements par an pour être « efficace » sur le plan financier. À terme, ce chiffre devrait même être rehaussé pour atteindre 900 à 1000 accouchements par an.
En Province de Liège, nous sommes particulièrement concernés par les conclusions du KCE puisque cette étude propose de fermer la maternité du CHR de Huy, celle de Sainte-Elisabeth à Heusy et celle de l’hôpital Saint-Nicolas d’Eupen.
D’abord, nous constatons que l’étude du KCE est faite dans l’unique cadre de diminuer les coûts par accouchement et pas dans un but d’améliorer la qualité des soins.
Ensuite, l’étude propose de purement et simplement ajouter une charge supplémentaire de 17 % des accouchements dans les maternités restantes. L’étude part de l’idée que le personnel pourra prendre en charge le travail supplémentaire. Il est évident que ceci est loin de la réalité. Ceci pourrait donc avoir des conséquences négatives supplémenterais sur les services des maternités restantes.
Nos enfants ne sont pas des marchandises, les accouchements ne devraient pas devoir répondre aux exigences de l’efficience économique. Si on suivait la même logique que celle du fédéral pour les maternités dans d’autre services publics, cela voudrait dire, par exemple, qu’il serait mieux d’entasser 100 élèves dans une même classe, ce serait plus « efficient ». La logique de la rentabilité ne devrait pas prévaloir dans nos services publics sur celle de répondre aux besoins de la population. Ce dévoiement est particulièrement inquiétant.
Accoucher est un droit de base et chaque personne a le droit de pouvoir disposer des soins de santé de base dans un périmètre proche de chez lui. La fermeture de la maternité peut avoir des conséquences sur les autres services des plus petites structures hospitalières et engendrer par un effet de cascade la fermeture pure et simple des hôpitaux de proximité. Aujourd’hui le personnel des hôpitaux concernés est inquiet.
Enfin, la proximité des services, et donc le maintien des petites maternités, est indispensable non seulement pour le personnel mais également pour un service de qualité à la population.
Pour toutes ces raisons et parce que nos maternités ne doivent pas se changer en « usines à bébés », en adoptant ce texte, le Conseil provincial de Liège marque son soutien à l’ensemble des maternités menacées par l’étude du KCE ainsi qu’à leur personnel, et demande au collège d’envoyer une demande de maintien de ces maternités dûment motivée au gouvernement fédéral.

Projet de motion

Considérant le rapport du Centre Fédéral d’Expertise des soins de santé (KCE) paru le 16 janvier 2020 relevant que pour pouvoir ramener le coût par accouchement au niveau de celui de maternités plus efficientes, une maternité doit effectuer au moins 557 accouchements par an dans un premier temps ;

Considérant qu’il s’agit d’une étude et que le Gouvernement fédéral n’a encore pris aucune décision à cet égard ;

Considérant néanmoins le soutien de la Ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block, à cette approche et sa volonté déclarée d’ensuite passer à un minimum de 1000 accouchements par an, par clinique, dans un second temps ;

Considérant que ce même rapport suggère, sur la base de critères d’efficience financière principalement, que 17 petites maternités pourraient être fermées sur 104 que compte la Belgique ;

Considérant qu’en Wallonie, cela correspondrait à la fermeture d’une maternité sur 4 ;

Considérant que parmi les 17 maternités seraient également visées celles du CHR de Huy, celle de Sainte-Élisabeth à Heusy et celle de Saint-Nicolas à Eupen,

Considérant que la fermeture de ces maternités engendrerait une augmentation de la charge de travail dans d’autres maternités de la Province, avec une pression supplémentaire sur la charge de travail et les équipes soignantes ;

Considérant que prendre en compte la rentabilité comme seule et unique variable de la santé sans tenir compte des réalités de terrain, ni le souci d’un accueil de proximité et à taille humaine, est tout simplement inacceptable ;

Considérant que cette suppression créerait également de l’insécurité pour les femmes et les bébés, liée à la durée du trajet vers l’hôpital et à la densité du trafic routier ;

Considérant qu’à travers ces recommandations portant sur la suppression des petites maternités, le projet touche directement aux services rendus à la population dans des zones déjà bien trop souvent délaissées par d’autres services publics ;

Considérant que fermer la maternité constituerait une menace directe pour d’autres services hospitaliers, notamment la pédiatrie, les urgences pédiatriques et, à terme, pour l’avenir même de l’hôpital ;

Considérant que la fermeture des infrastructures locales oblige les parents et les familles à effectuer de plus longs déplacements, ce qui a incontestablement aussi un coût environnemental (émission de gaz à effet de serre et d’autres polluants) ;

Considérant que cette mesure de restriction n’est pas neutre sur le plan du genre touchant quasi exclusivement des femmes en tant que patientes et personnel soignant, ce qui avait déjà été le cas lors de la réduction de la durée du séjour en maternité voici quelques années ;

Sur initiative du groupe PTB, le Conseil provincial de Liège,

• S’oppose avec la plus grande des fermetés à la fermeture des maternités du CHR à Huy, de Sainte-Élisabeth à Heusy et de Saint-Nicolas à Eupen,
• Marque son soutien aux maternités menacées de fermeture par l’étude du KCE ainsi qu’à leur personnel,
• Invite le Gouvernement fédéral à considérer le rôle social, de proximité et de service public que jouent les maternités du CHR à Huy, de Sainte-Élisabeth à Heusy et de Saint-Nicolas à Eupen auprès de la population de ces bassins de vie et à ne pas considérer uniquement des critères de rentabilité financière.

Rafik Rassaa,
Chef de groupe PTB au conseil provincial
Cathy Craen, Catherine Lacomble, Marie-Christine Scheen, Luc Navet et Marc Delrez, conseillers provinciaux PTB


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