Le tram incarnera-t-il le mythe de Sisyphe ? Ou sera-t-il légèrement moins pire la « Place St-Lambert du XXIe siècle » ?

Intervention de Sophie Lecron, cheffe de groupe PTB+, à l'Echevin Michel Firket en charge du dossier du tram lors du conseil communal du 25 avril 2016.

Mr l’Echevin, vous reprenez ici le même discours-nécessité du tram déjà depuis 3 ans : c’est le même discours que l'année passée et celui d'avant. Vous comblez le vide.

Quoi de neuf ? Rien du côté de la Région wallonne : ils repartent à zéro et ils recommencent. Nous nous attendions à ce que vous nous proposiez à la fin de votre discours de voter une 3ème motion dans ce conseil communal comme en janvier, suite au 3e refus.

Cela aurait été bien, en effet, Jean-Claude Marcourt, chef de groupe PS , avait mentionné lors du débat de cette 2e motion être ouvert à ma proposition d’un financement public du tram.

 

Depuis 2013, la Commission européenne, via son organisme Eurostat, donne un avis négatif sur le financement du tram de Liège, la méthode de financement étant d’après eux trop avantageuse pour le public et pas assez pour le privé. Depuis fin mars, le délai de l'offre est dépassé. Plus de 40 millions d'euros ont déjà été dépensés alors qu'aucun rail de tram n'a été posé. De plus, 1,6 millions € doit être versé par la Région wallonne comme indemnité à la société privée qui avait initialement été prévue pour remporter le marché du tram. C’est une catastrophe. Au lieu d'en tirer les conséquences, le gouvernement wallon s'apprête à reproduire la même erreur.

Que la Commission aille dans ce sens est maintenant une évidence, tout à fait assumée. Mais la Région peut et doit aller contre cet avis de la Commission. Elle doit prendre ses responsabilités en résistant à ces conséquences du vote du TSCG.

En fin de compte, il s'agit de courage politique, de réfléchir « out of the box ». L'opinion d'Eurostat est souvent présentée comme la seule option possible. Ce n'est clairement pas le cas. Il suffirait de suivre un autre avis et de faire un autre choix. Un choix courageux. Eurostat lui même conclut dans un communiqué qu’ « il est important de noter que le rôle d'Eurostat est strictement limité à pourvoir un avis sur l'inscription de ce projet dans les comptes, et que le choix de réaliser ou non le projet, est du chef des autorités appropriées ». Le gouvernement wallon pourrait choisir le camp du public, mais je suis amenée à consater qu’il préfère obéir au privé et aux règles absurdes de la Commission. Si le gouvernement décide de relancer un PPP (partenariat public-privé) pour financer le tram, il y a fort à parier que ce nouveau PPP proposé sera celui attendu par Eurostat et les règles ultralibérales de la Commission. Le montage financier permettra probablement au groupe privé bénéficiaire de tout rafler : le marché, le remboursement à des taux d’intérêts usuriers, l'entretien, l'exploitation avec la fréquence, les rentrées sur les tickets et la publicité. Bingo !

 

Avec le PTB, nous revenons encore et reviendrons jusqu’au bout sur la nécessité de passer à un financement public. La position du PTB a toujours été de soutenir un tram au service de la population liégeoise : un tram public, écologique, géré par les services publics, avec un financement public et orienté dans sa configuration vers l'ensemble de la population de l'agglomération liégeoise. Cela ne serait possible qu’avec un tram 100% public.

 

Revenons au financement, encore, proposé par la Région wallonne.

Il est évident que le tram va coûter beaucoup plus cher à rembourser que son coût réel. Cela s'explique par des taux d'intérêt largement supérieurs à ceux auxquels peuvent prétendre les pouvoirs publics pour se financer aujourd'hui. En somme, on assisterait, avec ce système de financement, à un vol manifeste et massif d'argent public vers le privé.

Cette décision scandaleuse va faire perdre encore plus d'argent public et rendre un énorme service (public) au privé. Pour une politique de gauche, on repassera … Je rappelle à l’Échevin que vous êtes, vous le Collège, bien représenté à la Région et pouvez largement influer dans ce sens. Du coté du PTB, on ne lâche rien et on continuera le combat pour des transports en commun publics, écologiques et au service de toute la population.

Car au final, au-delà du tram, c'est la question des transports en commun dans l'agglomération liégeoise qui est posée. Un tram public bien conçu, qui ne soit pas un gouffre financier, aurait pu être une aide pour résoudre ce défi majeur de ce début du 21ème siècle pour l'agglomération liégeoise. Le gouvernement a loupé le coche.

De notre coté, nous estimons que les Liégeois méritent mieux que ça. Nous vous demandons pour la Xème fois de prendre vos responsabilités et d’aller en ce sens.


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