Province de Liège : le PTB défend des services qui valorisent le personnel et servent la démocratie culturelle

A l'occasion de la session budgétaire, le conseiller provincial PTB Luc Navet est intervenu pour défendre un département 'Culture' qui valorise ses travailleurs, qui augmente les subsides aux institutions et associations culturelles et qui ne fait pas appel à des expertises coûteuses. Voici le texte complet de son intervention.

Intervention de Luc Navet au conseil provincial du 21/10/2019

Monsieur le Président, Madame la directrice générale, Chers-es collègues,

Un budget n’est pas qu’un alignement de chiffres, vous le savez, il est la mise en œuvre d’une vision politique du service public provincial. En termes de politique culturelle, j’aimerais formuler quelques critiques ainsi que quelques propositions.

Alors que le vendredi 29 novembre 2019 une journée sera organisée à la cité miroir à la mémoire de Marcel Hicter intitulé : « Marcel Hicter retour vers le futur », il semble que les fondamentaux que Marcel Hicter a énoncés en matière de culture soient passés aux oubliettes de l’histoire.

Déjà dans les années septante ce penseur de la culture avait certes rompu avec la notion de Beaux-arts, mais surtout prônera la pratique culturelle dans son versus anthropologique avec le rôle critique que toutes pratiques culturelles se doit d’exercer. Bien entendu, il avait comme Bourdieu relevé que les classes sociales que génèrent l’économie libérale, exclue, oppose et crée une compétition âpre à l’instar d’un vautour affamé prêt à tout pour prendre le meilleur morceau. Pour Marcel Hicter il était impératif que le projet culturel soit partagé avec les habitants d’un territoire, sans cela la culture était reléguée comme un simple objet de consommation. Ce penseur de la culture dans les années 70 avait vu le danger des politiques culturelles qui parce que désincarné et coupé d’une majorité de la population pouvaient n’avoir qu’un impact marginal sur la société. Il refusait ainsi qu’une élite culturelle pense à la place d’une population exclue de toute relation avec le monde de l’art. La question peut être posée à l’égard de la médiation de l’art qui ne se pratique que pour le public acquit créant un effet pervers d’un renforcement de la connaissance de code auprès d’une minorité ayant accès à la quintessence de la création contemporaine.  

Comment transformer la formule de la fédération Wallonie Bruxelles « la culture pour tous » – « en la culture avec tous » ? Dans cette logique, l’éducation permanente reste d’actualité, les centres culturels, les bibliothèques, les centres de jeunes et les CEC en sont porteurs.

A la lecture du budget provincial 2019, on ne peut que regretter que les subsides aux institutions et associations culturelles ne soient pas indexés. Pratiquement, aucun montant dans les dépenses de transfert consacrées à la culture ou aux arts n’a subi d’augmentation significative. Plusieurs institutions et associations culturelles sont pourtant confrontées à des difficultés financières avec parfois des menaces qui pèsent sur l’emploi.    

Tous ces opérateurs sont confrontés désormais à tenter le lourd processus des appels à projets qui leur permet dans le meilleur des cas d’équilibrer leurs budgets. Et la province ne fait pas exception dans ce domaine. La méthode de l’appel à projet est une mise en compétition d’opérateurs et est énergivore et excluante ; elle s’oppose aux valeurs de solidarité et d’entraide, valeurs que nous partageons au PTB. 

Enfin, j’aimerais que l’on m’explique ce qui se cache derrière cette phrase de la déclaration de politique générale page 6 à propos du château de Jehay : « Le projet scientifique et opérationnel sera défini par les responsables permettant de débuter le travail de muséographie. »

La question de l’expertise est souvent lourde sur le budget lorsque l’on a recours à l’extérieur, alors que l’expertise existe au sein même de notre service culture où des agents avec des qualifications universitaires recouvrent des compétences en histoire, histoire de l’art ou communication. Cette pratique qui consiste à considérer que les compétences ne seraient pas au sein de l’administration génère beaucoup de tensions et de frustrations légitimes auprès des travailleuses et travailleurs. Les travailleuses et travailleurs de nos services méritent une attention à l’égard de leurs qualifications et expériences acquises au sein de la Province. De surcroît, les tarifs des experts sont généralement prohibitifs avec parfois même, cerise sur le gâteau, une expérience de terrain plus que relative et une méconnaissance de la réalité de l’institution provinciale. 

Enfin, la pratique culturelle demande de créer une relation avec les habitants d’un quartier, d’une ville ou d’une commune, d’une région et d’un pays. L’enjeu est bien d’arrêter de penser pour l’autre, d’imaginer ce qui lui est bon, mais de coconstruire le projet : cela s’appelle : la démocratie culturelle.    

Marcel Hicter a mis en lumière l’importance de la construction du projet par les citoyens. C’est lui qui est à l’origine du concept de démocratisation de la culture. Le budget provincial 2020 ne montre aucune velléité d’investir dans ce sens. 

A titre d’exemple la triennale d’art public qui sera organisée en collaboration avec le musée en plein air du Sart-Tilman et la commission des arts de la région wallonne sera d’emblée confrontée avec le problème de l’absence de concertation avec la population. Je m’étonne que cette édition soit organisée à Liège au moment où la ville est devenue quasi impraticable à cause des travaux. L’état de la ville va forcément rebuter bon nombre de visiteurs. A titre d’exemple, n’est-il pas regrettable que l’on oublie d’inviter les agents compétents de l’administration aux réunions destinées à penser le projet et de réduire leurs expertises à la simple confection d’une liste d’artistes. Cet exemple peut être ressenti par les agents comme un manque de considération pour l’intelligence et la réflexion qu’ils peuvent apporter aux projets culturels. Cette pratique creuse un fossé entre le politique et l’administration, elle ne peut que rendre moins efficient un pouvoir public et dès lors la place de l’un et de l’autre devient floue.          

Le projet d’art public organise la mise en place d’œuvres dans l’espace commun, il est une responsabilité des pouvoirs publics, cependant il est impératif de préparer les habitants d’une ville, d’un quartier à l’arrivée d’une œuvre, sans cela, la rupture avec l’art actuel sera renforcée. Le travail de médiation commence avant la création de l’œuvre par la rencontre préalable entre les artistes et les habitants.

A ce sujet je vous invite à prendre connaissance des pratiques instituées par « les nouveaux commanditaires »

Enfin pour conclure sur le budget « Culture », le PTB souhaite formuler deux propositions concrètes. Partant du constat du peu de pratiques de transversalités et du cloisonnement entre les différents projets, le PTB prône la création d’une cellule transversale pour le service culture où des agents de secteurs différents pourraient se croiser et échanger leurs connaissances. 

Toujours pour donner du sens au travail de tous les agents, le PTB souhaite qu’un article budgétaire soit ouvert pour financer l’évaluation nécessaire de l’impact des actions culturelles sur les populations concernées. Car c’est avec ce type de mesures que l’on donne du sens au travail des agents. Ce processus pourrait davantage rapprocher l’institution provinciale du citoyen, ce qui est également un souhait du PTB.

Marcel Hicter, dans son texte de présentation des “Assises culturelles” (1977), indique qu’“il n’y a pas de culture extérieure à l’Homme, pas de matière culturelle à quoi il faut faire accéder le peuple, qu’il faut porter au peuple, que l’on puisse lui contreplaquer. La culture n’est ni la connaissance ni l’érudition ; la culture est une attitude, une volonté de dépassement personnel total, de son corps, de son cœur, de son esprit, en vue de comprendre sa situation dans le monde et d’infléchir son destin…

Merci pour votre écoute.

Luc Navet
Conseiller provincial PTB


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