Logements, assurances, déchets, bénévoles... Les questions et les pistes du PTB sur la gestion de la crise des inondations à Liège

A Liège, les inondations de juillet ont été un drame pour les habitants d’Angleur et Chênée en particulier, ainsi que pour leurs proches. La crise est loin d’être terminée et beaucoup de problèmes sont loin d’être résolus. Logement, humidité, assurances, déchets, bénévoles... Lors du conseil communal extraordinaire convoqué à la demande du PTB ce vendredi 20 août, Sophie Lecron a relayé les questions de nombreux habitants et proposé des pistes de solution.

 

Les problèmes liés au logement

 

Prendre en mains sérieusement le problème de l'humidité 

L’humidité dans les logements touchés est l’un des problèmes les plus larges puisqu’il concerne tous les bâtiments touchés par les eaux.

Actuellement, le chaos règne. Beaucoup d’habitants se retrouvent sans déshumidificateurs et rares sont ceux qui ont pu s’en procurer. Se pose un problème de justice sociale mais aussi d’efficacité. En effet, laisser les habitants déshumidifier seuls, cela veut dire déshumidifier les maisons une à une, est c’est contre-productif quand les murs et les caves communiquent entre eux. En théorie, un mur de 15 cm d’épaisseur sèche en 6 mois, et un mur de 30 cm en 1 an.

Une famille d’Angleur explique : « Le taux d'humidité dans la cave est de 95 %. Au rez-de-chaussée où on n’a eu “que” 30cm d’eau, le taux d’humidité est encore de 87%. Pourtant ça fait plus de 3 semaines qu’on a un déshumidificateur qui tourne non-stop et absorbe jusqu’à 30 L/jour. »

Jonathan, un autre habitant du quartier : « Si on pouvait faire tout les bâtiments en même temps avec des moyens professionnels, ça irait beaucoup plus vite ».

On ne peut pas laisser les habitants seuls face à ce problème. C’est le rôle des pouvoirs publics de trouver des solutions à des problèmes de cette ampleur. C’est un enjeu de justice sociale et de salubrité publique.

La ville pourrait prendre en mains la coordination de la déshumidification, comme nous l’avons proposé lors du conseil communal. Cela permettrait d’augmenter l’efficacité, en déshumidifiant plusieurs maisons ou une rue d’un coup, mais aussi retirer ce poids aux habitants ainsi que le coût qu’il peut entraîner. La ville a décidé d’acquérir 500 déshumidificateurs et c’est une très bonne nouvelle pour les habitants.

Il faut toutefois aussi prendre en main la coordination de la déshumidification pour en augmenter l’efficacité, sans quoi même ces 500 déshumidificateurs pourraient s’avérer peu utiles.

 

Il faut de nouvelles solutions pour reloger ceux qui en ont besoin

Nombreux sont les sinistrés qui ont dû être relogés en urgence. Ce sont 6 556 logements qui ont été touchés par ces inondations. Des centaines d’entre eux sont ravagés et complètement inhabitables actuellement.

Dans l’urgence, certains habitants ont été logés à l’hôtel, à l’internat Liège-Atlas, dans des auberges de jeunesse ou logements universitaires, ou encore chez des proches. Nombreux sont ceux qui sont restés chez eux malgré que les caves et rez-de-chaussée soient ravagés.

Avec la reprise des activités et la rentrée scolaire qui arrive, la plupart de ces logements ne sont maintenant plus disponibles. De plus, parmi les 126 personnes qui vivent à l’hôtel aux frais de leur assurance, beaucoup sont désormais contraints de rentrer chez eux.

C’est le cas de JF, qui est toujours sans électricité, sans chauffage et sans eau chaude. Il doit se rendre tous les 4 jours au lavoir parce qu’il n’a plus que 4 chemises professionnelles. Il n’a pas mangé un vrai repas depuis le 15 juillet. Il était logé dans un hôtel aux Guillemins, mais il n’avait pas accès au déjeuner puisqu’il commence à travailler entre 3h et 6h du matin. Cette semaine, son assurance a appelé l'hôtel pour leur annoncer la fin de sa prise en charge : il avait atteint le MAXIMUM POUR UN LOCATAIRE : 21 jours ouvrables... Il n’a même pas été prévenu.

Avec cette nouvelle, JF doit rentrer chez lui dans des conditions terribles. Ni eau chaude, ni électricité, ni chauffage. C’est inadmissible. Et il n’est bien sûr pas le seul.



Réquisitionner les logements publics vides et habitables

En 2020, on comptait sur l’arrondissement de Liège 823 logements publics vides mais en état d’être habités. Tous ces logements encore habitables doivent maintenant être mis à disposition des familles sinistrées.

Suite à notre proposition, le bourgmestre de Liège Willy Demeyer (PS) a réquisitionné les 127 logements publics disponibles de la commune de Liège. Ce vendredi 20 août, 13 de ces logements seulement avaient été attribués à des familles dans le besoin. Il faut maintenant accélérer la réquisition effective des autres logements publics vides de l’arrondissement, ce qui n’est toujours pas le cas.



Réquisitionner les logements privés vides

En plus de ces logements publics, nous savons qu’il existe à Liège des milliers de logements privés vides. Beaucoup d’entre-eux se trouvent au-dessus d'enseignes de grosses multinationales ou dans des galeries commerçantes. Il y a de nombreuses familles dans le besoin et on doit trouver une solution en urgence. Nous proposons de faire passer ces logements vides sous gestion publique, un procédé plus rapide que la réquisition. La ville a le droit d’utiliser ces logements pour aider les victimes, et de le faire sous la contrainte pour les gros propriétaires qui s’y opposeraient.

Suite à notre proposition, la majorité liégeoise a annoncé une première avancée en ce sens lors du conseil communal extraordinaire de ce vendredi 20 août. L’Agence Immobilière Sociale Liégeoise (AIS) va en effet proposer aux propriétaires de logements inoccupés une reprise publique (via un contrat de 2 ans minimum au lieu de 6 ou 9 ans), avec possibilité d’un prêt de la Région wallonne pour les remettre en état si nécessaire. C’est un pas dans la bonne direction et il faut maintenant concrétiser.

Une question subsiste pour les gros propriétaires qui sont parfois des multinationales : vont-ils également bénéficier de subsides dont ils n’ont pas besoin ? Et si ceux-ci refusent, vont-ils être contraints ?

Plus largement, l’échevine du logement Maggy Yerna a annoncé travailler sur un plan de réquisition de ces logements vides. C’est une bonne nouvelle. Nous proposons cette mesure depuis des années. C’est maintenant le moment où jamais pour établir un cadastre de ces logements vides et pouvoir agir massivement.



Construire du logement public accessible

La question du logement public est aussi fondamentale. Le bourgmestre Willy Demeyer annonçait la semaine passée vouloir construire 4 500 nouveaux logements publics, pour atteindre les 15 à 20 % de logement public sur le sol liégeois. La concrétisation de cette proposition serait une bonne nouvelle pour tous les Liégeois puisqu’elle permettra non seulement de lutter contre l’augmentation générale des loyers suite à la baisse de l’offre de logement, mais aussi d’encadrer politiquement les loyers de ces logements publics.

Sophie Lecron, cheffe de groupe PTB, est revenue avec enthousiasme sur cette proposition lors du conseil communal vendredi 20 août : « Je vous avoue être très contente de voir que notre programme fait des petits et vous inspire. La construction massive de logement public est évidemment nécessaire pour lutter contre les prix du marché privé qui sont soumis à l’offre et la demande. Ce qui est positif, c’est qu’on peut aller chercher l’argent de la construction dans des organismes publics comme Ogeo fund ou Publipart, qui gèrent ensemble plus d’1 milliard deuros d’actifs. Cet argent est pour l’instant investi dans l’immobilier de luxe et la bourse. Vous serez d’accord qu’il sera bien mieux utilisé dans du logement public accessible. » Il faut maintenant concrétiser et prévoir un plan pour la construction de ces logements.

La majorité envisageait plutôt d’aller chercher 200 millions d'euros dans un prêt qui serait remboursé par la vente hypothétique de la société publique Voo. Entretemps, Damien Robert, président provincial du PTB et administrateur chez Enodia, a obtenu du conseil d'administration la garantie que ce prêt de 200 millions d’euros soit complètement indépendant de l’avenir de Voo. « Pour le PTB, Voo doit rester dans les mains du public et devenir une entreprise démocratique publique, au service des citoyens. Il ne faut donc pas la privatiser ni utiliser l’argent de cette privatisation pour prêter de l’argent pour aider les victimes des inondations. Enodia, avec sa filiale Nethys, est une société qui pèse plus de 3 milliards. Bien sûr qu’Enodia et Nethys peuvent trouver 200 millions d’euros à prêter. Même beaucoup plus. Mais il n’y a absolument pas besoin de privatiser pour ça. »

 



Comment la ville va-t-elle aider les Liégeois face aux assurances ?

Nous avons reçu beaucoup de témoignages de détresse face aux assurances qui sont sans scrupule. La ville doit aussi se positionner contre ces mastodontes et défendre ses citoyens.

Ce sont des problèmes très concrets qui se posent, comme celui de JF qui a été mis à la porte de l'hôtel parce que son assurance cessait de l’aider financièrement (cf. ci-dessus).

Ils sont aussi très nombreux à attendre une réponse des assurances pour pouvoir finir de vider les maisons, enlever le carrelage ou les revêtements de sol là où c’est nécessaire. Aurélie raconte : « Je sais que je vais devoir jeter toute ma cuisine et peut-être même casser mon carrelage au mur. Mais je ne peux pas le faire maintenant parce que j’attends de savoir si l’assurance veut encore envoyer un expert pour ça, ou si le dossier du contre-expert suffira. En attendant je ne peux pas vider, je ne peux pas nettoyer ni acheter de nouveaux meubles. Bref, je ne peux pas avancer”.

Et c’est sans compter que la plupart des victimes sont encore en attente de réponse quant à leur indemnisation. « Nous n'avons pas encore reçu le moindre euro. Mais bien entendu les hommes de métiers demandent de l'argent, au moins des acomptes pour entamer ou planifier les travaux. Bien entendu il faut louer des déshumidificateurs. Bien entendu il faut aborder la rentrée scolaire... et faire quelques achats pour vivre décemment » explique un Liégeois en détresse.

Nous avons appris il y a quelques jours que l’accord signé entre le ministre Elio Di Rupo (PS) et le secteur des assurances prévoit que celles-ci paieront 590 millions € sur des dégâts estimés entre 1,3 et 1,7 milliard. Et ce alors que les grands groupes du secteur ont fait 15 milliards d’euros de bénéfices ces 10 dernières années, et en annoncent de nouveaux pour 2021. « Les assurances sont elles-mêmes réassurées pour ce genre de catastrophes, explique Raoul Hedeouw. Elles ont donc largement les moyens de couvrir la totalité des dommages de leurs assurés. Sans aucun plafond. Les assurances ne se privent pas d'empocher 100 % des primes qu'elles demandent, il est normal qu'elles indemnisent à 100 % leurs assurés. »

Nous ne pouvons pas admettre que ces grands groupes laissent ainsi les gens dans la détresse.

Des équipes mobiles d’aide psychologique circulent déjà dans les quartiers concernés. C’est un exemple positif et nous proposons de l’étendre à des équipes de juristes, voire d’assistants sociaux qui vont pouvoir aller trouver les nombreuses personnes qui ne savent pas se déplacer ou n’ont plus de réseau internet ou téléphonique.

Mais cela ne suffira pas. La ville doit prendre ce problème au sérieux et se placer du côté des victimes. Comment la majorité PS-MR prévoit-elle de défendre les citoyens face à ces gros groupes privés et sans scrupule ?



Évacuation des déchets

Pendant des semaines, les ouvriers de la ville et de certaines petites entreprises se sont démenés pour vider les trottoir où il n’était même plus possible de marcher. Depuis mi-août, les habitants doivent téléphoner à un numéro pour demander qu'on vienne ramasser leurs déchets. La ville n’organise plus de ramassage systématique.

« Je dois téléphoner pour faire ma demande, mais je ne sais pas quand ils vont venir les chercher. En attendant j’ai encore des tas de choses à jeter, qui prennent de la place à l’intérieur et que je veux pouvoir évacuer pour passer à autre chose. » Et ce problème ne va pas s’améliorer de si tôt.

Il faut prévoir l'évacuation des déchets sur du long terme : tant que les dossiers d’assurance sont en cours et que les experts ne sont pas passés, il reste encore des meubles (notamment) dans les maisons, qui vont progressivement sortir sur les trottoirs et devoir être évacués. Les travaux de remise en état vont aussi commencer et générer à leur tour des déchets. Il n’y a pas de plan actuellement pour aider les habitants à évacuer tout cela.



L'absence d'aide aux bénévoles en juillet

Dès les premiers jours qui ont suivi les inondations, plusieurs centres d’aide se sont mis sur pied. Et ce uniquement avec la force et la motivation des bénévoles qui ont fait un travail incroyable, rapide, efficace et vital pour les personnes sinistrées – d’autant plus vu la lenteur de réaction des pouvoirs publics.

C’est le cas du centre Liège-Atlas, à Saint-Léonard où des centaines de bénévoles ont accueilli, voire logé des familles, mais aussi à Jupille, où ils ont préparé des milliers de repas chaque jour.

C’est le cas au centre de la caserne Fonck, dont les dizaines de bénévoles accueillaient ou se déplaçaient chaque jour auprès des personnes sinistrées pour leur apporter vêtements et nourriture.

C’est aussi le cas au centre du Royal Football Club Liégeois qui continue de se démener pour aider les nombreuses familles venues chercher des électroménagers, de la vaisselle et bien d’autres choses.

Ces centres ont été capables, sans l’aide des autorités, de préparer des milliers de repas, de loger des dizaines de familles, de faire des colis alimentaires, de distribuer des vêtements... C’est admirable. Ces bénévoles dans les centres ont été capables de réagir très vite, de s’organiser et de porter ce que les structures officielles auraient dû faire.

Le problème c’est qu’ils ont appelé la ville à l’aide. Plusieurs fois. Ils ont demandé des locaux, du carburant, des défraiements… Mais pendant les 4 premières semaines de la crise, la ville n’a pas répondu présent. En fait elle n’a pas répondu du tout.

« Comment pouvez-vous expliquer ça ? Comment est-ce que c’est possible qu’ils aient reçu si peu d’aide ? Où étiez-vous ? Y avait-il un pilote à bord ? », a demandé Sophie Lecron lors du conseil communal. Aucune réponse concrète n’a été donnée par la majorité.