Province de Liège : malgré une institution et des intercommunales en crise, les budgets se suivent et se ressemblent

Ce jeudi, le PTB votera contre la proposition de budget 2018 de la majorité PS-MR à la Province de Liège. Rafik Rassaa, chef de groupe PTB+, s'est exprimé à la tribune pour justifier ce vote : aucune mesure sérieuse face à la crise que connait l'institution provinciale et une fiscalité toujours injuste. Voici le texte de son intervention.

Mesdames, messieurs les députés, chers conseillers et conseillères,

C’est donc le dernier budget de cette législature. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les budgets à la Province de Liège se suivent et se ressemblent. Pourtant, les derniers mois n’ont pas manqué de secouer l’institution provinciale et les intercommunales qu’elle dirige, Publifin en premier lieu. Hier encore les travailleurs de cette intercommunale étaient en grève pour défendre leur cahier de revendications, revendications justes et déposées depuis janvier 2017. A la lecture de la nouvelle déclaration de politique générale, on aurait pu donc s’attendre à un chapitre particulier consacré aux mesures de gouvernance ou à une nouvelle gestion, publique et transparente, des intercommunales. Il n’en est rien. On se contente d’exprimer en introduction des regrets d’incompréhension du public qui – je cite – a du mal à séparer le bon grain de l’ivraie dans le flot d’informations dont il est submergé. On croit entendre à nouveau les paroles énervées de l’ancien député président parlant de brouhaha. Pour répondre à cette incompréhension du public, on augmente bien sûr les dépenses de communication avec notamment les frais liés à l’actualisation de l’image provinciale. Je crains que cela soit vain sans une sérieuse remise en question des pratiques anciennes et sans la démonstration d’une volonté de dialoguer avec les Liégeois et les Liégeoises pour décider ensemble de l’avenir de l’institution. C’était le sens de notre amendement budgétaire demandant l’organisation d’une consultation populaire.

Au niveau des taxes provinciales, comme chaque année depuis 2013 nous continuons donc à regretter l’augmentation des centimes additionnels au taux de 1750. Signalons quand même qu’une ministre libérale issue d’une province où ce taux y est depuis de longues années le plus faible de Wallonie (1150) demande dans sa circulaire un plafond de 1500 sans se poser la question de la compensation de ses recettes par d’autres mesures fiscales. Elle demande aussi de baisser la taxe sur les établissements bancaires, tiens, tiens. A ce propos, je veux souligner positivement le fait que la Province ait maintenu son taux de 372€ par établissement. Par contre, la justification donnée à la cour des comptes pour le maintien du taux élevé du précompte immobilier est tronquée. Certes, la continuité des services publics provinciaux doit être assurée et certes, beaucoup de taxes provinciales ont été supprimées. Mais pourquoi la Province n’envisage toujours pas une autre taxation : les panneaux d’affichage, les secondes résidences, par exemple et surtout une taxation qui fasse contribuer les entreprises de la Province, même s’il faudra pour cela sortir du dogme des plans Marshall successifs …

Toujours au niveau des recettes, s’il peut sembler sage d’anticiper la réduction de 5 % de la participation des Fonds des Provinces, nous restons étonnés de voir le collège accepter cela sans aucune contestation. Le Fonds des Provinces est l’expression d’une solidarité entre Provinces fortunées et moins fortunées. Sa réduction signifie un traitement de facto plus inéquitable entre les différentes provinces wallonnes.

Au niveau des dépenses de personnel, signalons l’importance que revêt l’augmentation des cotisations de responsabilisation. Il est inquiétant d’entendre le ministre libéral Bacquelaine vouloir financer la survie de notre système de pension en réduisant la pension promise à nombre de statutaires notamment en supprimant du calcul les années contractuelles.

Un dernier mot sur l’extraordinaire, nous suivrons avec beaucoup d’attention le dossier de Bavière avec une attention particulière à l’implication des habitants et des commerces d’Outremeuse dans les différents projets en cours. Enfin, nous avons salué l’année précédente l’organisation de la Conférence Mondiale des Humanités. Nous regrettons qu’il manque cette année un événement d’une telle ampleur. Pourquoi pas une journée mondiale des humanités numériques ?
Sans surprise, nous voterons contre ce projet de budget qui ne répond pas aux attentes des Liégeois et des Liégeoises.

Rafik RASSAA,
Chef de groupe PTB+ au conseil provincial

Amendement budgétaire : consulter la population sur l'avenir des services publics provinciaux

Les Provinces, et la Province de Liège en particulier, souffrent d’un déficit d’images. Un dernier sondage plaçait les élections provinciales bonne dernière dans le classement d’importance des niveaux de pouvoir avec 1,6 % des gens qui la considérait la plus importante.

Bien sûr les efforts fournis en terme de communication seront toujours vains si la Province continue d’être associée aux scandales liés à la gestion de différentes intercommunales. Toutes les hésitations dans ce domaine pour initier un véritable changement sont autant d’occasions de salir l’institution provinciale.

Au-delà du changement en terme de gouvernance éthique et surtout de reprise du pouvoir public sur nos intercommunales, il s’agira, je pense, d’ouvrir un vrai débat interactif et participatif avec la population. Retrouver la confiance des Liégeois et Liégeoises en leur institution provinciale passe par l’organisation d’une consultation à large échelle de la population sur l’organisation du pouvoir supracommunal. Voulons-nous une collaboration supracommunale organisée démocratiquement par des conseils directement élus par la population ? Ou voulons-nous des accords négociés entre des pouvoirs exécutifs locaux derrière les rideaux qui laisseront toujours planer des soupçons de marchandage, voire de clientélisme ?

Nous pensons que la Province de Liège a tout à gagner à consulter sa population sur son avenir. Bien sûr, il faudra expliquer les différents enjeux avec la pédagogie nécessaire. Mais, pour cette dernière année de la législature, nous pensons que la Province doit prendre une initiative de consultation populaire pour renouer les liens rompus avec nos concitoyens et pour débattre et échanger avec elle sur l’avenir de leurs services publics.

Nous proposons donc l’ouverture d’un article budgétaire à cette fin pour organiser cette consultation début 2018.

Rafik Rassaa
Pour le groupe PTB+


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