Logements, assurances, déchets, bénévoles... L'intervention du PTB au conseil communal extraordinaire sur la gestion de la crise des inondations à Liège

Suite à la demande du PTB, un conseil communal extraordinaire a été organisé ce vendredi 20 août à Liège. C'était plus que nécessaire pour discuter publiquement de la gestion de la crise des inondations. Plusieurs questions se posent. Voici l'intervention de Sophie Lecron, cheffe de groupe PTB, lors de ce conseil. 

Interpellation

D’abord je suis soulagée que nous puissions avoir ce débat en public, et que vous ayez entendu notre demande d'organiser ce conseil communal extraordinaire.

Je veux commencer au nom du groupe PTB par adresser tout notre soutien aux personnes qui ont été sinistrées par les inondations. Tous ces hommes, toutes ces femmes, tous ces enfants ont traversé des moments très difficiles et pour la très grande majorité d’entre eux, ce n’est pas encore terminé. Des inondations pareilles, nous n’avons jamais connu ça à Liège, les liégeoises et les liégeois ont tous été touchés au cœur, nous connaissons tous des amis, de la famille, des connaissances ou collègues qui ont été sinistrés.

Voir son logement se remplir d’eau et de boue sous ses yeux, et ne pouvoir rien faire pour l'empêcher, est terrible. Avoir peur pour soi-même ou ses proches sans savoir comment ça va se finir l'est encore plus. Et puis devoir jeter le fruit d’une vie, tous ses objets, meubles, et souvenirs à la poubelle... c’est évidemment traumatisant.

Et c’est dans ces moments difficiles que nous avons vu surgir une magnifique solidarité pour aider les victimes de ces inondations. 

La solidarité entre voisins pour vider les caves et rez-de-chaussée. Pour s’apporter mutuellement à manger, à boire. Des jeunes de Bressoux sont aussi venus aider les habitants d’Angleur. 

Sans parler de la solidarité nationale. Des groupes de bénévoles sont arrivés du Limbourg, de Namur, La Louvière, Bruxelles, Anvers, Gand, Leuven, Malines… Des pompiers anversois sont venus renforcer les pompiers de Liège. Une immense solidarité dans tout le pays, et qui est venue et continue de venir de partout. Nous avons été et sommes tous ensemble dans ces moments difficiles, c’est ça la force des Belges, we are one, we zijn één, nous sommes un.

Au nom de mon groupe aussi, je dis un énorme merci à tous ces bénévoles qui ont été là dès les premières heures. 

Je dis un énorme merci à tous les travailleurs et travailleuses de la ville ou du cpas, à tous les travailleurs et travailleuses qui se sont donnés d’arrache-pied pour aider à traverser cette crise. 

L’homme n’est pas un loup pour l’homme, cette crise vient encore de nous le démontrer, mais est capable du meilleur et du plus magnifique.



Nous sommes maintenant cinq semaines après les inondations. Les personnes sinistrées et les bénévoles qui les ont aidé ont encore une série d’interrogations que je veux relayer. 

D’abord pour ce qui concerne le logement. 

Quels sont les chiffres ? Combien de personnes sont actuellement relogées ? Combien de familles vont devoir maintenant être relogées parce que les assurances cessent de payer les hôtels ? 

Je vous lis le témoignage de JF à Angleur cette semaine. 

JF est sinistré, il est toujours sans électricité, sans chauffage et sans eau chaude. Il doit se rendre tous les 4j au lavoir parce qu’il n’a plus que 4 chemises professionnelles. Il n’a pas mangé un vrai repas depuis le 15 juillet. 

Il était logé dans un hôtel aux Guillemins, mais il n’avait pas accès au déjeuner puisqu’il commence à travailler entre 3h et 6h du matin. C’est ça la réalité de beaucoup de travailleurs à Angleur.

Cette semaine son assurance a appelé l'hôtel pour leur annoncer la fin de sa prise en charge : il avait atteint le MAXIMUM POUR UN LOCATAIRE : 21 jours ouvrables... Il n’a même pas été prévenu. 

Avec cette nouvelle, JF doit rentrer chez lui dans des conditions terribles. Ni eau chaude, ni électricité, ni chauffage. C’est inimaginable.

Est-ce que vous pouvez me dire combien d’autres personnes sont dans le cas de JF ? Et comment est-ce que vous allez aider toutes ces personnes qui se retrouvent face à des mastodontes, avant qu’elles soient dans la détresse ?

Nous savons qu’il existe à Liège des milliers de logements privés VIDES. Beaucoup d’entre-eux se trouvent au-dessus de grosses multinationales ou dans des galeries commerçantes. Il y a de nombreuses familles dans le besoin et on doit trouver une solution en urgence. Nous proposons de faire passer ces logements vides sous gestion publique. La ville a le droit d’utiliser ces logements pour aider les victimes, et de le faire sous la contrainte pour les gros propriétaires qui s’y opposeraient. 

En plus de ces logements privés, il y a dans l’arrondissement de Liège 823 logements sociaux vides et habitables dès aujourd’hui. Vous nous avez annoncé avoir déjà réquisitionné les 151 qui se trouvent sur la commune de Liège. Combien d’entre eux ont déjà été attribués ? Y a-t-il au moment où on parle des familles qui ont pu emménager ? 

Il y a 23 autres communes dans l’arrondissement et des centaines d’autres logements, qui pourraient servir à des centaines de familles. Monsieur Demeyer, c’est vous qui présidez la conférence des bourgmestres de l’arrondissement. Comment allez-vous utiliser ce levier pour rendre ces logements disponibles ?

Je voulais aussi revenir sur votre sortie presse où vous plaidez pour construire 4.500 logements publics. Je vous avoue être très contente de voir que notre programme fait des petits et vous inspire et que vous voulez maintenant augmenter le parc de logement public à 15-20%. Ce qui est positif aussi c’est qu’on peut aller chercher cet argent dans les organismes publics Ogeo fund ou Publipart qui gèrent ensemble plus d’1 milliards d’€ d’actifs pour l’instant investis dans l’immobilier de luxe et la bourse. C’est vraiment bien, vous y êtes presque...

Parce que vous parlez d’aller chercher cet argent dans la vente future de Voo. Mais 1) ce n’est pas encore fait, et 2) malgré la faillite totale des services publics dans cette crise, vous voulez vraiment persister dans cette voie de privatiser un outil public efficace comme Voo ? C’est pas possible ça, des bilans doivent être tirés des conséquences des choix politiques responsables de cette faillite qui nous saute aujourd’hui au visage.



Un autre problème important pour les habitations d’Angleur c’est la question de l’humidité dans les maisons et les caves. 

D’abord tout le monde n’a pas de déshumidificateur et c’est difficile d’en trouver, c’est une vraie injustice sociale. On laisse les habitants seuls pour trouver un déshumidificateur. Et beaucoup ne savent pas comment faire, combien de temps cela prend, à partir de quand ils vont pouvoir repeindre ou re-plafonner… 

En plus de ça, comme les caves communiquent entre elles, c’est presque contre-productif de déshumidifier si son voisin ne sait pas le faire en même temps. Des habitants d’Angleur racontent cette semaine : Le taux d'humidité dans la cave est de 95 %. Au rez-de-chaussée où on n’a eu “que” 30cm d’eau, le taux d’humidité est encore de 87%. Pourtant ça fait plus de 3 semaines qu’on a un déshumidificateur qui tourne non-stop et absorbe jusqu’à 30L/jour.

Je lis sur internet qu’en théorie, un mur de 15cm d’épaisseur sèche en 6 mois (!), un mur de 30cm en 1 an. On ne peut pas laisser les habitants seuls face à ce problème. 

Comment allez-vous trouver une solution à ce problème qui va durer ? 

Nous proposons que la ville prenne en mains la coordination de la déshumidification. Ca veut dire augmenter l’efficacité, en déshumidifiant plusieurs maisons voire une rue d’un coup. Et ça veut dire retirer aux habitants ce poids et le coût qu’il peut entraîner. 

 

Après le logement, c’est la question des assurances est très problématique. 

Vous avez entendu le témoignage de JF qui a été mis à la porte de l'hôtel parce que son assurance cessait de l’aider. C’est scandaleux que des grosses boîtes d’assurance comme AXA qui font des milliards de bénéfices laissent des gens comme JF et des tas d’autres dans la misère. Ils sont encore très nombreux à attendre une réponse des assurances pour pouvoir finir de vider les maisons, enlever le carrelage ou les revêtements de sol là où c’est nécessaire. “Je sais que je vais devoir jeter toute ma cuisine et casser mon carrelage au mur. Mais je ne peux pas le faire maintenant parce que j’attends de savoir si l’assurance veut encore passer pour ça. En attendant je ne peux pas vider, je ne peux pas nettoyer et acheter de nouveaux meubles. Bref je ne peux pas avancer”, raconte une habitante.

Une équipe d’aide juridique a été mise sur pieds et c’est magnifique. Mais beaucoup ne savent pas se déplacer. Ne serait-ce pas une bonne idée d'organiser des équipes tournantes dans les quartiers, comme l’ont fait les équipes psy ? 

Comment allez-vous faire pour soutenir et aider concrètement toutes ces personnes qui se retrouvent seules face aux mastodontes que sont les assurances ? 

 

La troisième interrogation, c’est l’évacuation des déchets qui restent dans les maisons et sur les trottoirs. Depuis mi-août les habitants doivent téléphoner à un numéro pour demander qu'on vienne ramasser leurs déchets. "Je dois téléphoner pour faire ma demande, mais je ne sais pas quand ils vont venir les chercher. En attendant j’ai encore des tas de choses à jeter, qui prennent de la place à l’intérieur et que je veux pouvoir évacuer pour passer à autre chose.” Comment l’évacuation est-elle organisée ? Allez-vous communiquer mieux et à chaque habitant la manière dont vous allez gérer les déchets ?



Enfin je voulais revenir sur la manière dont la ville a géré les bénévoles. 

Dès les premiers jours qui ont suivi les inondations, plusieurs centres d’aide se sont mis sur pied. Ils se sont construits uniquement avec la force et la motivation des bénévoles qui ont fait un travail incroyable, rapide, efficace et je dirais plus qu’utile, vital pour les personnes sinistrées.

Je pense entre autres au centre Liège Atlas avec des centaines de bénévoles qui ont accueilli des familles et les ont logées à Saint-Léonard. A Jupille, ils ont préparé des milliers de repas chaque jour. C’est admirable. 

Je pense aussi au centre de la caserne Fonck dont les dizaines de bénévoles allaient chaque jour auprès des personnes sinistrées leur apporter vêtement et nourriture… Ils accueillaient aussi des dizaines de personnes venues au centre chercher des dons. 

Je pense encore au centre royal football club liégeois où je suis encore allée ce matin et qui se démène toujours avec beaucoup de familles venues chercher des électroménagers, de la vaisselle et bien d’autres choses.

Ces centres ont été capables, sans l’aide des autorités, de préparer des milliers de repas, de loger des dizaines de familles, de faire des colis alimentaires, de distribuer des vêtements... 

Ces bénévoles dans les centres ont été capables de réagir très vite, de s’organiser et de porter ce que les structures officielles auraient dû faire. 

Le problème c’est qu’ils vous ont appelé à l’aide. Ils ont demandé des locaux, du carburant. Des défraiements. C’était plus que normal. Mais pendant ces 4 premières semaines la ville n’a pas répondu présente. 

En fait elle n’a pas répondu tout court. 

Comment pouvez-vous expliquer ça ? Comment est-ce que c’est possible qu’ils aient reçu si peu d’aide ? Où étiez-vous ? Y avait-il un pilote à bord ? 

 

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Les réponses de la majorité

 

1. COMMENT RÉSOUDRE LES NOMBREUX PROBLÈMES LIÉS AU LOGEMENT ?

- Nous avons d’abord demandé combien de personnes doivent encore être relogées ou vont l’être dans les jours et semaines à venir. Comme JF qui vient d’être mis à la porte de l’hôtel par son assurance qui cessait de le prendre en charge. Nous n’avons pas obtenu de réponse.

- Comme piste, nous avons proposé la réquisition de tous les logements publics vides et habitables sur le territoire communal. Sur ces 127 logements, seuls 13 ont été attribués. Il reste donc 90 % de logements vides à l’heure actuelle. Il faut VRAIMENT accélérer.

- Pour les autres logements publics vides de l’arrondissement (environ 700), les choses ont avancé depuis la semaine dernière. Ils vont maintenant être rendus disponibles et c’est une bonne nouvelle.

- Concernant la réquisition de logements privés vides, pas beaucoup d’avancée. « Nous préparons un plan » a répondu madame Yerna. Ca fait 8 ans que nous le proposons au conseil communal. Ca fait 8 ans que ce plan devrait être en préparation.

- Nous avons aussi suggéré, en attendant, la mise sous gestion publique des logements vides. L’Agence Immobilière Sociale (AIS) va proposer aux propriétaires de logements inoccupés une reprise publique (de 2 ans minimum au lieu de 6) avec possibilité d’un prêt de la Région wallonne pour remettre en état si nécessaire. C’est un pas dans la bonne direction et il faut maintenant concrétiser. La question subsiste pour les gros propriétaires qui sont parfois des multinationales : vont-ils également bénéficier des subsides ? Et si ceux-ci refusent, vont-ils être contraints ?

- Les propriétaires qui accepteraient la collaboration avec l’AIS pourraient bénéficier d’un subside de 15 000 € et d’un prêt de 15 000€ à 0 % de la Région wallonne.

- Via un prêt à la Région wallonne, l’AIS prévoit aussi d’aider les propriétaires des maisons sinistrées à remettre leur maison en ordre.

- Concernant l’annonce de constructions de 4500 logements publics par monsieur Demeyer, nous l’encourageons très vivement bien entendu puisque nous le proposons depuis des années. Le financement pourrait être totalement PUBLIC, via des organes comme Oego fund qui ferait mieux d’investir là plutôt que dans l’immobilier de luxe. On ne peut pas financer ces logements sur le dos de la privatisation de Voo. Il faut tirer les leçons des échecs des politiques de privatisations. Madame Fernandez Fernandez a annoncé l’arrivée prochaine d’un plan d’investissement d’Ogeo fund. Qu’il soit ambitieux !

 

2. DÉSHUMIDIFICATEURS

- Le chaos règne actuellement. Beaucoup d’habitants se retrouvent sans déshumidificateurs. C’est un problème de justice sociale. Mais déshumidifier les maisons une à une est beaucoup moins efficace lorsque les caves communiquent entre elles. Nous avons proposé que la ville prenne en mains la coordination de la déshumidification.

- Bonne nouvelle : la ville va réquisitionner 500 déshumidificateurs. La majorité compte fournir ces déshumidificateurs à ceux d’entre vous qui en feront la demande. C’est une très bonne chose pour la justice sociale. Il faut encore trouver une solution pour l’efficacité, comment avancer rue par rue et non maison par maison.

 

3. QUELLES AIDES CONTRE LES MASTODONTES QUE SONT LES ASSURANCES ?

- On a reçu beaucoup de vos témoignages de détresse face aux assurances qui sont sans scrupule. La ville doit vous défendre. Il y a déjà des équipes de juristes qui travaillent d’arrache-pied dans les centres fixes. Malheureusement nombreux sont ceux d’entre-vous qui ne savez pas vous déplacer ou n’avez pas (plus) internet. Madame Fraipont a accepté de travailler à mettre maintenant sur pied des équipes mobiles pour aller au porte-à-porte. C’est aussi une bonne nouvelle.

 

4. COMMENT LA VILLE ÉVACUE-T-ELLE LES DÉCHETS ?

- Depuis quelques jours, la ville ne passe plus régulièrement. Vous devez téléphoner pour demander qu’on vienne ramasser les déchets. Sans forcément qu’on vous dise quand on viendra les ramasser. Mais l’échevin Forêt a répété que vous pouviez rappeler si vous aviez besoin de plus d’infos, et que « le but est clairement de limiter au maximum que les déchets restent dehors ».

 

5. COMMENT EST-IL POSSIBLE QUE PENDANT 4 SEMAINES, LA VILLE N’A PAS RÉPONDU AUX APPELS À L’AIDE DES CENTRES DE BÉNÉVOLES ?

- Là-dessus nous n’avons obtenu aucune réponse…