Préservons les potagers et pâtures du Thier-à-Liège

Les locataires de 67 parcelles de terrain louées par la Régie foncière au Thier-à-Liège viennent de recevoir une très mauvaise nouvelle : leur contrat de location a été rompu de manière unilatérale par la Ville de Liège. La colère vit dans le quartier. Le conseiller communal Antonio Gomez Garcia a envoyé une question écrite urgente au collège PS-MR. La voici.  

Suite à une décision du collège du 4 juin dernier (notifiée seulement fin juin aux concernés), les locataires des 67 parcelles de terrain loués par la Régie foncière ont reçu de manière unilatérale l’annonce d’une rupture de contrat avec un préavis de 3 mois.

Au-delà du choix du timing, à la veille de congés pour beaucoup, cette décision a suscité colère et inquiétude dans le quartier. Ces potagers et pâtures sont en effet un lieu de culture, de plaisir et de détente mais aussi de lien social essentiel dans le quartier. S’ajoute le caractère vert du Thier-à-Liège apprécié par tous les habitants qui y trouvent de beaux chemins de balades pour petits et grands.

La raison invoquée est donc une analyse de sol qui a été présentée aux habitants lors d’une visio-conférence d’une heure le lundi 4 juillet. Cette présentation n’a pas convaincu à plusieurs égards. Tout en souhaitant une pratique potagère saine qui préserve la santé des gens et en comprenant la responsabilité qui incombe au propriétaire, je me pose plusieurs questions :

  • 15 parcelles sont dans le rouge pour une pratique potagère sur les 45 analysées. Pourquoi dès lors envoyer un renom aux 67 parcelles ? C’est ce que révèle l’analyse de « SBS Environnement ». Le seuil officiel, basé sur le décret sols de la Région Wallonne, indique pour le plomb une valeur de 200 mg/kg de masse sèche pour une pratique agricole mais la ville – invoquant le principe de précaution – a utilisé un seuil de 100 mg/kg m.s. pour mettre dans le rouge l’ensemble des parcelles et justifier l’envoi généralisé d’un renom. N’est-ce pas une pratique abusive du principe de précaution ? A tout le moins qui ne peut se justifier légalement pour les parcelles en-dessous du seuil légal de 200 mg/kg m.s. pour le plomb.
  • En considérant cette pollution aux métaux lourds, pourquoi la régie foncière n’a-t-elle pas concerté les locataires avant de leur envoyer les renoms ? Aujourd’hui, ils reçoivent un préavis de trois mois en pleine période de vacances. C’est irresponsable.
  • Des solutions alternatives, promues notamment par l’initiative wallonne SaniSol et ses partenaires liégeois, existent. Que ce soit la promotion de cultures potagères spécifiques en sols pollués – comme les légumes-fruits – ou des cultures potagères hors-sols, il y a des possibilités pour les locataires actuels de s’adapter tout en préservant leur santé comme le plaisir de jardiner. Pourquoi la régie ne fait pas confiance aux locataires actuels et n’entre pas en dialogue avec eux pour de nouvelles solutions sans la menace d’une expulsion ?
  • Enfin, la volonté de « remise » à zéro des potagers et pâtures du Thier-à-Liège fait craindre à beaucoup d’habitants la possibilité d’urbanisation de ce poumon vert du quartier, notamment après la construction en cours de la maison de repos. La ville peut-elle s’engager à moyen et long terme quant au maintien de cet espace vert dans le quartier ? En particulier, peut-elle en faire la mention dans les futurs baux de location ?


Antonio Gomez Garcia
Conseiller communal PTB