La ville de Liège ne prend pas sérieusement l’urgence sociale en main

Chaque année se tient un conseil communal conjoint entre la Ville et le CPAS de Liège, où se débattent publiquement les liens entre les deux instances et la politique sociale locale. Voici l'intervention du conseiller PTB CPAS François Ferrara au conseil conjoint de ce 21 décembre 2021. 

« Pour commencer, et avant tout, je tenais à remercier et à souligner le travail incroyable que nos travailleuses et travailleurs du CPAS accomplissent dans une situation de plus en plus difficile. Le manque de moyens financiers et humain est criant, et malgré cela, ils continuent à faire de leur mieux et nous les en remercions.

L’ensemble des Liégeois-es sortent de deux années particulièrement difficiles, dans un cadre où la pauvreté ne fait qu’augmenter depuis des années. Nous devons faire face à la crise sanitaire, aux inondations, et maintenant à l’augmentation exponentielle du prix des énergies.

Ces différentes crises successives, et surtout leur gestion et, souvent, les mauvais choix politiques qui les ont accompagnées, n’ont fait qu’aggraver les situations des plus fragilisés, et ont fait basculer certaines travailleuses et travailleurs dans la pauvreté. Malheureusement, de plus en plus de Liégeois-es savent ce que c’est que d’être un travailleur pauvre.

Emploi

Le groupe PTB du CPAS suit de très près les actions de synergie entre la ville et le CPAS. Nous le répétons chaque année, celles-ci ne doivent pas exister au détriment de l’emploi, des conditions de travail ou des services, mais en vue de faire des économies d’échelle, comme ça a été le cas lorsque la ville a mis à disposition au CPAS le bâtiment de la rue Fabry pour assurer la cellule « COVID ».

Par contre, il est clair que le manque de personnel nécessaire afin d’assurer un travail social de qualité permettant aux bénéficiaires d’avoir « une vie de dignité humaine » (loi organique de 1976) se fait ressentir à tous les niveaux.

La charge de travail est d’autant plus augmentée par la situation que nous vivons. Par exemple, la mise en place du Projet individualisé d’intégration sociale (PIIS), en plus de mettre en concurrence les travailleurs et d’être inutile, vient renforcer cette pression et ajouter des tâches aux travailleurs sociaux. Nos agents, qui se démènent, je tiens à le souligner, ne doivent pas devenir des contrôleurs. C'est pourquoi nous invitons donc l’assemblée à réfléchir sur ce PIIS et à se positionner envers le fédéral pour sa suppression. Ce n’est pas en surchargeant nos agents que ceux-ci pourront se sentir bien au boulot, ni que ce service public pourra être de qualité.

Nous attirons également votre attention sur le turn-over important que le CPAS connaît. Trop d’agents nous quittent vers d’autres cieux ce qui marque pour le moins un malaise au sein de notre institution.

Nous notons que des efforts ont étés entrepris, tels que la mise en place du programme informatique « Sociabili » qui permettra aux agents d’avancer plus vite dans la gestion des dossiers des personnes, et permettra d’effectuer les paiements plus vite également. C’est important pour un isolé qui perçoit 1000 euros par mois, car deux jours de retard représentent une catastrophe pour se nourrir. Il faut toutefois être attentif à l’accompagnement de formation au programme pour les nouveaux agents ainsi que pour nos anciens agents.

Par ailleurs, le subside de la région wallonne de 3,9 millions d’euros, qui permet l’engagement de 34 ETP pour une durée de deux ans, est une bonne nouvelle. Celui-ci devrait en effet soulager la charge de travail de nos agents. Mais il est impératif que cela devienne pérenne à l’avenir vu l’augmentation permanente la pauvreté et la précarité pécuniaire, culturelle et sociale de la population. Nous demandons dès maintenant au président du CPAS de prendre en main l’assise de ce subside dans le long terme. Car malheureusement les besoins ne vont pas en diminuant.

De plus, nous saluons la reprise en main de RéINSER qui met tout en œuvre pour réinsérer par le travail les art 60 et 61. J’étais intervenu au CAS pour que les art. 61 ne servent pas à faire des économies pour les employeurs mais à prévoir un engagement de nos bénéficiaires à la fin du contrat. Dans le cas contraire, le PTB ne l’acceptera pas. Un suivi doit avoir lieu, avec évaluation de l’intérêt pour le travailleur ou la travailleuse en terme d’insertion sur le marché du travail à plus long terme.

Logement

En matière de logement d’accueil aussi, la politique sociale est bien insuffisante. Le CPAS et la ville ont entrepris une augmentation du nombre de lits pour les sans abris et des logements de transit. C’est bien nécessaire mais largement insuffisant : à Liège on atteint péniblement les 100 lits. Pourtant, comme vous le savez, plus de 500 personnes sont dans la rue et on sait que ce chiffre est tout à fait sous estimé. Et les inondations ont encore aggravé les choses. Les solutions face aux besoins se sont révélées largement insuffisantes.

Il faut absolument augmenter les logements de transit afin de ne plus revivre ce genre de situation. Nous savons que la seule solution à moyen terme pour sortir les gens de la rue est le Housing first, or dans notre commune cette solution est encore tout à fait anecdotique, alors que les gens eux sont en attente maintenant.

De plus, en terme de logement, je tiens à rappeler que trop de concitoyens vivent dans des logements indignes. Et vu le manque de logements sociaux, ces ménages ne peuvent trouver un autre logement afin d’y créer un « nid douillet ». Le marché locatif privé règne en maître dans notre commune, on atteint à peine les 7% de logement publics, ce qui évidement n’aide pas à faire pression sur le marché locatif privé pour maîtriser les loyers. Que ce soit en terme de coût ou d’état, vous laissez nos habitants soumis aux lois du privé, et ce sont les plus vulnérables qui le subissent.

Nous demandons aux autorité communales d’imposer 30% de logements publics dans tout nouveau projet privé d’ampleur. Tout ces promoteurs de projets de construction de logement privé de standing que le collège accueille les bras grands ouverts doivent se voir imposer des contraintes urbanistiques utiles pour la collectivité.

Produits de première nécessité : alimentation et énergie

Les colis alimentaires sont un autre problème qui s’aggrave. Alors que les grandes chaînes alimentaires augmentent leurs bénéfices (8 à 10%), les besoins de colis alimentaires explosent. Une solution doit être trouvée rapidement pour pallier à ce problème. Encore une fois, ce sont aux autorités communales de garantir que les familles qui en ont besoin puissent avoir accès à la nourriture nécessaire.

Nous tenons le même raisonnement face aux énergies. Alors que les sociétés engrangent des bénéfices colossaux, la population trime et la collectivité, par l’entremise du tarif social et du fonds énergie, tente de limiter les dégâts. C’est inadmissible. Malheureusement, il y a fort à parier que la cellule énergie va être assaillie de demandes dès le début 2022.

Notre cheval de bataille, la diminution de la TVA sur l’énergie de 21% à 6%, est une mesure très concrète pour permettre aux ménages de se chauffer sans devoir choisir entre manger et avoir chaud en hiver. Mais cette mesure est aussi vitale pour les coûts énergétiques de la ville et du CPAS. Les caisses sont vides et on ne peut pas continuer à jeter l’argent par les fenêtres. L’État doit aller prendre l’argent là où il est. D’autant que cette diminution de la TVA a déjà eu lieu, c’est donc possible. Mais pour cela, les partis traditionnels doivent se positionner : vont-ils aller chercher l’argent dans les poches des travailleurs, avec ou sans emploi, ou dans les poches de multinationales comme Engie-électrabel?

Financement

Lors du cahier de modifications budgétaires (CMB), on projetait que le nombre de personnes au revenu d’intégration social (RIS) serait de 12.500, chiffre tout à fait sous estimé vu la situation et la forte augmentation de la précarité qu’on voit sur le terrain. Comment peut-on se contenter d’acter froidement cette dégringolade alors qu’il y a des personnes et des familles derrière ces chiffres ? Nous au PTB, on ne peut pas.

Sans parler du fait que le RIS est actuellement remboursé à 70%. 30% sont à charge du CPAS et de la ville. Cette part ne fait que s’agrandir avec l’augmentation du nombre de RIS. Il est impératif que le remboursement du RIS par le fédéral augmente à 80%. Cela apportera une rentrée supplémentaire de 10 millions d’euros à notre CPAS. Le déficit de 4.100.000 euros que la ville doit combler n’existerait plus, et la part restante permettrait d’assurer une politique sociale locale digne de ce nom et aussi de reconstituer un fonds de réserve.

Sans cela, le CPAS ne pourra faire face aux crises qui se multiplient.

La motion votée à l’unanimité par le CAS de Liège pour réclamer des moyens supplémentaires à la Région Wallonne est probante. Elle a porté ses fruits puisque le CPAS a reçu un subside conséquent. Nous demandons que les autorités communales tirent enfin la sonnette d’alarme et exigent un financement structurel par les instances supérieures. Les partis de la majorité liégeoise sont dans les différents gouvernements. Vous devez prendre vos responsabilités.

Il faut que la charge ne repose pas seulement sur les pouvoirs locaux, le fédéral doit prendre ses responsabilités. Poussez-le à le faire, qu’attendez-vous ?


Conclusion

Malheureusement, la situation sociale se dégrade encore, année après année, et l’on voit de plus en plus de ménages sous le seuil de pauvreté dans notre ville, de travailleurs basculer et devenir travailleurs pauvres, de personnes qui se retrouvent à la rue… Les moyens investis pour lutter contre le pauvreté ne sont pas suffisants. Ouvrez les yeux, et si évidement tout ne peut pas se régler à partir du niveau communal, vous avez des marges de manœuvre, des choix politiques forts à faire, et vous avez le devoir de vous battre dans les instances supérieures pour exiger les moyens financiers de leur politiques d’austérités menée depuis des années.


François Ferrara

Chef de groupe CPAS pour le PTB