Les chiffres de la rentrée scolaire

État des lieux de notre enseignement communal liégeois, la conseillère PTB Céline Fassotte est intervenue lors du conseil communal de ce lundi 28 novembre suite à la communication de l'échevin Hupkens en charge sur la rentrée scolaire.

Voici son intervention complète :

Je tiens avant tout à féliciter le personnel communal dépendant de l’instruction publique. Enseignants, employés, auxiliaires de vie scolaire et ouvriers, tous font un travail formidable dans des conditions souvent difficiles et avec des moyens, il faut le dire, bien en-dessous de ce qu’il faudrait. La réalité des équipes éducatives est souvent faite de bouts de ficelles, de courses contre la montre et de grands écarts, entre ce qui nous tient à cœur et ce qu’on nous donne pour le faire. L’investissement professionnel et j’irai jusqu’à dire personnel des gens sur le terrain, il est bien là. L’investissement politique, c’est-à-dire financier, que ça soit en termes de cadre, de matériel, de rénovation, il se fait souvent attendre.


Les chiffres de la rentrée ne sont pas satisfaisants : ils montrent que notre enseignement communal n’est pas en bonne santé. Même là où il se portait le mieux, c’est-à-dire dans le fondamental, on observe au fil des années un recul progressif, au profit du seul autre réseau concurrent (il faut malheureusement employer ces termes de management économique dans notre contexte belge de marché scolaire). Je suis comme vous convaincue par les valeurs essentielles portées par l’enseignement public liégeois, mais je remarque que cela ne suffit pas. Quels sont donc les blocages qui font que les parents ne choisissent pas en priorité notre enseignement ? Une modernisation du site internet de l’instruction publique ne permettrait-elle pas une meilleure communication ? En ce qui concerne plus particulièrement l’immersion linguistique, il semble de plus en plus compliqué de recruter des enseignants néerlandophones et germanophones. Ne serait-il dès lors pas opportun de valoriser ces filières particulières au sein de notre HEL en favorisant des formations immersives via des échanges linguistiques facilités en Allemagne, en Flandre ou aux Pays-Bas ? Ce qui deviendrait à terme une marque de fabrique attractive. Plutôt que d’attendre des candidats potentiels, les générer pourrait s’avérer une piste prometteuse.


D’autant plus que côté de la haute école, la situation est très mauvaise. En 2020, je déplorais une perte de 4,4%, l’année dernière, une chute de 3%, mais cette année, c’est encore 9,6% en moins! Avec un pic à -16% en sciences de l’éducation. On le sait, le métier d’enseignant n’attire plus à cause de la précarité du métier durant les premières années, des conditions de travail de plus en plus difficiles, des missions de plus en plus nombreuses et de la dévalorisation globale de l’image du prof. Cette perte de candidats se remarque aussi dans les autres hautes écoles offrant ces formations. La position concurrentielle de la HEL n’est donc pas remise en cause nous expliquiez-vous, pour nous rassurer. Mais que fait-on de cette info ? N’est-ce pas justement le bon moment pour relancer cette section en faisant preuve de créativité, d’investir pour l’avenir? Cette baisse de presque 10% à la HEL, c’est aussi le produit d’un plan de restructuration qui a démarré en septembre dernier. Suppression de certains cursus, regroupement de classes et donc plus d’élèves par cours, coefficient réducteur 1 fixé à 0.8, qui va conduire les élèves et les profs à devoir voir le programme prévu sur moins d’heures de cours et sans temps consacré à la recherche ou à des projets. Les conséquences sur l’emploi, le niveau d’encadrement et le projet pédagogique sont implacables. Et les élèves le savent. -12% en sciences éco, -6% en sciences et techniques…


Alors, bien sûr, on est passé pour la première fois en dessous des 100% de l’enveloppe. Bravo. Mais moins d’élèves, c’est aussi une enveloppe moins grosse ! Jusqu’où va-t-on détricoter ? L’augmentation du coût moyen brut pondéré, c’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas. Et en plus, la ministre Glatiny indexe l’enveloppe a posteriori. Avancer dans le noir en respectant un plan mortifère, c’est aller droit dans le mur. Sauver la HEL tout en fermant les vannes, augmenter son attractivité sans le budget nécessaire, ça n’a pas de sens. En avril dernier, vous nous aviez exposé un plan prometteur de redynamisation de la HEL. Où en êtes-vous dans vos démarches auprès de la ministre ? Quels moyens avez-vous réussi à débloquer ? Et je parle de moyens en plus par rapport à ceux qui existent déjà, sinon, la revalorisation de la HEL se fera au détriment d’autres niveaux de l’enseignement communal. Et je parle de moyens propres, car co-organiser des sections avec d’autres hautes écoles, c’est aussi risquer de se voir absorber (comme la traduction-interprétation).


En ce qui concerne le secondaire, les filières générales se portent bien. Destenay retrouve sa fréquentation d’avant 2020. Pourriez-vous au passage nous rappeler la méthode de comptage ? Il nous est en effet parvenu des témoignages au sujet de consignes visant à rendre les classes plus remplies que ce qu’elles sont réellement. Le programme de promotion de Léonard de France a très bien fonctionné (+21,4%) mais pour celui de l’école d’Hôtellerie, ce n’est pas le cas (-13,4%), malgré de belles initiatives de l’équipe avec la réouverture des restaurants didactiques en septembre dernier. Des coupures dans les frais de fonctionnement et un matériel obsolète sont des défaillances à résoudre rapidement. Même constat déprimant l’Ictia, qui fut en plus durement touchée par les inondations, en témoigne l’action de la FGTB le 27 juin dernier. À Liège, l’enseignement secondaire vit uniquement des subsides de la fédération Wallonie Bruxelles, sans la quote-part du budget communal, et, on ne sait trop comment, la Ville tire même parti de ce poste là en 2016 et 2017 puisque les recettes ordinaires dépassaient les dépenses ordinaires. Le désinvestissement est clair, il faut absolument inverser la tendance. La com’ ne suffira pas : nos élèves doivent être formés dans de bonnes conditions, avec du matériel moderne.


Je salue votre intention de revaloriser le statut des auxiliaires d’éducation. Un métier essentiel à l’équilibre des écoles fondamentales, dans leur fonctionnement pratico-pratique mais aussi affectif vis-à-vis des petits bouts à la garderie. La question du statut et, en particulier, du statut pécuniaire, me paraît être centrale. Car le métier d’auxiliaire de vie scolaire fait partie de ces emplois précaires et essentiellement féminins qui ne permettent pas de « vivre » tout simplement, et pour lesquels une revalorisation est urgente. Ne faire que des « temps de midi » et avoir peur que le complément chômage s’arrête car l’ONEM trouve qu’on n’est pas assez disponible pour des emplois ? Ne pas être payées pendant les petites vacances ? Du personnel mieux formé, mieux rémunéré et plus stable est forcément un objectif à atteindre pour répondre aux besoins des enfants. Et ces besoins en termes de rapports humains et de confiance sont nombreux. Les enfants le disent eux-mêmes dans la grande enquête qui a précédé la rédaction du programme de coordination locale pour l’enfance 2020-2025 de la ville de Liège, c’est ce qui revient en premier dans les 1332 questionnaires remplis par les enfants. L’auxiliaire de vie scolaire, c’est aussi la personne qui va avoir un aparté avec un élève pour qui la matinée s’est mal passée, qui va l’aider à comprendre ses sentiments, à dénouer les nœuds, et à faire en sorte que l’enfant reparte rasséréné pour un bel après-midi d’apprentissage. Il est grand temps de valoriser ces employées de la ville de Liège. Je relève néanmoins un écueil, dont il faudra préserver l’IP, c’est que si cette réforme se fait à budget constant, il risque d’y avoir moins de gardiennes sur le temps de midi, ce qui forcerait les instits à assurer ces surveillances en plus de leur charge horaire. Il faut impérativement que le budget suive.


En ce qui concerne les infrastructures, je constate que vous prenez ce sujet au sérieux en allant sur le terrain. Par contre, votre logique toute bancaire de financer les travaux en vendant des bâtiments publics, ça, je n’y souscris pas du tout. Maintenant, quand les profs vous voient arriver, ils se disent en riant jaune « aïe aïe aïe, est-ce qu’il va vendre notre école ? ». Les promoteurs sont aux aguets et vous le savez : de grands bâtiments au centre-ville, c’est l’aubaine ! Les équipes éducatives et nos jeunes se trouvent aujourd’hui quotidiennement confrontés aux conséquences d’un désinvestissement massif qui ne date pas d’hier. Et, vous le dites vous-même, le chemin va être long pour « réparer » toutes ces failles qui empêchent d’apprendre et de donner cours dans un environnement propice. J’entends bien que vous avez des plans pour qu’en 2030 tout aille mieux, mais quid des élèves en 2022 ?


Cela va passer par la rénovation et l’isolation des murs, fenêtres et toiture de la centaine de bâtiments scolaires. Pour gagner en confort thermique, bien sûr, mais aussi pour faire face à la crise énergétique au sujet de laquelle j’intervenais le mois dernier. Pour rappel, on en est déjà pour 2022 à + 596 420€ pour le gaz dans les écoles de la ville par rapport à ce qui avait été budgétisé. Je vous répète qu’il va falloir monter des dossiers pour obtenir des aides de soutien complémentaire (25 millions en 2023), de majoration des dotations habituelles (30% quand même), de provision transversales (40 millions en 2023) et aussi pour intégrer des marchés communs (circulaire 8746 du 30/096/22), bref des aides déjà annoncées par la ministre Désir. Il va falloir être au taquet pour ne pas laisser filer ces possibilités de financement. Les 5 338 712 millions reçus du plan de relance et de résilience européen sont à mettre en œuvre avant fin 2026, sera-t-on dans les délais ?


Je pense qu’on mesure aujourd’hui les dégâts causés par un désinvestissement financier progressif du CEFA, mais je m’étonne tout de même des chiffres avancés, - 10%. Alors qu’il y avait déjà eu une chute de 15% en 2020. Comment l’expliquez-vous ?

 

1 : Tout d’abord, le passage à la quadrimestrialisation a allongé considérablement les sessions d’examens, au détriment des temps d’apprentissage à l’école et sur le terrain, ce qui est plutôt paradoxal. A cette quadrimestrialisation est venu s’ajouter le remplacement du système traditionnel de cours par un système à deux niveaux plus complexe : les cours sont devenus des activités d’apprentissage, elles-mêmes regroupées en unités d’enseignement, valorisables en "crédits" que l’étudiant doit valider et capitaliser. https://www.lalibre.be/debats/opinions/2016/11/09/il-faut-retoucher-le-paysage-du-superieur-DKYXBF4QKJFL5PDHKFBUVCS3HA/