Mi-mandat : un premier bilan de la politique de la majorité PS-MR à Liège

Lors du dernier conseil communal de Liège, la majorité PS-MR s'est auto-évaluée quant à son « Plan Stratégique Transversal » (PST) défini en 2019. Étant désormais à la moitié de la mandature (2019-2024), ces discussions sont l'occasion d'un premier bilan de la politique de la majorité PS-MR. Retrouvez l'analyse de Sophie Lecron, cheffe de groupe PTB. 

L'auto-évaluation de son plan : un joli tour de passe-passe

Ce 28 septembre, le collège PS-MR présente une auto-évaluation de son « Plan Stratégique Transversal » (PST) défini en 2019. Pour ce premier bilan, le collège a choisi de se mentir à lui-même, et d’aller reprendre tout ce qui, un jour, a figuré dans un des nombreux plans de la ville de Liège et qui pourrait, avec beaucoup d’imagination, être considéré comme « terminé » ou « en cours » alors que rien n’a commencé (ex. les 2 millions € consacrés à l’achat de rdc commerciaux, dont les travaux ne commenceront pas avant 2025… soit après la fin de cette législature).

Ce plan avait été présenté en 2019. Nous soulignions déjà à l’époque le manque de critères d'évaluation du plan, ce qui était pourtant une exigence du SPW. Monsieur Peterkenne, encore directeur Stratégie et Développement de la ville de Liège, nous avait même répondu qu'il voulait éviter d'être « bureaucratique »... Au nom de cet anti bureaucratisme, pas d'affectation de personnel ni de budget. Bref, ce PST s’est avéré être dès le début un catalogue de bonnes intentions, comme souvent.
Et même avec ces tours de passe-passe, vous arrivez à 11 % d’actions non réalisées, 51 % d’actions en cours et… seulement 38% des actions réalisées. A mi-mandat.

 

Manque de démocratie

L'absence de débats réels devient une habitude dans le conseil communal liégeois. Dernier exemple en date : le plan pour une Politique Intégrée de la Ville (PIV), qui n’a suscité aucun débat. Ce plan qui découlait d’une enveloppe de 50 millions € de la région wallonne était évidemment d’une importance capitale pour les Liégeoises et les Liégeois : dans quoi allions-nous investir cet argent ? Ce débat démocratique aurait été la moindre des choses. Pourtant, ce plan totalement ficelé a été présenté au conseil communal en septembre sans qu’une ligne ne puisse en être modifiée. L’ensemble des conseillers n’ont plus eu qu’à prendre acte. C’est loin d’être le reflet d’une politique démocratique et participative. Ceci est d'ailleurs illustré dans les actions proposées. Dommage que le budget réellement participatif ne soit pas plus substantiel, discuté au plus près des quartiers. Car actuellement, c’est une coquille vide.

 

Un véritable Plan de marchandisation de la ville

Evidemment, il y a des points positifs dans ce plan. Par exemple, comme nous le proposions, la prise en charge par le CPAS des 2 mois de caution locative, la concrétisation de notre proposition d’installation de mini-capteurs de particules fines dans les quartiers, la réquisition de logements inoccupés, ou un deuxième refuge d’accueil pour les personnes LGBTQIA+. Mais aussi des mesures pour faciliter l’utilisation des vélos (25 box, un grand parking fermé – encore à concrétiser ceci dit –, des arceaux vélo et du stationnement prévu dans une quarantaine d'école…).

Mais malheureusement aussi, on ne peut que regretter les actions antisociales de ce plan. En particulier, l’augmentation du prix de stationnement à Liège, malgré l’absence totale d’alternative structurelle (parking de délestage avec navette gratuite, gratuité et renforcement de l’offre de transports en commun).

Dans les actions encore à réaliser, on ne peut que regretter que n’aient pas encore été réalisés l’élargissement des services, des horaires et de l’emploi dans les mairies de nos quartiers. Avec toutes les difficultés que traversent les Liégeois-es, cela s’avère plus que nécessaire.

Un méga-projet qui en dit long sur la vision de la ville assumée par le PS et le MR liégeois : l'écoquartier de Coronmeuse, en cours de réalisation. « Tout pour les promoteurs immobiliers, rien pour les logements publics ». Telle est la logique. Ces promoteurs viennent s'approprier nos espaces publics pour faire le plus de profit possible. Les autorités communales se mettent à plat ventre, quand elles se contentent de saluer la construction des 1350 logements de standing et haut standing construit – alors qu’il n’y aura pas un seul logement social ni même public imposé. Pourtant, la majorité en a totalement le pouvoir ! Mais elle préfère se targuer ici d’attirer les travailleurs avec de gros salaires.

Les conséquences négatives ? La destruction partielle d’un espace vert, l’augmentation de l’offre de logement privé (et donc la diminution de la proportion de public), et la pression à la hausse sur le marché du logement. Ce projet ne résout rien. Et ce, malgré la volonté affichée de monsieur Demeyer de « lutter contre la gentrification » [transformation voire destruction d’un quartier populaire par l’arrivée des classes les plus aisées]. Volonté affichée, loin d’être concrétisée.
Pourtant, nous avons besoin d’une tout autre vision du logement, et de l'investissement public en général. Avec une vraie priorité pour les politiques sociales et environnementales.

Car non, ce plan ne permettra absolument pas de devenir une ville sans SDF, ni une ville où on ne fait plus la file pour un logement public, ou encore une ville où les loyers sont contrôlés. On ne trouve dans cette auto-évaluation aucun mot sur ce quota qui ne va qu’empirer : nous sommes à 6% voire 7% de logements publics, un des pires résultats en Wallonie. Dans la presse monsieur Demeyer fait des effets d’annonce pour 4500 logements publics, dans ses actes il ne prend même pas acte du problème actuel. Cette vision doit être dépassée.

Ce Plan Stratégique Transversal témoigne à nouveau du manque total d’ambition de la majorité pour faire de l'investissement public un outil de résolution des problèmes des Liégeoises et des Liégeois.

Nous avons besoin d’une autre vision de la ville, d’une autre politique de la ville et nous allons continuer à nous battre pour la faire appliquer.